"L’expérience qu’il est nécessaire de faire partager

au plus grand nombre de jeunes" (Jacques Lang)
 septembre 2001
mis à jour dimanche 3 avril 2005

Les premiers emplois-jeunes, des aides-éducateurs en l’occurrence, ayant été recrutés en septembre 97, l’échéance des premiers contrats signés, pour 5 ans non renouvelables, approchait inéluctablement, effrayant toute « la classe politique », sénateurs compris. L’incapacité de l’État à tenir ses engagements de formation et d’embauche à l’égard de ces jeunes, surexploités depuis maintenant 4 ans, est tellement criante qu’il devenait impératif de « faire quelque chose » en ces temps pré-électoraux. C’est chose faite, puisque, le 6 juin dernier, le Ministère de l’Emploi et de la Solidarité a rendu public son Plan de consolidation des emplois-jeunes que Jack Lang déclinait le même jour pour l’Éducation nationale, c’est-à-dire pour les aides-éducateurs. Quelle est la signification de cette « consolidation » à un moment où le chômage n’est plus (pour l’instant présent) ce qu’il était en 97 ?

LE BILAN DU DISPOSITIF EMPLOIS-JEUNES

É. Guigou s’appuie sur le bilan du dispositif publié le 30 avril 2001 et couvrant la période 1997-2000. Qui s’étonnera du verdict : « le programme Nouveaux services, emplois-jeunes est une réussite » ! Selon ce rapport, deux objectifs majeurs auraient été atteints : contribuer à la baisse du chômage des jeunes par l’embauche de plus de 312 000 personnes en 3 ans et créer des activités nouvelles qui améliorent la vie quotidienne des français. Pour la seule Éducation nationale, c’est 90 000 jeunes qui ont « bénéficié » du dispositif puisque 24 000 d’entre eux ont déjà quitté leur poste d’aide-éducateur et qu’il en reste aujourd’hui 65 000. Selon Jack Lang, « ils ont fait émerger des activités nouvelles qui ont amélioré le fonctionnement de notre système éducatif ». Cependant, un rapport publié en juillet 2000 par le CEREQ (Centre d’Études et de Recherches sur les Qualifications) concluait ainsi son étude des « missions » remplies par les AE « les fonctions exercées par les AE sont encore loin de s’apparenter à de vrais métiers ou même à des emplois. Chaque AE exerce en effet un nombre important d’activités dont les finalités ne sont pas toujours cohérentes entre elles... La fonction d’AE est à ce jour éclatée » (souligné par les auteurs). Encore les 12 missions répertoriées n’incluent-elles pas la préparation du café à la récré !

SA PÉRENNISATION

Cette polyvalence, ce statut de droit privé qui met, pour le prix du SMIC pendant 5 ans, des jeunes, quel que soit leur niveau d’études, à la disposition de l’Éducation nationale, pour des tâches éclatées, qui ne sont ni des métiers, ni des emplois, c’est sûrement ce qui conduit Jack Lang à exalter le dispositif dans la phrase citée en titre de cet article.

« Emplois » flexibles, tâches sous-payées, droits amputés, tel est bien l’idéal qu’œuvrent en ce moment à mettre conjointement en place, chacun dans son registre, gouvernement et patronat emmené par le MEDEF. Et on conçoit que, dans cette perspective, dresser les jeunes à ces nouvelles normes du salariat soit une priorité dès leur sortie du système scolaire, et même avant (voir articulet joint)).

Le plan de consolidation annonce le recrutement de 10 000 emplois-jeunes dans les associations et les collectivités locales, l’éducation nationale maintenant ses 70 000 AE de droit privé. Comme depuis leur mise en place en septembre 1997, SUD éducation appelle les personnels à s’oposer, dans les Conseils d’École ou dans les Conseils d’Administration, à toute nouvelle embauche d’aides-éducateurs.

LEUR « PROFESSIONNALISATION »

Voyons maintenant ce qu’il en est de l’« engagement fort » du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité pris le 6 juin : « aucun jeune ne doit sortir du programme sans l’assurance d’une activité professionnelle ». La méthode est rabâchée à l’envi : promesse d’un vaste éventail de mesures “sur mesures” et au cas par cas, pour donner le maximum de chance à chaque jeune, d’un “accompagnement personnalisé” par le service public de l’emploi. Et le Ministère de l’Éducation nationale d’en rajouter : généralisation des “portefeuilles de compétences”, des “livrets de compétences”, des “livrets d’expériences professionnelles”, tous “documents personnalisés” dont le contenu est détaillé : démarches d’orientation, choix de formation, valorisation des compétences acquises dans les écoles et les EPLE, actions d’insertion (rencontres, stages en entreprises), etc. Lang enfonce le clou « on est passé, dit-il, d’une démarche centrée sur l’offre à un traitement de la demande qui ne peut être qu’individuel. » Tous ces termes pullulent dans les textes européens sur l’éducation et la formation. Ce sont ces mêmes notions que tous ceux qui ont suivi les débats sur les retraites (“retraite à la carte” de la CFDT) ou le PARE, entre autres, interprètent maintenant sans difficultés. Il s’agit, comme pour les chômeurs, de réduire chacun aux aléas de son parcours personnel, et de le livrer sans réglementation à l’arbitraire de l’employeur qui, renseigné sur tout, trouvera toujours qu’il manque précisément ce qui aurait motivé l’embauche. On mesure le recul opéré depuis l’époque où chacun était embauché et payé selon sa qualification professionnelle reconnue par des conventions nationales ou de branches. Sous couvert d’individualisation, c’est le travailleur, collectif et particulier, qui est désarmé face à l’employeur. C’EST L’ENSEMBLE DE CETTE POLITIQUE COHÉRENTE QU’IL FAUT COMBATTRE.

LEUR FORMATION

S’occuper des emplois-jeunes déjà recrutés a été un souci majeur pour les ministères et J. Lang se demandait « comment assurer aux jeunes actuellement en fonction une préparation concrète à un futur métier ? »

Pour ce faire, deux séries de mesures ont été décidées le 6 juin.

Premièrement « les mesures destinées à assurer un temps suffisant de formation ». Elles sont au nombre de trois :

- que tout AE bénéficie d’un contrat de 5 ans, même s’il a été engagé, en remplacement d’un partant, pour une durée plus courte

- la prolongation jusqu’au 30 juin 2003 des contrats conclus avant le 30 juin 98

- le doublement de la durée de formation au cours des deux dernières années du contrat, ce qui la porterait « de 200 heures actuellement à 300 voire 400 heures annuelles en fonction du projet professionnel » (dixit Lang). SUD ÉDUCATION APPELLE TOUS LES AIDES-ÉDUCATEURS À APPRENDRE À LEUR MINISTRE QUE LE DOUBLE DE 200 C’EST 400 !

Deuxièmement « les mesures destinées à accroître les préparations aux différents métiers ». Elles prennent en compte deux paramètres, l’année d’embauche et le niveau d’études, et distinguent quatre catégories :

- les titulaires d’une licence au moment de leur recrutement (actuellement 9 000 AE, soit 13%), ils peuvent, comme par le passé se présenter aux concours de catégorie A de la fonction publique. Le texte précise qu’ils étaient 4 500 inscrits sur les 66 000 candidats à la session 2000 du concours des PE, et que leur taux de réussite a été « proche de la moyenne ». Est-ce à dire qu’il était au-dessous ? Si c’est le cas, il faut l’avouer et reconnaître qu’être AE diminue les chances de devenir enseignant titulaire.

- les AE recrutés en 98 et 99 et titulaires du bac (42 000, 60%). Là non plus, rien de nouveau sous le soleil. L’administration en catégorie B et le secteur privé leur sont offerts. C’est à leur intention que sont rappelées les 25 conventions nationales et les 120 accords locaux signés. On leur promet, par la mobilisation des GRETA, de les « préparer efficacement à l’embauche » ! Les autres candidats à un emploi chez Mickey n’ont qu’à bien se tenir !

- les AE recrutés en 98 et 99 titulaires d’un diplôme bac +2 (19 000, 27%). C’est sur leur cas que se concentre la nouveauté qu’autorise la Loi de modernisation sociale, à savoir la validation des acquis de l’expérience après trois années d’expériences professionnelles. Et J. Lang poursuit : « Dans cet esprit, j’envisage d’ouvrir pour les AE des concours de 3ème voie pour l’accès aux corps enseignants, aux corps de personnels d’éducation et aux corps de personnels administratifs qui prendront en considération la validation des acquis professionnnels. » Une préparation à ces concours sera offerte à tous ceux qui le souhaiteront, « mais c’est la règle des concours, leur rappelle leur ministre, tous ne réussiront pas », voilà pourquoi les ouvertures vers le privé se poursuivront, car « notre économie a besoin de leur expérience ». On a vu, lors de la bataille pour la titularisation des MA, ce que valent ces types de concours “réservés”et aujourd’hui encore nous assistons à des licenciements déguisés de reçus auxquels la titularisation est refusée après une ou deux années de stage. Plus que jamais, SUD ÉDUCATION REVENDIQUE LA TITULARISATION DE TOUS CEUX QUI LE DÉSIRENT SANS CONDITION DE CONCOURS NI DE NATIONALITÉ.

- les AE titulaires du bac recrutés en 1999, 2000, 2001. Tous ceux qui souhaitent une formation de l’enseignement supérieur doivent y accéder, dit le texte, après quoi, ils intégreront la 3ème catégorie et y connaîtront le même parcours du combattant, juste un peu plus long. À moins que, d’ici là, la lutte contre les projets gouvernementaux ne s’organise et mette en échec cette politique néfaste pour tous.

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