La formation privatisée payante : ce que nous craignons, Forprof le fait

lundi 30 août 2010
mis à jour jeudi 7 mai 2015

De l’ISFEC (institut de formation de l’enseignement catholique) à Forprof (institut privé de formation à distance des enseignants), les prétendants à la formation des enseignants sortent du bois. Mais quelle prétention peuvent-ils avoir à l’« expertise » ? Et comment, dans notre pays laïque, un institut revendiquant son caractère confessionnel peut-il délivrer un diplôme universitaire ?

En 2009-2010 la Bretagne avec ses 40 % d’élèves scolarisés dans l’enseignement catholique proposait dans ses 4 CFP [1] départementaux, des masters « éducation et formation » préparant au métier de professeur des écoles grâce aux accords signés en 2008 « au nom de la République française » entre B. Kouchner et le Saint-Siège. En 1993 les calamiteux accords Lang-Cloupet signés à la veille de la déroute électorale du PS aux élections législatives ont engagé les IUFM dans la formation des enseignants catholiques.

À qui profite la fin des IUFM ?

Pour cette rentrée 2010, c’est l’Institut de Formation de l’Enseignement Catholique qui va lancer des masters professionnels de préparation au concours de professeur du second degré, mettant fin à la collaboration avec l’IUFM. Si la formation pédagogique et didactique de l’IUFM est bien perçue par les stagiaires, ceux-ci ne manquent pas de tirer à goupillon rouge sur les formations transversales proposées en parallèle par l’ARPEC-FORMIRIS [2]. Malgré l’incompétence de l’ARPEC en matière d’accompagnement des stagiaires, l’ISFEC prétend être aujourd’hui en mesure de préparer des étudiants aux nouveaux concours dans le cadre de ses masters. Il est permis d’en douter mais à 1500 € l’indulgence, le miracle est peut-être possible !

Quant à Forprof, spécialisé dans la préparation au concours de professeur des écoles, il propose un accompagnement payant des stagiaires. Une pub opportuniste annonce : « un encadrement, un suivi et une expertise, vos professeurs joignables par téléphone et par email tout au long de votre préparation, des accès aux forums et bibliothèques du Campus Internet Forprof, des formations via la Plateforme E-Learning, des préparations par correspondance, des cours en direct les samedis et des stages intensifs en été ». D’après Le Monde du 16 juillet dernier : « Chez Forprof la formation s’élève à 440 € par an, les cours du soir ou les samedis à près de 1000 € par an et le stage intensif à 600 €. A titre de comparaison, les droits d’inscription à l’université s’élèvent à 237 € pour un étudiant de master ». L’AEF d’ajouter : 600 € pour 5 jours de stage intensif et 600 € pour un « coaching personnalisé ».

Comment Forprof peut-il se faire valoir d’autant d’expertise ?

Le « directeur-fondateur » de Forprof, affiche ses états de service : il a été 26 ans instituteur puis P.E., conseiller pédagogique, jury du CRPE ; ses formateurs sont des personnels issus de l’Éducation nationale déjà impliqués dans ces mêmes concours. S’agit-il de collègues zélés qui mettent en œuvre par anticipation la politique du gouvernement de report de l’âge de départ à la retraite, en s’engageant dans Forprof dès leur retraite acquise ? De collègues encore en activité qui travaillent le samedi pour gagner plus sur le dos des étudiants ?

On ne s’étonnera pas que le directeur approuve la réforme de la masterisation : « cette réforme va d’une massification de la formation vers sa personnalisation. C’est l’étudiant qui initie un stage, qui se forme […] Globalement, c’est plus responsable ». Plus cynique, tu meurs !

Conséquence de la masterisation : ces deux officines privées se sont engouffrées dans la brèche. D’autres ne manqueront pas de les suivre tant le marché, nourri par l’angoisse des étudiants et des jeunes professeurs stagiaires, s’annonce juteux…

Sud éducation Ille-et-Vilaine


[1Centres de Formation Pédagogique de l’enseignement privé catholique

[2Fédération des associations pour la formation et la promotion professionnelles dans l’enseignement catholique

Navigation