La question pédagogique : un enjeu syndical

vendredi 10 novembre 2017

Nous faisons tout-es l’expérience, à travers l’exercice de notre métier, des contradictions entre nos pratiques et nos convictions politiques et syndicales ; à commencer par l’infantilisation de tous les acteurs-trices du système : parents « convoqué-es », professeurs évalué-es à travers une « grille de compétences »… « Savoir être » et comportement notés, etc. La question des savoirs – et du sens à leur donner – est ainsi reléguée au second plan.

La réflexion pédagogique doit être abordée syndicalement : il s’agit de réfléchir à partir de nos principes pour penser nos pratiques et faire fonctionner l’école autrement. Nous militons pour un autre monde où s’inventera une autre école, mais nous luttons aussi dans l’école pour changer la société... La question pédagogique est fondamentalement politique. Si les revendications matérielles sont cruciales, elles ne doivent pas nous dispenser d’une réflexion de fond sur une institution qui oscille entre domination et émancipation. Comme l’écrit Charlotte Nordmann dans La Fabrique de l’Impuissance 2, l’école « a pour fin à la fois de diffuser des savoirs et de contrôler leur diffusion, de définir ce qui est diffusé et à qui ça l’est, de sorte qu’au moment même où l’École s’efforce de développer de nouvelles capacités, elle vise à maîtriser l’usage qui en sera fait. »

Dénoncer les instrumentalisations pédagogiques

L’école ne doit pas être un outil d’adaptation des individus au monde de l’entreprise (concurrence entre les un-es et les autres, renforcement de la soumission à l’autorité hiérarchique, etc). C’est bien au nom de revendications syndicales qu’il faut dénoncer toutes les pédagogies faussement émancipatrices (ainsi Céline Alvarez dont l’expérimentation a été financée, avec l’aval du ministère, par les entreprises du CAC 40 via la fondation « Agir pour l’école »).
Si l’on doit aborder les revendications pédagogiques à un niveau syndical (sans prôner un mouvement pédagogique en particulier), c’est bien pour (re)faire surgir les questions qui sont au cœur même de notre métier :
• Quel sens donner à notre travail ? Comment s’auto-organiser dans nos classes et dans nos établissements ? Comment comprendre, par exemple, que l’on accorde paradoxalement beaucoup plus de liberté en maternelle que dans le secondaire (régression au combien préoccupante) ?
• Comment penser la question du Droit à et dans l’école ? La résignation des travailleuses et travailleurs ne s’enracinerait-elle pas dans le fonctionnement des établissements scolaires où la « démocratie » est réduite à la seule délégation (représentant-es élèves, parents, personnels) ? Une éducation au Droit (sa connaissance, son histoire, son exercice, etc.) permettrait d’apprendre aux élèves à s’organiser, à faire appliquer leurs (maigres) droits et à en conquérir de nouveaux.
• Enfin, y a-t-il un sens à diviser les classes par âge, en fabriquant artificiellement « précocité » ou « retard » ? Questionner cet impensé dans nos réflexions sur l’organisation de l’école permettrait d’envisager sous un autre jour le problème de la pression toujours croissante de l’orientation, et donc de la sélection.

Repenser l’école, repenser la pédagogie, repenser le syndicalisme

Nous voilà bien loin du débat sclérosé entre les promoteurs d’une école libérale qui individualise de plus en plus l’enseignement au détriment du collectif et les partisans - de droite mais aussi parfois de gauche... - d’une école aux méthodes réactionnaires célébrant la sélection, la soumission et l’uniformité...
Entre ces deux tentations, aussi dangereuses l’une que l’autre, nous devons porter l’exigence d’une école égalitaire et émancipatrice.
Il apparaît primordial d’élargir cette réflexion à l’ensemble des syndicats de lutte intéressés par ces questions, afin de créer des équipes, au sein des établissements, qui pourraient se réunir et essayer d’apporter des réponses locales.
Si le manque de moyens et les régressions sociales rendent nos conditions de travail de plus en plus difficiles ; notre liberté pédagogique (ou ce qu’il en reste…) tout comme nos pratiques alternatives demeurent des outils de lutte incontournables… À nous toutes et tous de nous en saisir !

Sud éducation Bouches-du-Rhône