LRU 2.0 ?

On n’en veut pas !
samedi 25 mai 2013

L’une des lois les plus contestées de l’ère Sarkozy a probablement été la loi « Libertés et Responsabilités des Universités » (LRU). Elle avait été adoptée dès l’élection de Naboléon, pendant l’été 2007. Auparavant, il avait pris soin de caresser les syndicats étudiants (certains syndicats étudiants) dans le sens du poil. On se souvient notamment que l’ineffable Julliard, qui s’est forgé une carrière sur le dos de la mobilisation de 2006 contre le CPE, avait été invité à déjeuner à l’Élysée… à la rentrée 2007, au grand dam de l’UNEF et de la FAGE, un mouvement de blocages et de grèves avait touché les universités françaises pendant plusieurs semaines. Puis, au cours de l’année 2008-2009, nous avons eu la plus longue grève universitaire jamais connue en France.

Ces combats ont durablement marqué le milieu universitaire et les personnels, qui s’étaient organisés et mobilisés, sont restés mobilisés. Mais du côté des classes dirigeantes, plus ça change, plus c’est la même chose (comme disent les Britanniques). Les socialistes, qui nous ont engagés dans le processus de Bologne (1999) et la stratégie de Lisbonne (2000), n’avaient aucunement l’intention de remettre en question la loi LRU de 2007. D’ailleurs, ils étaient nombreux à affirmer que cette loi était la seule réussite du quinquennat de Sarkozy !

La ministre Geneviève Fioraso, qui vient du MINATEC de Grenoble, n’était pas connue pour ses prises de position hostiles à la marchandisation du savoir et de l’enseignement supérieur ! À la rentrée 2012, elle a mis en place les assises de l’ESR, parodie de concertation, avec ses synthèses de synthèses de synthèses, à laquelle nous avons refusé de participer. Puis, elle a sorti sa loi que le Parlement (organe consultatif du gouvernement) est censé examiner en procédure accélérée car elle devrait s’appliquer dès la rentrée 2013.

Qualifiée de LRU 2.0 par quelques mauvais esprits, cette loi reconduit, pérennise, voire aggrave sur de nombreux points, la loi de Valérie Pécresse. Les comités de sélection, la dévolution de la masse salariale (les RCE) conduisant les présidents à gérer eux-mêmes une pénurie qui ne cesse d’empirer, la modification du statut des enseignants-chercheurs de 2009 introduisant la modulation des services et leur évaluation quadriennale, l’évaluation annuelle des BIATOSS [1], l’ANR, l’AERES (dont seul le nom changerait), la possibilité de transformer des postes de titulaires en postes précaires… tout cela serait reconduit à l’identique. Les appels à projets en EX (IDEX, LABEX, etc.), le calamiteux campus Paris-Saclay demeureraient intouchés. Quelques points particulièrement inacceptables : un renforcement du pilotage par le haut et de la soumission aux entreprises, une obligation pour les établissements de fusionner entre eux conduisant à un renforcement de la sélection des étudiants par l’argent.

Concernant les réactions syndicales, il est intéressant de constater que l’on retrouve dans l’ESR le même clivage qu’au sujet de l’accord national interprofessionnel (ANI). D’un côté, les syndicats dits « réformistes », SGEN-CFDT et UNSA, s’affirment favorables au projet moyennant quelques aménagements. Nous pouvons rajouter les deux principaux [2] syndicats étudiants, l’UNEF et la FAGE, qui se sont déclarés très favorables au projet de loi. De l’autre côté, nous avons un bloc plus ou moins uni composé des syndicats de la FSU, de la CGT, FO et Solidaires (Sud éducation, Sud REPST, Solidaires étudiants). Localement, les responsables syndicaux sont parfois conduits à des contorsions assez cocasses. Par exemple, en Franche-Comté, tous les syndicats de l’UFC sont opposés au projet de fusion avec l’université de Bourgogne voulu par la ministre. Pour ne pas être en porte-à-faux avec sa position nationale de soutien à Fioraso, l’UNEF insiste pour bien dissocier les motions condamnant la fusion des deux universités (qu’elle peut signer) des motions rejetant l’ensemble du projet de loi (qu’elle ne peut pas signer). Cette attitude est l’image inversée du SNESUP, principalement un syndicat de professeurs des universités à l’UFC, qui souhaite que l’on s’attaque à la ministre mais surtout pas au président de l’université que certains de ses membres soutiennent.

Une mobilisation a commencé à se dessiner dès les projets connus, en février. Mais, le gouvernement est malin : il sait que, dès les examens passés, il n’y a plus aucun enjeu et plus un seul espoir de grève. Lorsque le projet de loi sera adopté, la quasi-totalité des universités auront organisé leurs examens.

La mobilisation d’aujourd’hui prépare les luttes de demain. Sud éducation mettra tout en œuvre pour faire capoter la loi Fioraso, obtenir l’abrogation de la LRU et du Pacte pour la recherche.

Sud éducation Franche-Comté


[1Même si le ministère a supprimé le « O » d’Ouvriers, ils ne touchent pas encore des salaires de cadres et nous continuons donc à parler de BIATOSS !

[2En gardant à l’esprit que la représentativité de ces syndicats est toute relative, tant le taux de participation aux élections et le taux de syndicalisation sont faibles chez les étudiants !