« La grève illimitée n’aura pas lieu »

dimanche 12 novembre 2017

Cette année, encore, le collège Vercors a dû se battre, dès la rentrée, pour les postes de surveillant-es supprimés avec l’annonce de la fin des contrats aidés.

L’an dernier le personnel du collège avait obtenu le retour des deux postes de surveillant-es en CUI-CAE et obtenu 1/2 poste d’AED, en plus, au bout de 9 jours de grève massive.
Au mois de juin de cette année, ce sont trois postes de surveillant-es en contrats aidés qui ne sont pas renouvelés, malgré les promesses du rectorat de garantir les postes. Du coup, dès le 1er septembre les collègues posent un préavis de grève et les manœuvres du rectorat commencent. Le 6 septembre, audience à l’IA avec la DASEN et son staff des inspecteurs de vie scolaire et chargés de la mise en place des volontaires en service civique mais aussi en présence de l’attaché parlementaire du député LREM qui veut jouer les intermédiaires. Au menu 2 services civiques en compensation des postes perdus et, pourquoi pas, même 2 de plus puisqu’ils sont si peu chers. L’inspection reconnaît, enfin, qu’il y a des problèmes pour emmener les élèves à la cantine du lycée voisin ; la DASEN propose la mise à disposition d’un AED du lycée durant une heure par jour pour surveiller les élèves à la cantine, soit 4 h hebdomadaires. Sous la pression des personnels et des parents, le rectorat dit qu’il va réfléchir à 1/2 AED pour ce problème mais, alors qu’il ne s’est pas déplacé une seule fois au collège, il impose déjà l’intervention de l’IA-IPR de vie scolaire et celui chargé des services civiques pour passer à la loupe notre façon de fonctionner !

En grève, dès la rentrée

Vendredi 8 septembre, c’est la rentrée de toutes les classes et toujours pas de nouvelle avancée, la grève est massive mais 2 ou 3 collègues ne votent pas la grève et l’un même se prononce contre. À chaque fois piquet de grève devant le collège, AG des personnels et réunion avec les parents qui nous accompagnent dans les délégation. Au soir de ce premier jour, la DASEN annonce que le 1/2 AED éventuel est finalement proposé mais toujours pas pérennisé.
Mardi 12, grève nationale, des collèges du sud grenoblois se joignent à nous, rendez vous devant le rectorat qui devient le point de ralliement pour la manifestation contre les ordonnances Macron ; Solidaires a appelé à la manifestation sans le soutien de la CGT, le cortège rejoint le rassemblement à l’initiative de la CGT au jardin de ville. Après quelques négociations, un collègue AED prend la parole, le soutien est général et on commence à faire circuler la caisse de grève.
On s’organise, actions répétées au pied du rectorat, présence des parents et des élèves en soutien. Selon les jours on fait cours, un concert, une partie d’échecs à taille humaine, enterrement des contrats aidés, le tout au pied du rectorat, on campe la nuit devant le rectorat, etc. On organise des réunions avec les associations qui sont mises en danger par la suppression des contrats aidés, les élus de la ville apportent leur soutien. Une énorme banderole est déployée sur les remparts de la bastille au dessus du centre ville.
Le 21, une délégation d’une douzaine de grévistes monte à Paris, on cherche à intercepter le ministre de l’EN mais c’est la police qui se pointe devant le lycée Pierre Gilles de Gènes, le ministre ne vient pas. On rejoint la marche du collectif « touche pas à ma ZEP » de la région parisienne, direction le ministère de l’Éducation dont on ne pourra même pas atteindre les portes, bloqué-es par un barrage de gendarmes mobiles. Qu’importe, on s’encourage et ça fait quand même du bien aux un-es et aux autres de n’être pas seul-es. On repart pour la manif parisienne contre la loi XXL, dans le cortège avec nos banderoles, distribution de tracts et séance d’explication ; qui sont ces provinciaux en grève depuis 16 jours contre la suppression des contrats aidés ? À Grenoble les camarades sont au premier rang de la manif contre les ordonnances Macron et les parents sont invités en audience par la rectrice qui annonce, avant le rendez-vous, qu’elle ne lâchera rien. Dans ces conditions les parents annoncent leur refus d’y aller, puis la rencontrent quand même pour lui demander de faire un geste.

Ouvrir la boîte de Pandore ?

Lundi 25, on découvre que le rectorat a mobilisé un CPE contractuel pour remplacer la collègue CPE gréviste, c’est une atteinte grave au droit de grève et on mobilise les syndicats. La réaction est un peu molle, à l’exception de Sud, mais le rectorat prépare la riposte. Le député est sollicité et répond qu’un 1/2 CPE c’est très bien, ce serait un geste de la rectrice mais pas question d’AED, « ce serait ouvrir la boîte de Pandore », il faut bien défendre la politique d’austérité du gouvernement ! En fait, c’est le rectorat qui ouvre la boîte de Pandore en mettant un CPE pour remplacer la collègue gréviste. Le lendemain la rectrice daigne venir au collège au milieu du CA, pour rattraper le coup ; le CPE ne serait là qu’en soutien, le rectorat laisserait même 1/2 poste jusqu’en décembre … dès qu’on reprendra les cours ! Le but est de semer le doute chez les parents d’élèves et ça marche, même si la vie scolaire devient une armée mexicaine.
Mercredi 27, à l’appel de Sud Asso et Sud éducation, rassemblement et cortège de la préfecture au rectorat, en passant par le conseil départemental, avec les associations victimes de la suppression des contrats aidés. La représentation de l’État est aux abonnés absents, on obtient que le conseil départemental nous donne un rendez vous la semaine suivante, tandis que le rectorat avoue à mi-mots ne pas avoir l’intention de maintenir le 1/2 poste de CPE après décembre.
On est à 3 semaines de grève et, vendredi 29 septembre, la rectrice annonce que le 1/2 CPE est pérennisé après janvier. La pression monte d’un cran, le soutien des parents fait place à l’énervement d’un nombre croissant d’entre elles et eux contre cette grève qui s’éternise. Les collègues encore en grève sont toujours majoritaires : on sait qu’on a raison, on sait que le 1/2 CPE n’est pas la solution à nos problèmes, mais il faudrait tenir bien plus que 2 ou 3 jours pour espérer d’avantage et beaucoup trop de collègues ont dépassé leurs limites. La reprise est votée après 22 jours de grève et avec la satisfaction d’avoir fait reculer le rectorat et reconnaître que les moyens réclamés sont nécessaires.

La fierté d’avoir tenu

Bien plus que les 9 jours de grève en 2016, le mouvement de cette année a reflété la vraie personnalité des collègues. Les briseurs-euses de grève se sont montré-es sous leur vrai jour et ultra-minoritaires, le fossé s’est creusé avec celles et ceux qui se sont battu-es pour les conditions de travail de toutes et tous, élèves compris mais cela n’a fait que renforcer notre détermination. Plus aucune illusion sur une administration qui n’aurait pas bien compris que c’était pour le bien des élèves, mais une meilleure compréhension de ce patron qui est là pour faire passer les diminutions de moyens et la détérioration des conditions de travail. La fierté d’avoir fait ce qu’il fallait faire, d’avoir tenu. Juste le regret de n’être pas plus d’établissements à s’être battus, alors que la plupart sont touchés par les suppressions de moyens, sans autre réponse que plus de précarisation. La prise de conscience aussi que cete lutte est liée au combat contre la destruction du code du travail et des services publics. Oui, la grève reconductible est possible et, oui, c’est la seule qui paie car si, cette année, on a pu tenir 13 jours de plus que l’an dernier et bien, demain, on pourrait faire encore mieux ! Un dernier point positif a été le soutien affiché avec le mouvement, que ce soit par la présence dans les mobilisations ou les participations, même minimes à la caisse de grève, de la part de parents, militant-es ou syndicats et notamment Sud éducation et les autres Sud et Solidaires. Sans cette solidarité il aurait été plus difficile de tenir aussi longtemps. Aujourd’hui la lutte continue, face à la volonté du rectorat de retirer tous les jours de grève, malgré sa responsabilité dans le pourrissement du conflit et il est encore temps d’apporter votre soutien via la caisse de grève en ligne ou directement.
Caisse de grève pour soutenir les personnels mobilisés :
https://www.pikari.fr/c/atq3p6 ou par chèque au nom de « l’amicool du collège Vercors » en précisant : caisse de grève. 59 bis Rue Léon Jouhaux, 38100 Grenoble

Sud éducation académie de Grenoble