L’état d’urgence permanent nous vise tout-es !

mercredi 6 septembre 2017

L’Assemblée, fraîchement élue, a voté, à une très large majorité (137 voix contre 13), le 6 juillet, la prorogation de l’état d’urgence jusqu’au 1er novembre. Le projet de loi « renforçant la lutte contre le terrorisme et la sécurité intérieure », après son léger toilettage par le Sénat, repassera, pour son adoption définitive, devant l’Assemblée nationale en septembre.

Pendant cette période « d’état d’urgence » plus de 4000 perquisitions administratives n’ont abouti qu’à une trentaine (!) de mise en cause (même pas à des condamnations) pour « association terroriste », 500 interpellations ou des centaines d’assignations à résidence de militant-es. Voilà le vrai bilan de l’état d’urgence.

Des exemples :

Certain-es militant-es, qui pourtant avaient un casier judiciaire vide, ont été particulièrement visé-es, dont des camarades de Sud éducation qui ont ainsi reçu de telles interdictions ou se sont vu-es placé-es en garde à vue pendant les manifestations, ce qui constitue une violation flagrante de leur droit à la liberté de réunion pacifique [1]
Amnesty International, dans un rapport publié mercredi 31 mai, intitulé « Un droit, pas une menace », dresse un bilan sévère de l’instrumentalisation des pouvoirs publics dans ce régime d’exception, censé éviter de nouveaux attentats, et des restrictions excessives au droit de manifester.
Quant au terrorisme, il prospère... Depuis le 13 novembre 2015, plusieurs attaques ont eu lieu.

Les contestations de ces mesures ne manquent pourtant pas

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté à Paris le 1er juillet contre la reconduction de l’état d’urgence pour six mois, l’instauration d’un état d’urgence permanent, et en faveur des droits et des libertés.
Le Syndicat de la magistrature (SM), pointe des « dérives », à l’instar des « motifs flous » sur lesquels les lieux de culte pourront être fermés, par exemple des « propos tenus » provoquant à « la haine ou à la discrimination », et donc sans lien avec l’apologie du terrorisme [2].

Ce projet de loi liberticide, qui pérenniserait l’état d’urgence, n’a qu’un seul but : empêcher l’éclosion de la lutte contre Macron et les patrons. En réalité, elle ne vise pas les terroristes, le combat « antiterroriste » n’est qu’un écran de fumée. Lors de la lutte contre la loi Travail, une convergence des luttes commençait à s’établir entre les quartiers populaires et les salarié-es, chômeurs/euses… C’est l’éclosion de cette convergence qui est la principale menace pour le pouvoir. C’est elle, que le pouvoir Macron/Medef veut réprimer, y compris par une violence accrue.
Pour Sud éducation, la réponse réside dans la perspective de mobilisations à venir comme le Front Social qui commence à essaimer partout en France. Plus on se mobilisera, plus on fera nombre, plus on fera reculer le gouvernement. À nous d’imposer nos lois, celles de la rue et de la lutte. Le rapport de force est en notre faveur si on parvient à faire converger toutes les luttes, sans hiérarchisation : luttes dans les entreprises contre les délocalisations, luttes contre les violences policières, luttes contre les violences faites aux femmes.
Contre l’état d’urgence et toutes les lois liberticides, mobilisons-nous ! Nous sommes tout-es visé-es !

Sud éducation Hauts-de-Seine


[1Amnesty International indique que les préfets ont adopté 639 mesures individuelles - toujours sur la base des pouvoirs conférés par l’état d’urgence - « afin d’empêcher des individus de participer à des rassemblements publics, la plupart lors des protestations contre la loi Travail » (574 mesures) mais aussi lors de la COP21 (Un droit, pas une menace, 31/05/2017), https://solidaires.org/Un-droit-pas-une-menace.

[2Des associations demandent à Macron de retirer le projet de loi antiterroriste, LE MONDE, 09/06/2017