L’exercice du droit syndical remis en cause à Mayotte

dimanche 17 février 2013

Le territoire de Mayotte est département depuis le 31 mars 2011, mais les lois de la République censées s’appliquer sur tout le territoire national, s’arrêtent aux limites de ce département « magnéné » [1].

L’inhumanité du sort réservé aux Comoriens clandestins qui meurent en grand nombre sur cette frontière océane puisqu’aucune coopération régionale n’est sérieusement mise en place, ainsi que l’ensemble des atteintes aux droits de l’homme et de l’enfant qui ont lieu chaque jour de la part des pouvoirs publics, expliquent que lorsqu’à tous les niveaux les administrations représentant le gouvernement français dysfonctionnent, leurs responsables outrepassent constamment le cadre légal des responsabilités qui leurs sont attribuées, s’octroient des droits et des pouvoirs abusifs, sûrs de leur totale impunité : Mayotte devient un lieu d’entraînement pour tous ceux qui voudraient expérimenter les moyens de mettre fin au modèle démocratique défini par les lois de la république.

Dans une zone de non-droit, les pratiques les plus déviantes deviennent normes, des petits chefs, promus hors de toute compétence réelle, inspirés par l’exemple de leurs supérieurs directs, donnent libre cours à leur volonté de puissance compensatoire du sentiment d’infériorité qu’ils éprouvent.

Les exemples abondent. Au sein de l’éducation nationale à Mayotte, les enseignant-es se trouvaient muté-es sur ce territoire sous l’égide du décret nº 96-1027 stipulant que la durée de la première affectation dans la collectivité de Mayotte est de deux ans, renouvelable une fois. Le renouvellement de ces contrats donne lieu à l’exercice d’un chantage contre le fonctionnaire. On lui suppose un devoir de réserve comme s’il exerçait à l’étranger et tout désaccord exprimé par lui est considéré comme acte de désobéissance. Une secrétaire générale, simple responsable d’une division des examens avant d’arriver à Mayotte, s’empare des rouages de l’institution Vice-rectorale et la gère en exerçant un pouvoir exorbitant. D’innombrables irrégularités sont commises, des harcèlements du personnel, des rapports professionnels tronqués sont produits, des collègues sont lésé-es en vertu de leur origine, de leurs opinions syndicales et autres… Lorsque notre syndicat dénonce tous ces faits, la réponse est immédiate : notre secrétaire départemental est muté d’office au bout de deux ans.

Des explications sont demandées au Vice-recteur. Au lieu de prendre ses responsabilités et de rappeler à la raison ses personnels, lui-même se soumet à leur point de vue, et considère, ironique, « qu’il n’a pas à justifier sa décision… ». Il serait bien en peine de le faire, elle est hors du droit français ! Jusqu’à l’an dernier où le secrétaire du SNES a été muté, on n’avait jamais vu, même sur cette île, une volonté de nuire ainsi à l’exercice du droit syndical. Pour fêter l’événement, la secrétaire générale du Vice-rectorat avait même sablé le champagne avec ses chefs de service sur son lieu de travail, c’est tout dire. Que ces irrégularités soient reconnues ne les gênent pas, puisqu’un flou juridique semble pouvoir, non les justifier, mais les couvrir et ils l’utilisent, véritable tour de passe-passe, à des fins peu glorieuses.

Est-ce que nous attendons des représentants de la République qu’ils enfreignent les droits fondamentaux, qu’ils outrepassent les lois constitutionnelles et règlements ? Non ! Ces gens mettent en danger la République, contredisent son histoire, préparent le lit de tous les extrêmes par leurs pratiques insidieuses et honteuses… « Ra Hachiri ! » [2] rappelle une maxime mahoraise.

Nous combattrons ceux qui mettent une fonction républicaine honorable sous la coupe de leurs seuls intérêts, au profit de leurs seules ambitions, indignes en cela de la mission qui leur est confiée et nous lutterons pour que le droit républicain s’impose enfin, ici aussi !

Sud éducation Mayotte


[1Magnéné : mal fait, raté, pourri…

[2« Soyons vigilants ! »