L’école à deux ans, certes, mais dans quelles conditions ?

samedi 21 avril 2012

C’est à la maternelle que l’enfant rencontre l’école pour la 1ère fois. L’accueil des tout petits, leur socialisation dans un espace scolaire privilégié est sa spécificité.

Cet accueil a été respectueux de ses capacités, ses besoins et ses droits, si l’enfant a été accueilli(e) comme une personne, s’est senti(e) en sécurité dans un cadre bienveillant. Il/Elle aura alors des chances de trouver sa place dans le système scolaire et de s’en servir pour apprendre et progresser. De même pour ses parents s’ils sont accueillis de manière individualisée et positive.

Les conditions matérielles et humaines doivent être suffisantes

L’accueil possible à partir de 2 ans sur la base du volontariat permet une insertion plus progressive. Il est pourtant remis en question par l’évolution de l’école maternelle. Les fonctions d’accueil et éducatives sont moins centrales, les activités sont orientées vers l’apprentissage à marche égale pour tous. Les rythmes et horaires sont inadaptés, il y a un mépris pour la sieste. Le jeu libre devient illégitime, réduit à une portion congrue, dans le temps et l’espace. Les exigences sont trop précoces, mal adaptées, non individualisables.

Pourtant, loin d’être réduit à une future ressource humaine, comme l’évolution des programmes et des évaluations tendent à le concevoir, l’enfant est un petit humain, en développement. Il faut tenir compte de ses besoins psychologiques et physiologiques particuliers, faute de quoi, on aboutit à une véritable maltraitance par l’institution scolaire. Il faut continuer à donner les possibilités d’expérimentation, d’expression libre, de créativité et de coopération et cesser de se laisser distraire et accaparer par des tâches parasites qui répondent aux exigences idéologiques ou économiques de l’administration.

Encore faut-il :

- que l’enfant ait pu avoir une place en maternelle (la scolarité à 2 ans est quasiment enterrée, celle des 3 ans en régression) ;
- qu’il y ait eu formation de l’enseignant(e) : la formation concernant la maternelle était déjà plus qu’anecdotique dans les IUFM. Inutile de dire ce qu’il en est avec la mastérisation !
- qu’un(e) ATSEM (Agent territoriale spécialisée des écoles maternelles) puisse être présent(e) et formé(e) : souvent non remplacé(e)s, ils/elles sont surtout formé(e)s à l’hygiène ;
- qu’il y ait des collègues du RASED (Réseau d’aide aux élèves en difficulté) ;
- qu’à l’école maternelle aussi, les enseignants et les ATSEM soient remplacé(e)s en cas d’absence (équipes éducatives, maladie, absences syndicales…) ;
- que si l’enfant souffre d’une pathologie comportementale, l’enseignant(e) soit formé(e) et aidé(e) par un(e) personnel d’accompagnement formé(e) et doté(e) d’un vrai statut à la différence des AVS et des EVS actuels ;
- que l’effectif soit restreint : la surcharge actuelle des classes maternelles ne permet pas un accueil individuel de qualité.

Les Jardins d’enfants privés, réservés de fait aux seuls enfants dont les familles en auront les moyens ne peuvent remplacer l’enseignement préélémentaire gratuit, laïque et respectueux des droits et besoins de chaque enfant.

Soutien des enfants en difficulté ou fichage précoce ?

L’école maternelle est souvent le premier lieu où est détecté(e) l’enfant en souffrance. L’enseignant(e) repérait le « quelque chose qui cloche » et pouvait croiser son regard avec celui de collègues du RASED pour mettre en place un suivi pertinent, avec, dans les cas les plus lourds une orientation vers le Centre Médico Psycho Pédagogique et la constitution d’une équipe éducative pour mettre en place un projet commun. Il faut du temps et des moyens pour cela.

Les évaluations nationales censées à l’origine être des outils pour permettre de mieux comprendre les difficultés et orienter l’enseignement du côté de la « remédiation », ont évolué pour devenir des outils de tri, de sélection, destinés à enclencher un système de repérage et de suivi des enfants et des familles à travers différentes générations de « contrats ». Elles n’ont pas d’autre fonction que d’individualiser le tri et masquer un choix politique. Il s’agit de rendre responsables l’enfant et sa famille de la situation de fragilité, que celle-ci soit sanitaire, éducative ou sociale.

On tend vers la performance. Désormais, le dépistage entraîne le tri et le signalement sans effet des enfants en difficulté, devenant fichage par le livret scolaire et bientôt par base élève (logiciel Cerise).

Sud éducation revendique :
- des moyens, des enseignants formés pour la maternelle, la liberté pédagogique, des locaux suffisants, des effectifs limités, des personnels territoriaux et auxiliaires de vie titulaires et formés, le remplacement des enseignant(e)s et personnels absent(e)s ;
- pas d’évaluations nationales en grande section.

Ni fichage, ni dépistage précoce des enfants par la base élève, ni signalement des enfants « à risque ».