L’éducation prioritaire menacée : organisons la contre-attaque !

Sud éducation Créteil
jeudi 9 janvier 2014

Peillon veut faire de la réforme de l’éducation prioritaire un axe fort de sa « refondation de l’école ». Concertation et dialogue social ont été mis en avant pour tenter de convaincre des enseignants sceptiques face à une nouvelle réforme à moyens constants. Malgré cela, tout ne s’est pas passé comme prévu.

Bilan et perspectives d’une mobilisation nécessaire

Fin septembre, le ministère annonçait aux écoles et collèges classés dans l’éducation prioritaire – RRS et ECLAIR – la tenue début octobre de concertations. Des demi-journées étaient banalisées, les collègues avaient une semaine pour lire un rapport diagnostic de 52 pages, avant de discuter dans des ateliers aux intitulés imposés. Les conclusions du rapport étaient assez claires :

- Les seuils sont clairement remis en cause : « L’essentiel des moyens supplémentaires sont actuellement concentrés sur la diminution du nombre d’élèves par classe. Cette réduction ne semble pas produire un effet positif notable sur la réussite scolaire des élèves. »

- La sortie de la carte de l’éducation prioritaire se pose pour nombre d’établissements : « On y trouve aussi encore des établissements plus favorisés que la moyenne nationale qui ne relèvent plus de cette politique prioritaire. »

- « Faire sur moins, mais mieux », dit le rapport. Les perspectives sont encore une fois celles d’une contractualisation avec les établissements, et d’un pilotage par des « chefs d’établissements positifs et bienveillants », pour réaliser des « objectifs opérationnels bien centrés sur les difficultés spécifiques observées ».

Les collègues n’ont pas été dupes des enjeux de ces concertations, aux conclusions tirées d’avance, et au temps de préparation insuffisant. Souvent, indifférence sceptique, voire sourde hostilité ont prévalu. Mais parfois aussi, les collègues se sont emparé-es de ces demi-journées, durant lesquelles professeur-es du premier et second degré étaient réuni-es, et ont largement débordé le cadre imposé, transformé les intitulés des ateliers et discuté de leurs revendications.

Au collège Jean Jaurès de Saint-Ouen (photo 1), les collègues ont quitté leurs ateliers et ont fait une Assemblée Générale à 80 pour formuler leurs revendications.
Au collège Diderot d’Aubervilliers (photo 2), une AG à 8h a défini le déroulement de la journée hors du cadre prévu.
Au collège Barbusse de Saint-Denis (photo 3), le chef d’établissement déclarait, à la fin de la plénière durant laquelle les collègues discutaient, qu’il était temps de « conclure l’AG ».
Si même lui le dit…

De nombreuses plates-formes revendicatives ont ainsi émergé de ces concertations revisitées. Malgré des désaccords sur les primes, des axes forts ont émergé : refus d’une réforme à moyens constants ; baisse des seuils de classe à 18 ou 20 élèves ; décharges horaires pour la concertation et le travail en équipe, RASED complets… Cela a nourri la réflexion de Sud éducation Créteil. On était là très loin des résultats attendus par l’institution, et qui devaient être gentiment centralisés au cours des Assises académiques de l’éducation prioritaire, prévues le mercredi 20 novembre ! Devant cette combativité réelle, l’AG des adhérent-es de Sud éducation 93 votait la grève pour le 19, veille des Assises. Après maints atermoiements des autres organisations syndicales départementales et académiques, Sud éducation appelait seul à la grève. L’intersyndicale maintenait un rassemblement unitaire hors du temps de travail le jour des assises. La grève n’a pas été énorme mais 60 personnes de 12 établissements se sont rassemblées devant la DSDEN du 93, mieux que le rassemblement académique du lendemain…

Suite aux travaux sur les missions et les statuts des enseignants, le ministère annonce une pondération des heures en ZEP de 1,1 h, en échange de missions supplémentaires imposées aux enseignants de ces établissements. Il est nécessaire de libérer des heures mais pour répondre réellement aux besoins en termes de suivi des élèves et de concertations entre collègues une heure et demie ne saurait suffire. Nous revendiquons 3 heures de décharge de service pour organiser des concertations, dans tous les établissements. Les heures de décharges spécifiques en ZEP ne doivent pas être troquées contre des missions hors temps de présence devant élèves mais doivent réellement diminuer le temps de travail.
Cette mobilisation de collègues en colère, montre l’enjeu de la réforme prévue pour la rentrée 2014 dans l’éducation prioritaire et confirme qu’il n’y a rien à attendre des pseudo-concertations. C’est par les luttes que nous imposerons nos revendications