L’école pour tous

Pourquoi ? Comment ?
dimanche 8 septembre 2013

Vers une école pour tous

Des pistes pour l’ASH après notre stage syndical : trois logiques cohabitent par rapport à la scolarisation des élèves handicapés :

- les exclure du système scolaire commun, en créant des structures à part ;

- les intégrer (partiellement, socialement, pédagogiquement) ;

- ou les « inclure », terme actuel et à plusieurs sens, qu’il convient de définir.

La logique d’exclusion des élèves handicapés a été en œuvre dès le début du XXe siècle (ex : création des classes de perfectionnement en 1909), et perdure encore souvent aujourd’hui. L’intégration, développée par les lois de 1975 est une pratique adaptée aux élèves qui sont prêts à fréquenter l’école telle qu’elle est, autrement dit principalement pour ceux qui n’ont pas de difficulté d’apprentissage. C’est le cas des élèves ayant un handicap sensoriel ou physique. Mais pour ceux qui ont des troubles cognitifs, quelle scolarisation envisager ? Doit-on les priver d’une scolarisation avec les autres élèves lorsqu’ils grandissent ? Doivent-ils être inclus dans le système actuel (le I de CLIS devenu Inclusion plutôt qu’Intégration par exemple) comme cela se passe de plus en plus, sans transformation en profondeur de l’école ?

Quelle position syndicale construire pour une école réellement pour tous ?

Un syndicat de transformation sociale comme le nôtre se retrouve dans les principes d’une école inclusive, c’est-à-dire dans une posture éthique qui affirme que l’école est pour tous. Nous revendiquons une école démocratique, émancipatrice, qui n’exclut pas. L’enjeu est de permettre à des enfants reconnus handicapés d’être scolarisés, en milieu ordinaire, dans la mesure de leurs capacités, en prenant en compte les dimensions sociales et culturelles. Or l’école actuelle est pensée par rapport à une norme, où on « sélectionne » et non par rapport à la différence. Pour « inclure » les élèves handicapés, il faut que l’école s’adapte aux besoins de tous les élèves, ce qui est un changement de manière de penser majeur. L’école doit être profondément repensée pour accueillir la différence : il ne s’agit pas juste de scolariser des enfants handicapés dans des écoles, de les « inclure », sans moyens ni projet pour répondre aux attentes légitimes des personnes handicapées ou de leurs parents. L’école inclusive ne concerne pas que les élèves handicapés et n’est pas de « l’intégration poussée ». Vouloir une école pour tous, c’est aussi une toute autre vision de l’école que l’individualisation actuelle des responsabilités sur les enseignants-es dans la scolarisation des enfants handicapés. Élèves handicapé-es, en difficulté, ou avec des besoins particuliers doivent pouvoir trouver leur place au plus près d’une scolarisation commune, comme tous les autres. Il faut mettre au cœur le projet de tous les enfants : à l’école de trouver les dispositifs pour les accompagner, en s’y adaptant.

Cela nécessite des moyens !

- Moins d’élèves par classe, des dispositifs souples accueillant enfants handicapés et non, du travail en équipe, plusieurs enseignants-es par classes ou dispositifs s’il le faut, en lien avec les partenaires du secteur médico-social si nécessaire. (En Italie, dès 1977, la loi prévoyait un-e enseignant-e de soutien pour quatre enfants handicapé-es.) ;

- des personnels avec une formation exigeante, des missions redéfinies, de vrais statuts, en lien avec les autres corps de métier, et pouvant s’appuyer sur des personnels spécialisés ;

- stopper la logique unique de compensation individuelle : les moyens humains doivent être attribués à des dispositifs (à créer) et non aux personnes principalement (comme c’est le cas pour les AVS par exemple).

Il existe de nombreux lieux où parents, enseignants-es, professionnels-les expérimentent l’école inclusive. Mais la généralisation de ces expériences nécessite de repenser l’école pour ne pas laisser enfants et adultes dans des situations difficiles, face à une hétérogénéité impossible à gérer dans le cadre normatif que nous connaissons.

Pour Sud éducation, l’école inclusive, comme nous la souhaitons, ne peut être mise en œuvre sans modifications importantes des politiques actuelles, sans repenser la formation, sans concevoir un réel budget à la hauteur des ambitions, sans repenser le cadre global de la société. C’est en luttant contre toutes les dérives exclusives que nous y parviendrons.

Sud éducation Loire

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N°54 du journal des syndicats et de la fédération SUD éducation, septembre 2013