La fonction publique, à Mayotte, indexée à l’austérité et à l’héritage colonial

dimanche 8 septembre 2013

Mayotte a attendu 35 ans pour bénéficier, à nouveau, de l’indexation des salaires ! Cette année, le gouvernement a été contraint de lâcher du lest et de mettre en place l’indexation des salaires des fonctionnaires en poste à Mayotte.

L’indexation, une promesse électorale.

Il aura fallu l’élection présidentielle de 2012 et la pêche aux voix des mahorais-es pour que le candidat Hollande fasse, enfin, la promesse d’une indexation. Pourtant, l’officialisation de la départementalisation, en 2011, et de son pacte « empoisonné » n’avait pas prévu cette incontournable mesure. Preuve là encore que la majorité de la classe politique mahoraise ne défendait que ce que l’état français était prêt à concéder, sans trop de frais.

Malgré les promesses, le gouvernement n’a jamais publié le gênant rapport des experts sur l’indexation à Mayotte.

Malgré le rejet par l’ensemble des syndicats de l’île, des propositions sur le taux, l’échéancier, l’exclusion des contractuel-es et les mesures indemnitaires d’attractivité, le gouvernement a refusé toute négociation et accord sur ces points.

Le gouvernement a refusé de reconnaître que la vie est plus chère et difficile à Mayotte qu’à La Réunion. Il impose donc un prétendu « taux de droit commun », en dessous de ce qui est déjà pratiqué pour certaines catégories de fonctionnaires, déjà indexées, sans tenir compte des spécificités du territoire.

Il impose un échéancier de 5 ans (5% en 2013, 5% en 2014, puis 10% sur les trois années suivantes), avec l’austérité comme seul argument pour justifier une telle discrimination.

Il reconnaît, enfin, que le territoire bat des records pour le pourcentage de contractuel-les dans les services publics mais refuse qu’elles et ils en bénéficient. Il reconnaît aussi la nécessité de résorber cette précarité mais refuse un plan de titularisation spécifique à Mayotte.

Alors à qui doit-on l’indexation ?

Ce n’est sûrement pas au gouvernement qui n’a songé qu’à gagner du temps depuis un an pour éviter de payer le « juste » prix. Ce ne sont pas non plus aux élu-es mahorais-es, plus prompt-es à calmer les velléités des syndicats qu’à défendre les revendications de la rue, plus unitaires que jamais. Ce ne furent malheureusement pas aux centrales syndicales, car même si certaines peuvent revendiquer d’avoir joué un rôle moteur dans les grèves de 2007, aucune ne peut s’estimer satisfaite de ce que le gouvernement a imposé. Si l’indexation a été obtenue, c’est grâce à la très forte mobilisation, depuis 2007, des fonctionnaires et notamment des professeur-es des écoles.

Il paraissait évident que les syndicats de la fonction publique ne devaient pas rater, là, l’occasion de concrétiser cette revendication par une victoire symbolique. Mais, le 10 juin dernier, lors de la parodie de « concertation » avec le Ministère de la Fonction Publique et malgré une intersyndicale (regroupant Cgt, Cfdt, Solidaires, Fsu, Fo, Cgc, Saem), engagée sur une plate-forme commune, toutes les organisations syndicales, se disant « raisonnables », à l’exception de Solidaires, ont abandonné en pleine réunion la plateforme et la légitime exigence d’un taux de 115%. Toutes les organisations, hormis Solidaires ont soutenu la proposition du PS, partagée par l’Unsa, de se satisfaire de la demande d’un taux plafonné à 53%, calqué sur celui de La Réunion. Malgré cela, le Ministère a maintenu sa position.

Aujourd’hui les mahorais-es n’ont que des miettes, l’attractivité du territoire dans les secteurs déficitaires ne sera pas assurée, et même les centrales syndicales qui se sont rangées au discours « raisonnable », ont dû, vite, déchanter devant l’intransigeance du gouvernement.

Les mahorais-es comptent sur Sud éducation et les syndicats Solidaires pour poursuivre la lutte.

Sud éducation a maintenu, depuis 2007, la revendication d’une indexation à 115%, l’annulation des décrets de 1996, utilisés pour « justifier » le non-renouvellement, par l’administration, des gêneuses et gêneurs ainsi que les inégalités entre fonctionnaires, basées sur leur origine. La constance dans ses positions et la ferme conviction que seule une démarche unitaire permettrait d’obtenir une indexation équitable, a permis, d’abord, de fédérer Solidaires Mayotte, puis, une majorité de centrales syndicales autour d’une plateforme commune.

Cette union sans précédent et la combativité des agents publics auraient dû nous mener à la victoire. Si le gouvernement a pu passer en force, ce n’est sûrement pas faute de mobilisation et encore moins à cause des revendications contenues dans la plateforme unitaire. Le combat continue et les mahorais-es peuvent compter sur Sud éducation et les syndicats Solidaires.

Sud éducation Mayotte


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N°54 du journal des syndicats et de la fédération SUD éducation, septembre 2013