La réforme des statuts ou la division du travail à l’Éducation nationale

Sud éducation Grenoble
jeudi 6 novembre 2014

La division du travail passe aussi par la multiplication des statuts particuliers, puis leur hiérarchisation pour mieux les attaquer, en commençant par les maillons faibles, puis en continuant par les autres, en prétextant rétablir un semblant d’égalité.

Les patrons ont besoin de « citoyens et citoyennes » instruit-es mais pas trop

Dans le cas de l’Éducation nationale et du secteur public, la plupart des statuts particuliers datent des « 30 glorieuses », marquées par l’élévation du niveau d’instruction afin de satisfaire les besoins d’une élite au service du capitalisme et de l’État lui même. Mais le courant s’in- verse avec la démocratisation de l’éducation. Ensuite, le développement des be- soins en main d’œuvre qualifiée se voit freiné par les gains de productivité dans les secteurs liés à l’innovation technologique. Le danger pour le système pourrait provenir d’une catégorie trop cultivée, de plus en plus nombreuse et n’ayant pas accès au pactole à la mesure de ses prétentions. Alors, place aux emplois de service et à l’apprentissage précoce !

Le capitalisme patrimonial contre les salarié-es

Le patronat ne pouvait rien contre l’État et l’affirmation du statut de fonctionnaire dans le début des années 80, ensuite c’est la revanche avec la déréglementation ultra-libérale. Il a fallu d’abord s’at- taquer aux bastions de la syndicalisation qu’étaient les houillères et la sidérurgie. Puis, dans les années 90, s’en sont suivies les attaques sur la Sécu, avant de préparer les accords de Maastricht. Les années 2000 ne connaissent pas de répit avec les attaques sur les retraites, l’Éducation nationale et le secteur public.

La réforme à tout prix dans le cartable de « Big Brother »

Si la réduction du volume de l’État va de pair avec la mise en cause du statut des fonctionnaires, on n’a pas réussi à « dégraisser le mammouth ». L’attaque se fera donc en « réformant le système éducatif », l’alibi pédagogique s’accompagne de l’utilisation des technologies du numérique comme cheval de Troie. Le but est la diminution du nombre de fonctionnaires et l’augmentation de leur temps de travail. La dématérialisation de certaines tâches devrait entraîner la baisse du taux d’encadrement des apprenants et donc un gain de rentabilité. C’est ainsi que voient le jour les cadres européens, notions de compétences, de tâches, de projet. Les niveaux seuils puis le socle commun, les livrets de compétences et leur dématérialisation, garantissent ainsi leur accessibilité à long terme pour les employeurs et la perte de contrôle de la part des élèves, futur-es salarié-es, plutôt que sujets émancipés.

La RGPP et la régionalisation au service du capital

Les attaques sont structurelles pour s’assurer toujours plus de bénéfices, soit en mettant la main sur les activités d’éducation et de formation (mais aussi de conseil et d’orientation professionnelle, d’accès à la documentation, etc.), soit en diminuant les dépenses de personnel public grâce à la LOLF. D’un autre coté, la motivation idéologique n’est pas moins importante aux yeux du patronat et des secteurs les plus réactionnaires ; celle-ci consiste à mettre la main sur les conte- nus et les méthodes d’enseignement, tout autant que la volonté de contrôle via le fichage des élèves et des personnels.

Division du travail, des tâches, des travailleurs et travailleuses

Selon l’adage « diviser pour mieux régner », grâce à la décentralisation, on s’est attaqué au statut des TOS ; puis ce fut le tour de la formation pour adultes et de la formation professionnelle. La différenciation des « tâches » liées à l’enseignement et leur hiérarchisation a permis le « coefficientage » des activités de formation, comme au sein des GRETA. Aujourd’hui, on en vient au secteur de l’apprentissage, pour continuer par les lycées pro ; ce sera le cas, ensuite, des stages en collège, puis en lycée technologique et général. Après, à l’école primaire, via les réformes sur les rythmes, enfin, les enseignements artistiques seront concernés et, ainsi de suite, pour tout le reste.
Le nouveau décret réformant les obligations de service pour les enseignant-es c’est plus que des heures sup’ perdues, c’est le socle du travailler plus dans des conditions détériorées, avec les 1607h. en ligne de mire. Le sursis, laissé jusqu’en 2015, n’est que le moyen de permettre au MFP de mettre en pièces le statut des fonctionnaires. Alors, rien de bon à attendre des pseudo consultations et groupes de travail, une seule solution, la mobilisation !