L’Europe taille en pièces l’Education nationale

Enseignement aux jeunes migrants
vendredi 20 janvier 2006
mis à jour lundi 13 février 2006

Si vous voulez dépecer un mammouth sans qu’il s’en aperçoive, il vaut mieux l’attaquer par les extrémités. Arrachez-lui un ongle, par exemple. C’est ce qui est en train de se passer dans l’académie de Rouen avec l’enseignement aux jeunes migrants.

Le service rectoral qui s’occupe de la scolarisation des primo-arrivants, le CASNAV, n’avait plus de quoi financer ses actions pour 2005-2006. Quand il y a des coupes claires dans le budget de l’académie, on taille d’abord sur les marges ; classique, quoi... Les classes de Français Langue Étrangère, par exemple, risquaient ainsi de fermer purement et simplement.

Là-dessus, quelqu’un a eu l’idée “salvatrice” : faire appel au Fonds Social Européen. Celui-ci a en effet accepté de financer les actions du CASNAV jusqu’à 45% (excusez du peu !). Mais voilà, il y a une condition : le FSE entend contrôler au plus près l’utilisation de ses fonds. En bonne logique libérale, pas question de les laisser à la libre disposition d’une bureaucratie inefficace de fonctionnaires trop payés, non mais ! Donc, pour faire moins de bureaucratie, on invente un nouvel organisme de contrôle, le GIP, dépendant du rectorat mais fonctionnant comme un cabinet d’audit privé auquel le FSE daigne confier la défense de ses intérêts... tout en le plaçant lui-même, pour plus de sûreté et moins de tracasserie administrative, sous le contrôle de la Direction Régionale du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (DRTEFP, antenne régionale du ministère du Travail). Vous avez suivi ? Ah oui, au fait, GIP ne veut pas dire Groupe d’Intervention Policière, ni Gestion d’Intérêts Phynanciers, comme aurait dit le père Ubu, mais Groupement d’Intérêt Public.

Le GIP, comme tout organe comptable, fonctionne par année civile et non par année scolaire. Assurer les enseignements pour la rentrée est le cadet de ses soucis. La lourdeur des contrôles est telle qu’il a fallu attendre novembre, voire décembre, pour recruter les enseignants (vacataires, bien sûr !) et les coordonnateurs nécessaires au fonctionnement. De plus, rien n’oblige le FSE à reconduire le projet. Les enseignements commencés pourraient donc très bien
s’interrompre en cours d’année scolaire. Ainsi, l’idée même de continuité du service public disparaît, écrabouillée par la dictature des chiffres.

Toujours dans le souci d’éviter la paperasserie, si nuisible dans la fonction publique, le GIP a décidé de remplacer les feuilles d’appel en usage dans les collèges par ses propres formulaires : trois formulaires différents à fournir par chaque enseignant vacataire pour chaque heure de cours, une fiche d’émargement avec les noms des élèves, une fiche de renseignements comptables, plus une autre fiche de renseignements. Autre joyeuseté : le tarif horaire des vacations ne dépend pas de la qualification de l’intervenant mais... du niveau scolaire des élèves !

Et ce n’est pas tout. En plus des inspections par les IPR ou IEN, les enseignants titulaires et vacataires pourront également être visités dans leurs classes par des contrôleurs de la DRTEFP ! Cette fois, aucun doute, c’est bien le statut qui est piétiné. Évidemment, les enseignants concernés se sont émus de ce flicage ainsi que de celui de leurs élèves. Car quand on travaille avec de jeunes migrants, on craint aussitôt que cela serve à la traque des sans papiers. Ils ont donc refusé d’utiliser ces maudits formulaires malgré la menace de suspendre les financements. Une intersyndicale doit se réunir pour les aider à résister à ce début de démantèlement du service public d’éducation. En tout cas, ils peuvent compter sur le soutien de Sud éducation Haute Normandie.

Sud éducation Haute Normandie

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