L’alternance : un cadeau pour qui ?

mardi 6 décembre 2011

Le 18 octobre 2011, Nicolas Sarkozy a demandé à Luc Chatel « de réfléchir à la possibilité de rendre obligatoire l’alternance lors des dernières années de préparation au Baccalauréat professionnel et au CAP. » 250 000 jeunes seraient concernés chaque année.

Passer d’une année sous statut scolaire encadrée par des PLP, fonctionnaires d’État, à une année en alternance avec des formateurs de CFA payés par les Régions générera des économies budgétaires grâce aux suppressions de postes ainsi réalisées ! C’est là, certainement, la raison principale de cette mesure éventuelle.

Être décentralisé, ce n’est pas “seulement” changer d’employeur. C’est perdre les protections du statut de fonctionnaire d’État. C’est connaître l’arbitraire de la gestion des collectivités territoriales. C’est devoir exercer dans le cadre d’un service public désossé. C’est voir ses conditions de travail se dégrader et son emploi être remis en cause.

L’État et les régions font conjointement la promotion de la formation par alternance depuis plusieurs années mais n’arrivent pas à atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés. En effet, les jeunes en difficultés sociales sont demandeurs de places en apprentissage pour toucher la faible rémunération accordée aux apprentis mais si nécessaire à la survie de certaines familles.

Cependant, les entreprises ne veulent pas de jeunes en difficultés scolaires ou sociales. Beaucoup ont du mal à trouver le lieu de formation professionnelle exigé pour l’obtention du diplôme en formation initiale (délit de faciès ou pas assez qualifiés pour être rentables). Ce n’est pas le nombre de jeunes qui souhaitent entrer en apprentissage qui est problématique mais le fait que le patronat les refuse. Le monde de l’entreprise n’accepte que celles et ceux dont le niveau assure rapidement intégration et productivité. Les nombreuses ruptures de contrats d’apprentissage en sont la preuve. Quel devenir pour les autres si l’alternance est rendue obligatoire ?
Transformer la dernière année de formation de bac pro en année d’apprentissage fera que plus de jeunes resteront sur le bord de la route, ce que laisse déjà présager le nombre de ruptures de contrats.
Retrouveront-ils une place en lycée professionnel ensuite ?

De plus, finir une formation en alternance ne sera réalisable que si les enseignants ont suffisamment formaté les élèves pour qu’ils soient intégrables et productifs, au détriment de toute éthique.

Enfin il faut replacer cette mesure au sein de la loi Orientation et Formation Professionnelle Tout au Long de la Vie. Le lycée professionnel n’a plus vocation à former à un métier, à éduquer et à délivrer des diplômes.
La formation professionnelle aura lieu tout au long de la vie, avec reconnaissance de compétences à chaque étape ; il n’est plus question de délivrer des diplômes mais simplement d’identifier et répertorier les compétences acquises pour offrir des certifications ! Cette dégradation aura des conséquences sur la qualification reconnue aux différents acteurs professionnels et sur leurs salaires qui se référent à une grille indiciaire liée aux diplômes. Il ne faut pas oublier que le souhait du patronat est d’avoir une main d’œuvre non spécialisée, correspondant aux besoins locaux (60 % des emplois en France sont non qualifiés).

Nous écrivions lors de notre Congrès fédéral de Cherbourg : « La voie professionnelle est de plus en plus délaissée par l’Éducation nationale. Cette stratégie marque clairement la volonté d’utiliser l’école pour répondre à la demande récurrente du patronat de gérer la formation professionnelle par le biais de la formation en entreprise. Rentabilité à court terme, formatage, il s’agit bien de favoriser une formation à l’emploi aux dépens d’une formation à un métier ou à une famille de métiers. Faut-il refaire la liste des inconvénients de l’apprentissage ? […]

Le lycée professionnel est le seul lieu qui permette d’associer enseignement professionnel et enseignement général pour apporter aux lycéens autonomie et esprit critique dans la construction de leur carrière professionnelle. Savoir-faire technique, ouverture d’esprit, connaissance objective du monde du travail doivent contribuer à former des jeunes prêts à affronter la vie active avec les outils pour en être les propres acteurs et non simplement des exécutants robotisés. »

La Fédération SUD Éducation exige :

- Que cesse le dépeçage des lycées professionnels et la vente des jeunes de milieux populaires au patronat.

- Que de vrais moyens soient attribués aux formations initiales sous statut scolaire.

- Qu’un débat sur la finalité de l’école soit proposé.

- La suppression de ce projet, et en appelle à une intersyndicale éducation nationale.

Le 25 novembre 2011

Documents joints

communiqué sur l'Alternance
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