L’Intersyndicale Femmes

samedi 25 mai 2013

Chaque année depuis 1998, l’Intersyndicale Femmes, qui regroupe des militant-es de la CGT, de la FSU et de Solidaires, organise deux journées de formation syndicale « femmes ». Ces journées se veulent un lieu de réflexion, d’échanges et de confrontations qui permettent d’approfondir les questions revendicatives sur nos lieux de travail, ou à l’extérieur, et de poser la question de la place des femmes dans les syndicats.

L’édition 2013 a eu lieu en mars dernier. Plus de 400 personnes, majoritairement des femmes, y ont participé. Solidaires était bien représentée puisqu’il y avait près de 250 participant-es venu-es de 17 syndicats différents. C’est l’occasion de rencontrer des personnes qui partagent les mêmes préoccupations que nous quant au sexisme et à la domination masculine et d’aborder des sujets qui sont trop souvent négligés dans nos syndicats. En 2013, les thèmes étaient : Femmes et austérité en Europe le lundi matin, Corps, images de soi, publicités sexistes l’après-midi, Stéréotypes et égalité professionnelle le mardi matin et Femmes face à l’extrême droite en Europe l’après-midi.

Magda Alves (Portugal) et Sia Anagnostopoulos (Grèce) ont présenté la situation actuelle dans leur pays et Esther Jeffers (France) a insisté sur les conséquences des politiques d’austérité sur les femmes. Au Portugal, les femmes sont sous-représentées dans le monde du travail. Avant le début de la crise, leur taux d’inactivité était de 67 % (22 % pour les hommes). Aujourd’hui, plus de la moitié de la population active est au chômage et plus de la moitié des chômeur-euses ne reçoit aucune aide. Le Smic est à 485 euros brut par mois. Des manifestations monstrueuses (1 million de personnes, soit 10 % de la population) ont eu lieu mais sans trouver de gros échos en Europe. En Grèce, après la fin de la dictature en 1974, la proportion de femmes dans la population active a augmenté de façon spectaculaire et leur apparition dans l’espace public a favorisé la démocratie. En 2008, la mentalité était encore à l’égalité femmes-hommes. Aujourd’hui, le Smic est à 400 euros et les gens ont vu leur salaire diminuer de 50 %. Les emplois non qualifiés sont de plus en plus féminisés, le temps partiel est fortement conseillé, au motif que ce serait mieux pour concilier vie professionnelle et vie privée et, sous l’influence de la très présente extrême droite, on préconise même le retour des femmes au foyer. Le secteur de la santé a été détruit en quelques années. Certaines parturientes ne disposent pas de la somme nécessaire pour payer leur accouchement. La situation est encore pire pour les femmes immigrées qui ne peuvent plus aller dans les hôpitaux publics. Les attaques contre les femmes et les homosexuel-les se multiplient et certaines femmes qui avaient l’habitude de circuler à toute heure dans la rue, hésitent à sortir le soir. Magda Alves comme Sia Anagnostopoulos en appellent à la solidarité internationale.

L’après-midi était consacré au corps avec une intervention de Christine Bard sur l’histoire du pantalon. Elle a expliqué comment les vêtements étaient utilisés pour contraindre les femmes. Ainsi les jupes les ont longtemps entravées tout en les érotisant (c’est un vêtement ouvert sur le sexe). Aujourd’hui encore, il y a parfois une panique sexuelle dans certains établissements scolaires où on se focalise sur des jupes « trop » longues ou « trop » courtes au lieu de laisser chaque adolescente s’habiller comme elle l’entend et alors même qu’elle subit déjà les diktats de la norme notamment par la publicité. Le publisexisme a d’ailleurs été l’objet de l’intervention suivante par Aude Vincent et Sophie Pietrucci. Elles ont démontré comment les publicités nous transmettent des normes corporelles de beauté figée (minceur, jeunesse, absence de poils…), de passivité et de disponibilité sexuelle et que certaines banalisent les violences envers les femmes.

Le mardi matin, il a été question d’égalité professionnelle. De nos jours, et alors que la mixité est entrée en vigueur en 1975 et que l’égalité constitue une obligation légale, la scolarisation reste différenciée ; la filière S est ainsi la seule où on trouve un pourcentage voisin de filles et de garçons. Dans le monde professionnel, cette différenciation persiste. Pour prendre les exemples avancés par les représentantes de Solidaires, à la SNCF, les 19 % de femmes constituent seulement 3 % du personnel qui répare les trains et les convois. On trouve les femmes dans les métiers commerciaux (guichets, accueil, contrôleuses…) La Poste est souvent citée en exemple car on y compte presque autant de cadres femmes que de cadres hommes mais en fait, les femmes sont sur des postes de cadres commerciaux moins valorisants et susceptibles de promotion que les postes de management ou de conseillers financiers trustés par les hommes. Chez les employé-es, on trouve plus de deux tiers de femmes au guichet et 30 % seulement aux colis.

Les journées 2013 se sont finies sur la diffusion d’un documentaire intitulé Populisme au féminin. La projection a été suivie d’une intervention de Sylvain Crepon, sociologue qui suit le FN depuis plusieurs d’années. Ce thème pourrait faire l’objet d’un prochain article.

Rappel : chaque travailleuse et travailleur de l’éducation, syndiqué-e ou non, a droit à 12 jours de congé pour formation syndicale par an (demande à faire au plus tard un mois avant la date de début de la formation). Il ne faut pas hésiter à se renseigner sur les formations proposées et à y participer.

Sud éducation Nord-Pas-de-Calais