La hiérarchie, c’est comme les étagères… plus c’est haut, moins on s’en sert !

jeudi 8 mars 2018

Le succès des stages traitant de l’anti-hiérarchie proposés par les syndicats de la Fédération Sud éducation, au fil des ans, ne se dément pas. Le dernier en date, organisé les 27 et 28 novembre derniers, conjointement par Sud éducation 92, la CNT, la CGT éduc’action et le collectif anti-hiérarchie (CAH, collectif regroupant des personnes syndiquées dans divers syndicats et non syndiquées, désobéisseuses-désobéisseurs, refuseuses-refuseurs de l’inspection, …), a encore connu une belle fréquentation avec environ 80 participant-es.

Ce type de stage est l’occasion d’aborder les différentes manières dont la hiérarchie peut peser sur les travailleuses-travailleurs, afin de réfléchir aux moyens de les combattre, en particulier collectivement, d’élaborer des argumentaires à destination des collègues mais aussi des parents d’élèves sur divers sujets. Ils permettent aussi à des personnels de recréer du lien, de se sentir moins isolés quand leur situation au travail est parfois difficile à vivre, de se rendre compte que ces souffrances qui s’originent directement dans le rapport hiérarchique sont souvent partagées par d’autres. Ce stage de novembre 2017 s’inscrit par ailleurs dans une dynamique déjà initiée en mai par une autre formation syndicale du même type, au cours de laquelle s’est engagé un projet de rédaction d’un nouveau numéro du couvre-chefs, brochure mythique élaborée par le CAH il y a plus de dix ans. Il s’agissait donc d’échanger sur un certain nombre de sujets en vue de préparer collectivement l’écriture de ces textes qui alimenteront le futur numéro.

Des questions nouvelles

Parmi ces thèmes, les nouvelles modalités d’évaluation, baptisées PPCR (Parcours professionnels, carrières et rémunérations), étaient évidemment dans les esprits et suscitaient un certain nombre de questions, en particulier celle de la possibilité de les refuser comme c’était le cas pour l’inspection. Au moment du stage, les échanges autour de l’entretien de carrière et les tentatives d’analyses juridiques des textes restaient encore au stade de suppositions, ces entretiens commençant tout juste à être mis en place, mais déjà semblait se dessiner ce qui a l’air de se confirmer sur le terrain (tout ceci au conditionnel, puisque nous n’en sommes qu’aux balbutiements) : la possibilité effectivement de continuer à refuser, la hiérarchie considérant visiblement qu’il s’agit surtout d’une possibilité de bonifier une carrière (à la marge, nous le savons, et de manière inégalitaire. Il s’agira en fait de récompenser la docilité) plutôt que de la sanctionner, et donc laissant à chacun-e le choix d’y renoncer. Encore une fois, les retours des collègues vont nous en apprendre beaucoup plus, dès cette année. Par ailleurs, il pourrait exister un pendant plus négatif, les visites d’accompagnement destinées aux collègues soi-disant en difficulté, ou qui auront besoin d’être « recadré-es ». Quel serait alors le rapport de force pour refuser ces visites ? Quoi qu’il en soit, il va être, là encore, indispensable de préparer des réponses, individuelles et collectives, à ces éventualités.

Furent également évoqués les problèmes de fichage des élèves et du tout sécuritaire à l’école et dans la société, notamment à travers la mise en place du Livret scolaire unique numérique (LSUN) et de l’organisation de Plans particuliers de mise en sécurité (PPMS) anti-attentats : comment lutter contre ces dérives ? À travers des argumentaires à destination des parents et des collègues : nous ne voulons pas d’une société de la peur, du flicage, ni de la marchandisation de l’école. Quoi qu’on en dise, le PPMS antiterroriste est anxiogène pour les élèves et contribue à créer un climat de psychose ambiante, par ailleurs bien utile aux politiques pour éviter d’aborder d’autres sujets. La peur empêche de réfléchir, elles-ils l’ont bien compris. Ces PPMS sont de toute façon, et par définition, inutiles, de par la nature imprévisible et unique d’un attentat. Le LSUN joue, lui, son rôle d’outil indispensable au marché du travail, en triant, catégorisant, étiquetant les élèves selon l’intérêt qu’elles-ils représentent pour le patronat. Le droit à l’oubli n’existe plus, chaque parcours est gravé sur le front, sous forme de code-barres. Grève, boycott, sabotage,... les résistances existent, elles doivent dès aujourd’hui se penser et se construire le plus collectivement possible, y compris entre personnels de l’éducation et parents, pour établir un réel rapport de force.

Renforcement des hiérarchies intermédiaires, y compris officieuses (par exemple les directrices- directeurs d’écoles et les conseillères-conseillers pédagogiques dans le premier degré, n’ayant pas le statut de supérieur-es hiérarchiques, mais en assumant de plus en plus souvent le rôle), management par la culpabilisation, mise à mal de la liberté pédagogique,… le poids de la hiérarchie est de plus en plus prégnant dans l’Éducation nationale (et ailleurs !). D’où la nécessité d’y apporter une alternative.

De quoi parle-t-on lorsqu’on évoque l’anti-hiérarchie ?

Comme nous l’avons vu à travers les différentes thématiques abordées en stage, il s’agit de se prémunir face aux excès de pouvoir de notre hiérarchie, que ce soit dans les formes que peut prendre la communication, dans les injonctions qu’elle nous formule, parfois même contradictoires, et dans la souffrance au travail qui peut en découler. Pour cela, rien de tel que de connaître nos droits et ses devoirs, donnant suffisamment de confiance pour apprendre à dire non. Par exemple, concrètement, demander systématiquement à nos supérieur-es de fournir une trace écrite de leurs ordres et de citer la référence juridique sur laquelle elles-ils s’appuient est un premier réflexe à acquérir qui calme souvent (pas toujours !) leurs ardeurs. Savoir dire non, c’est éviter que les demandes soient toujours plus importantes, contraignantes, intrusives, liberticides.
L’anti-hiérarchie, c’est aussi remettre en cause, d’un point de vue systémique, ce mode d’organisation pyramidal de notre société, qui repose sur la docilité, l’obéissance, l’infantilisation, qui nie toute possibilité de réfléchir et de critiquer ce qui vient d’en haut (« un fonctionnaire doit fonctionner » paraît-il !). Analyser ses mécanismes, c’est aussi un moyen de comprendre ce qui génère de la souffrance au travail pour tenter de l’endiguer, ou au moins de protéger les travailleuses-travailleurs qui en sont victimes. S’opposer à la hiérarchie s’accompagne d’une réflexion sur les alternatives à proposer : autogestion, direction collégiale d’établissement, autant de pistes pour s’organiser collectivement, démocratiquement, égalitairement.

Enfin, par extension, combattre la hiérarchie, c’est combattre les hiérarchies sous toutes leurs formes, c’est-à-dire les rapports de domination, dans les classes et dans la société, qu’ils soient racistes, sexistes, sociaux, catégoriels entre les différentes catégories de travailleuses-travailleurs, entre les professeur-es et leurs élèves...

Cette orientation forte de la Fédération Sud éducation est donc plus que jamais d’actualité.

Sud éducation Hauts-de-Seine