La double vacation à Mayotte

mardi 25 décembre 2012

À l’heure de la refondation de l’école républicaine dans laquelle l’élève est mis au centre du dispositif, les rythmes scolaires semblent une préoccupation majeure. Pas à Mayotte où la situation sur ce point est dramatique, et doit alerter l’ensemble des acteurs du système éducatif sur ce qui pourrait advenir.

Face à l’absence de prospective des gouvernements successifs concernant l’évolution démographique de l’île et donc, aussi, l’augmentation d’entrées en primaire (3,4% par an depuis 1999 annoncée par l’INSEE), le vice-rectorat de Mayotte, a été contraint, pour accueillir les élèves, de mettre en place en 2002 un dispositif de double vacation pour 270 divisions géographiquement regroupées sur la seule commune de Mamoudzou.

L’éternel provisoire

Officiellement provisoire pour pallier le manque d’infrastructure, le système perdure depuis 10 ans et s’est considérablement développé. Aujourd’hui, sur l’île plus de 450 divisions de primaire fonctionnent en rotation sans qu’on puisse espérer une amélioration. Le retard accumulé, par manque de prospective (ou de volonté), des gouvernements précédents, ne sera pas rattrapé même si l’état a annoncé récemment que 600 salles de classes pourraient être construites d’ici 2017, ces créations ne tenant toujours pas compte de la réelle progression démographique de l’île.

Cette situation témoigne une fois de plus du mépris de l’État français à l’égard des populations d’outremer. Le désengagement des gouvernements successifs dans l’instruction des classes populaires s’est développé partout sur le territoire national mais est ici augmenté par un réflexe colonialiste envers la population mahoraise.

Doubler c’est partager ?

La double vacation consiste à rentabiliser les locaux disponibles en partageant le temps d’occupation de chaque salle par deux classes, la première se tenant le matin de 7h à 12h et la seconde l’après-midi de 12h15 à 17h15.

L’impact pédagogique est évident  : l’enseignement dispensé par bloc de 5 heures et 5 fois par semaine ne tient pas compte du rythme de l’élève ni de la chronobiologie de l’enfant, rendant l’apprentissage pénible. Les classes qui se tiennent l’après-midi, sont encore plus difficiles en raison de la faim des enfants (pas de pause méridienne), de la chaleur (avec parfois à midi 35ºC dans les salles de classe sans ventilateur ni climatiseur) et de la fatigue des enfants tous levés aux aurores.

À cela s’ajoutent des problèmes matériels :
- l’hygiène, car ni les classes ni les sanitaires n’ont le temps d’être nettoyés durant les quinze minutes accordées pour le changement de classe ;
- l’usure prématurée des accessoires et des bâtiments ;
- des conditions de travail compliquées pour un personnel qui travaille 5 h en continu et doit partager son espace de travail dédié théoriquement à ses élèves.
Les résultats en sont une entrée massive en 6e d’enfants ne maîtrisant pas le minimum pour réussir au collège.

Des émules !

Pourquoi attirer l’attention sur cette spécificité mahoraise ? Cette logique purement économique fait des émules. En témoigne l’ouverture à la rentrée 2013 de divisions en double vacation dans l’académie de Guyane. Ce dispositif à moindre coût, pourrait s’inviter sur l’ensemble du territoire national, en particulier dans les zones sensibles où le besoin d’ouvertures de classes est le plus criant et les parents moins regardants.

Si la refondation de l’école consiste à libérer les enfants l’après-midi, on ne peut que trop aisément imaginer cette rationalisation administrative et économique, visant la rentabilisation des locaux, s’exporter hors de métropole.

Sud éducation Mayotte