La rénovation de la voie professionnelle

Moins d’école, plus d’entreprise !
dimanche 17 février 2013

Ouverture des locaux scolaires aux entreprises et organismes de formation (Art 16) ; Rôle des régions et de l’état pour l’élaboration de la carte des formations (Art 16 bis) ; École-Entreprise (Art 23) ; Pré-apprentissage dès 15 ans (Art 33)…

Certaines propositions du Projet de loi pour la refondation de l’école peuvent paraître alléchantes :
- pas de sortie scolaire sans qualification de niveau V (CAP et BEP) ;
- la Région devient responsable de la maintenance informatique (cela évitera les renvois de responsabilité entre rectorats et régions).

Mais faute de connaître les circulaires et décrets d’application, Sud éducation reste prudent et s’interroge sur les moyens qui seront réellement mis en place. De plus, d’autres propositions sont très inquiétantes quant aux conditions de travail des personnels et à l’évolution du service public d’éducation.

Une réforme qui oublie les élèves

Le pré-apprentissage à 15 ans va donner moins d’école à ceux qui en ont le plus besoin. Ces pré-apprentis seront paradoxalement sous statut scolaire en CFA puis seront obligatoirement dirigés vers l’apprentissage. Aucune solution de remédiation n’est recherchée pour ces jeunes en difficultés scolaires, sociales et familiales ! L’entreprise entre de plein droit dans l’école : elle siège en conseil d’administration, elle gangrène l’orientation, elle est le seul élément de programme inscrit dans la loi dès la 6e. L’employabilité devient le fil conducteur de la scolarité. Par contre, devenir citoyen, affirmer une personnalité, construire une culture n’apparaissent pas comme objectifs de l’Éducation nationale. Le projet de loi préconise d’aider les élèves en faisant des PPRE (Projets Personnalisés de Réussite Éducative) qui surchargent déjà, depuis plusieurs années, le travail des PE. Mais contractualiser les difficultés de l’élève et les solutions pédagogiques de l’enseignant n’est pas donner des moyens supplémentaires.

L’annexe du texte de loi précise  :»La réforme de la voie professionnelle, qui a installé la préparation du baccalauréat professionnel en 3 ans a conduit à une augmentation significative du taux d’accès en terminale professionnelle des élèves issus de 3e … mais également à une légère baisse du taux de réussite au baccalauréat. Par ailleurs le pourcentage des jeunes décrocheurs au cours des deux 1ères années (25%) et le nombre de jeunes sortant sans diplôme demeure trop élevé…. Pour les élèves les plus fragiles des parcours adaptés devront être davantage proposés. »

Malgré les constats de décrochage aggravé et de baisse du taux de réussite au bac, la réforme du bac pro en 3 ans n’est pas remise en cause. Seule, apparaît la notion de « parcours adaptés » sans définition plus précise. S’agit-il de PPRE ? Toujours plus de personnalisation de l’enseignement avec toujours plus d’élèves par classe, et sans moyen spécifique  !

Un enseignement professionnel asservi

L’ouverture des locaux scolaires aux entreprises et aux organismes de formation ne fera qu’aggraver les conditions de travail. Comment concilier le fonctionnement interne des établissements avec la location des salles ? Comment assurer la maintenance des équipements et définir l’état du matériel après chaque séance ? Comment faire cohabiter pendant l’année scolaire des publics différents ? Avec quelles règles de vie  ?

Le Lycée des métiers se développe en Campus des métiers, léguant tous ses défauts (mixité des publics, discrimination géographique…) aux formations post-bac.

Un article 16 bis a été rajouté sur la carte des formations (ouverture et fermeture de sections en LP). La région assure le premier acte en produisant le Contrat Régional de Développement des Formations Professionnelles. Ensuite un classement sera fait par l’État et la région « en fonction des moyens disponibles ». Mais le droit de regard de l’État est un trompe-l’œil, la décision finale revenant à la région qui bénéficie d’une totale liberté d’action pour les sections d’apprentissage.


En conséquence, Sud éducation préconise :
- la réhabilitation d’un parcours bac professionnel en 4 ans afin de limiter les sorties de l’école sans diplôme ;
- de limiter le nombre d’élèves par classe à 24 et revenir à des seuils de dédoublements par discipline ;
- un diplôme intermédiaire avec une réelle valeur professionnelle, reconnu dans les grilles des conventions collectives ;
- la reconsidération de l’organisation de l’année scolaire privilégiant une formation généraliste permettant une ouverture significative vers l’enseignement supérieur ;
- la réduction des PFME à 4 semaines par an au maximum, durée à définir selon les nécessités de chaque formation accompagnée d’une diminution du coefficient au bac ;
- le retour aux épreuves ponctuelles au lieu des Contrôles en Cours de Formation chronophages  ;
- le rétablissement de dispositifs permettant aux élèves de se réorienter vers l’enseignement technologique et général, comme la première d’adaptation ;
- la conception d’une véritable épreuve de rattrapage au bac pro à l’image de celle du lycée général ;
- le refus de l’organisation de la formation professionnelle en fonction des besoins locaux des entreprises ;
- une répartition équitable de la taxe professionnelle non pas en fonction de critères obscurs et d’organismes collecteurs douteux mais en fonction de critères objectifs (nombre d’élèves, matériel nécessaire…) ;
- l’accès des élèves de lycées professionnels à l’enseignement de la philosophie.

Il est temps de donner, à l’enseignement professionnel public sous statut scolaire, la place qu’il mérite au sein de l’Éducation nationale. Il faut faire en sorte qu’il devienne enfin un enseignement choisi et de qualité et qu’il permette aux jeunes adultes qui l’ont choisi de s’insérer professionnellement, de poursuivre des études supérieures, et de se construire en tant que citoyens.

Pour Sud éducation, la formation professionnelle c’est « Plus d’école, Moins d’entreprise »

Sud éducation Calvados