La rénovation de la voie professionnelle : Moins d’école, plus d’entreprise !

Tract de la fédération SUD éducation
jeudi 20 décembre 2012
mis à jour vendredi 21 décembre 2012

La rénovation de la voie professionnelle, loin de correspondre à la revalorisation annoncée par le précédent gouvernement, se caractérise essentiellement par une logique de réduction du temps d’enseignement.
- Cursus de trois ans au lieu de quatre
- Généralisation des contrôles en cours de formation qui amputent d’autant les heures de cours des différentes disciplines
- Augmentation des périodes de stage au détriment de l’enseignement

Les 210 heures d’accompagnement personnalisé, utilisées de façon extrêmement aléatoire d’un établissement à l’autre, parfois pour garantir les enseignements obligatoires, peuvent difficilement compenser cette brèche dans l’enseignement proposé à des élèves pourtant reconnus comme étant les plus en difficulté.

En portant le nombre de semaines de stage à 22 en 3 ans, au lieu précédemment de 17 semaines en 4 ans (BEP + BAC Pro), la réforme récente de la voie professionnelle augmente le temps de « formation » en entreprise qui représente désormais un quart du cursus des lycéens.

Contre toute attente, la proposition de Vincent Peillon d’augmenter les périodes de formation en entreprise de deux semaines supplémentaires, soit 24 semaines, valide ce choix du « moins d’école » mis en œuvre par le gouvernement précédent. Bien que le lycée professionnel scolarise un peu plus d’un tiers des lycéens, cette orientation en matière d’éducation a complètement été écartée des débats sur de la refondation de l’école.

Pourtant, l’allongement des PFMP (Périodes de Formation en Milieu Professionnel) pose un double problème :
- Au plan de la construction des savoirs et savoir-faire professionnels, sur quoi se fondent les dirigeants pour affirmer que l’entreprise est un lieu de formation efficace ?
- Au plan éthique, que signifie ce choix du « moins d’école » pour les élèves issus majoritairement des milieux les plus défavorisés ?

Le transfert de la formation en milieu professionnel émerge du postulat idéologique que les objectifs de l’entreprise coïncident obligatoirement avec les objectifs pédagogiques définis dans le référentiel du baccalauréat professionnel. Pourtant, soumise aux aléas économiques, aux contraintes de rentabilité immédiate, l’entreprise n’a pas vocation à être un lieu de formation pour les jeunes. Ainsi dans le dernier rapport d’inspection sur la rénovation de la voie professionnelle le corps d’inspection admet que « le défi constamment renouvelé de la recherche d’entreprises d’accueil s’exerce au détriment de la qualité de la formation en milieu professionnel ». Au mieux, occupé à accomplir des tâches répétitives souvent très éloignées du référentiel de son cursus, au pire, utilisé comme main d’œuvre gratuite, le stagiaire ne se voit réellement formé que de façon extrêmement aléatoire. Nonobstant, le coefficient très élevé de la note attribuée aux stages en entreprise ainsi que la nécessité d’en valider la totalité pour accéder à l’examen final, en font un élément déterminant du cursus.

Faire porter aux entreprises une part croissante de la formation constitue une prise de risque inacceptable à l’égard des lycéens et va à l’encontre des objectifs affichés d’élévation des niveaux de qualifications que sous-tendent les évolutions technologiques.

L’augmentation des périodes de formation en entreprise au détriment des enseignements pratiques et théoriques, professionnels et généraux, multi-disciplinaires et aura pour conséquence de marginaliser encore plus la voie professionnelle sous statut scolaire, déjà cantonnée à des qualifications de bas niveau pour les secteurs de l’industrie et des services.

Au lieu du surcroit de reconnaissance promis, dans une perspective de promotion sociale, notamment via l’accès à des études supérieures (BTS, Licences professionnelles) ; la récente réforme, en prenant exemple sur l’apprentissage, réduit l’enseignement à l’acquisition de compétences étroitement professionnelles. Une ghettoïsation du LP qui accentue le déterminisme social et constitue une véritable régression démocratique.

L’apprentissage et son taux élevé de ruptures de contrats (un sur quatre) ne protège en rien de l’échec scolaire. Par ailleurs, s’il offre le bénéfice d’un maigre moyen de subsistance au plus défavorisés, les multiples études menées, notamment par le C.E.R.E.Q., n’ont jamais pu démontrer qu’il garantirait une meilleure insertion professionnelle qu’une formation initiale sous statut scolaire. Il semblerait même qu’en Allemagne, là où il est pourtant « considéré comme un archétype de mise en œuvre », « ce système [de formation] soit aujourd’hui interrogé sur ses performances […] sous la pression de deux phénomènes […], celui des jeunes à poursuivre des études plus longues en vue d’accéder à l’enseignement supérieur [et] celui des entreprises semblant désormais réexaminer le bien-fondé de leur investissement ». En proposant de « doubler le nombre de formations en alternance sur la durée du quinquennat » (proposition n°15), le rapport Gallois perpétue le mythe du "bon" apprentissage, alternative au "mauvais" lycée professionnel. C’est occulter le taux important d’abandons en cours d’apprentissage : 30 % dans la période d’essai. C’est aussi emprisonner les jeunes dans un déterminisme social, géographique et professionnel.

Enfin, le taux d’abandon du cursus au niveau des classes de 2nde (15% des effectifs) et de 1ère (13% des effectifs) professionnelles, en forte augmentation, laisse craindre une hausse des sorties sans diplôme inquiétante, jetant par la même le discrédit sur une réforme prétendant amener plus d’élèves d’une classe d’âge au bac pro.

En proposant de « systématiser la présence des entreprises dans la gouvernance de l’enseignement technique et professionnel au niveau des établissements (Conseils d’administration), des Régions (établissement des cartes de formation) et au niveau national » (proposition n°14), le rapport Gallois veut accroître encore plus l’ingérence des entreprises dans le service public d’éducation. Rien n’échapperait désormais aux logiques de "rentabilité des formations" transformant l’Éducation nationale en prestataire de service du Medef. Par ailleurs, les licenciements ou les mutations forcées seraient le lot des personnels enseignants dont les spécialités ne "cadreraient" plus avec les cartes des formations souhaitées par les entreprises.

Il paraît donc urgent de reconsidérer les orientations récentes infligées à la voie professionnelle par :
- une revalorisation réelle du contenu des enseignements qui ne seraient plus soumis aux impératifs d’employabilité à court terme
- l’attribution de moyens conséquents afin de mettre un terme à l’hémorragie de sortie d’élèves du système scolaire.

En conséquence, SUD Education préconise :

- La réhabilitation d’un parcours bac professionnel en 4 ans afin de limiter les sorties scolaires sans diplômes

- De limiter le nombre d’élèves par classe à 24 et revenir à des seuils de dédoublements par discipline

- Un diplôme intermédiaire avec une réelle valeur professionnelle, reconnu dans les grilles des conventions collectives

- La reconsidération de l’organisation de l’année scolaire privilégiant une formation généraliste permettant une ouverture significative vers l’enseignement supérieur :

  • La réduction des PFMP à 4 semaines par an au maximum, durée à définir selon les nécessités de chaque formation accompagnée d’une diminution du coefficient au bac
  • Le retour aux épreuves ponctuelles au lieu des chronophages Contrôles en Cours de Formation.
  • Le rétablissement de dispositifs permettant aux élèves de se réorienter vers l’enseignement technologique et général, comme la première d’adaptation

- La conception d’une véritable épreuve de rattrapage au bac pro à l’image de celle du lycée général.

- Le refus de l’organisation de la formation professionnelle en fonction des besoins locaux des entreprises

- Une répartition équitable de la taxe professionnelle non en fonction de critères obscurs et d’organismes collecteurs douteux mais en fonction de critères objectifs (Nombre d’élèves, matériel nécessaire.)

- L’accès des élèves de lycées professionnels à l’enseignement de la philosophie

Donner à l’enseignement professionnel public sous statut scolaire, la place qu’il mérite au sein de l’éducation nationale. Faire en sorte qu’il devienne enfin un enseignement choisi et de qualité et qu’il permette aux jeunes adultes qui l’ont choisi, de s’insérer professionnellement, de poursuivre des études supérieures, mais aussi de se construire en tant que citoyens.

Pour SUD Education, la formation professionnelle c’est « Plus d’école, Moins d’entreprise »

Documents joints

Rénovation de la voie professionnelle : Moins (...)
Rénovation de la voie professionnelle : Moins (...)
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