L’Éspé sens dessus dessous… Tous et toutes dans la même galère, une même colère !

Sud éducation Grenoble
samedi 28 novembre 2015

Depuis septembre 2014, la mise en place des Éspé (Établissements supérieurs du professorat et de l’éducation, ex-Iufm) provoque la colère des enseignant-es, des stagiaires et des étudiant-es. Aujourd’hui, la révolte gagne les 28 Éspé de France.

Étudiant-es (M1 ou M2), stagiaires : refusons une entrée dans le métier stressante, douloureuse et irrespectueuse !
Le « bricolage » des formations provoque des dysfonctionnements : chevauchement de cours entre la fac et l’Éspé, exigence de rédaction d’un mémoire de recherche en décalage complet avec la formation, Unités d’enseignement (Ue) sans lien avec le stage, modalités d’évaluation non communiquées, multiplication de dossiers, infantilisation complète, etc. Mais surtout, cette formation -sensée proposer des parcours « adaptés »- délivre des Diplômes universitaires ou Attestation d’études universitaires dépourvus de toute reconnaissance nationale !

Du déni à la révolte…

Déni de démocratie : avec des « Conseils d’école » et « Conseils d’orientation scientifique et pédagogique » où les usager-ères n’ont que très peu de voix par rapport au nombre de sièges désignés par le Rectorat et l’Université. De plus, l’élection des « délégué-es » se fait en dehors de tout cadre.
Déni pédagogique : pas de maquette nationale pour les parcours, pas de « pédagogie différenciée » ni de « parcours adapté », pas ou peu de formation concernant la psychologie de l’enfant, la réalisation d’un cours, etc. En revanche, des cours anxiogènes et chronophages, une notation permanente et stressante, la volonté d’imposer un second mémoire aux titulaires d’un master 2 (M2) etc.
Déni de souffrance : en jouant sur le double statut (étudiant et professionnel) de beaucoup d’usager-ères, l’université, l’Éspé et le rectorat se renvoient la balle concernant une surcharge de travail qui pousse pourtant de nombreux-ses étudiant-es à la démission.
Déni de budget : F. Hollande l’a dit : « L’éducation est une priorité nationale ». En réalité, on est loin du compte ! En 2015, avec un budget déjà insuffisant, il y a eu une hausse d’effectifs à moyen constant. Conséquences : surcharge des salles et refus d’inscription en master 1 (M1) sous couvert de raisons administratives. Pourtant, dans une lettre ministérielle du 10 mars 2014, il est rappelé que « les directeurs d’ Éspé doivent inscrire pédagogiquement tous les étudiants préparant un master Meef [1] et que cette inscription pédagogique pourrait être doublée sans démarche administrative supplémentaire de la part de l’étudiant ». Par ailleurs, un rapport du Sénat constate que « les ressources budgétaires sont très inégales d’une académie à l’autre ».
Les universités cherchent donc des financements par le biais de partenariats ouverts au privé ou par le biais de la formation continue. Le gouvernement réussit là ce qu’il souhaite généraliser à l’ensemble des salarié-es : leur faire payer leur propre formation.

De l’Éspé à la marchandisation de l’éducation

En ligne de mire, la réforme du concours et le passage à l’école capitaliste du XXIème siècle. Les dysfonctionnements constatés dans les Éspé sont l’aboutissement d’une politique de réduction des coûts de fonctionnement. Ceci s’est fait en plusieurs étapes :
• Loi de masterisation de 2010 imposant un master 2 ;
• loi sur l’autonomie des universités de 2007 et loi Fioraso de 2013 qui provoquent une mise en concurrence généralisée des formations ;
• volonté de supprimer le concours et par là le statut de fonctionnaire ;
• réforme de la formation du personnel d’enseignement ;
• territorialisation, fusion des régions et académies ;
• réforme du lycée et du collège.
Les conséquences sont multiples :baisse de la qualité du service public ; augmentation des inégalités à tous les niveaux ; aggravation des conditions de travail.

De la mobilisation dans chaque Éspé, à une véritable mobilisation nationale

Il s’agit maintenant de transformer la consternation en mobilisation ! Les Éspé sont la pierre angulaire de la destruction du service public national de l’éducation. En provoquant l’asphyxie budgétaire, l’État pousse les universités et les établissements scolaires à rechercher des financements privés tout en accentuant le pouvoir de la hiérarchie. Ne laissons pas faire !

Pistes d’actions :
• Actions « médiatiques » ;
• refus collectif de continuer la formation tant que les conditions de notation ne sont pas claires ;
• saisine des Comités d’hygiène, sécurité et conditions de travail (Chsct) ;
• grève pour obtenir de budgets décents, etc.…
Au delà d’une mobilisation locale pour une légère amélioration des conditions d’étude, c’est vers une mobilisation nationale qu’il faut se diriger. Pas pour demander des miettes, mais bien une réelle politique de formation du personnel et défendre par là un service public d’éducation de qualité, ouvert à tous et toutes.

Ne rien faire, c’est laisser-faire… alors ne nous laissons pas faire !


[1master Métiers de l’enseignement de l’éducation et de la formation