La scolarisation des enfants du voyage

vendredi 1er juin 2012

Quand on veut aborder un thème comme la scolarisation des enfants du voyage, une certaine prudence s’impose et il faut bien se garder de faire des généralités. Il ne faut pas oublier que dans de nombreux cas, cela ne pose aucun problème : les enfants suivent une scolarité « classique ». Nous allons parler ici des enfants pour lesquels la scolarisation est difficile.

Lorsque les enfants ne réussissent pas à acquérir les savoirs, les connaissances dispensées par l’école, deux cas de figure peuvent être dégagés.

Le premier, c’est le cas des enfants dont les familles sont très mobiles pour des raisons professionnelles. Les enfants restent rarement plus de deux semaines dans une même école, ce qui rend les apprentissages difficiles, d’autant plus lorsque aucune coordination ni aucun suivi sérieux n’existe.

Le second, c’est le cas des enfants qui rejoignent le système éducatif tardivement, par exemple un enfant qui entre en CP sans avoir été scolarisé auparavant et qui n’a donc aucun des pré-requis nécessaire à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, les gens du voyage étant de culture orale.

Dans les deux cas, tout l’apprentissage repose sur les enseignants qui reçoivent ces élèves dans leur classe. Comment accueillir de façon satisfaisante un enfant non-lecteur qui arrive le lundi matin en CE1 ou en cycle 3 ?

Comment accueillir dans sa classe de CP un élève dont la famille se pose tout l’hiver sur la commune mais qui n’ayant jamais été à l’école n’a aucune connaissance du système alphabétique ?

Débrouillez-vous !

Les enseignants se retrouvent seuls, démunis face à une telle hétérogénéité. Avant la fermeture massive des postes de maitre E et G, les équipes enseignantes avaient au moins un interlocuteur formé aux difficultés scolaires pour répondre à leurs interrogations.

Quand on évoque les difficultés de scolarisation des enfants du voyage, la réponse institutionnelle la plus fréquente est qu’ils ont accès, comme le reste de la population française au droit commun, et que c’est de la responsabilité de chaque enseignant de faire progresser tous les élèves afin qu’ils atteignent au moins le socle commun. Avec, à leur disposition, quelques « outils » comme les PPRE ou l’aide personnalisée…

Cela entraîne quelques réflexions. Quand on parle d’accès au droit commun, parle-t-on d’accès à l’école comme lieu géographique ou l’accès à l’école comme lieu d’apprentissage, d’instruction ?

Si les enfants du voyage peuvent effectivement entrer physiquement dans une école, de par leur mode de vie, de par leur culture, un certain nombre d’entre eux n’ont pas accès aux enseignements qui y sont donnés. L’accès au droit commun n’est donc pas respecté.

Dans une étude faite par les CASNAV de Toulouse et de Bordeaux [1], on peut lire que « dans les classes dont ces élèves relèvent de par leur âge, les compétences visées, les activités auxquelles ils sont censés participer leur sont, le plus souvent, totalement inaccessible et ils n’ont plus l’occasion, sauf création de postes spécifiques, de rencontrer des situations didactiques adaptées à leur niveau et à leurs besoins ».

Quant à la responsabilité de l’enseignant, il est écrit dans cette même enquête « qu’au-delà d’un certain seuil d’hétérogénéité, les maitresses ne peuvent peut-être plus gérer toutes les situations didactiques au profit de tous les élèves. »

Dans une école qui accueille des enfants du voyage depuis très longtemps, pour la première fois, certains arriveront non-lecteurs en CM1. Cela correspond à la première cohorte d’élèves n’ayant pas pu bénéficier d’un enseignement de type poste CLIN.

Si l’on souhaite que ces enfants du voyage puissent accéder à une scolarité de qualité et adaptée à leurs besoins, et si l’on veut que les enseignants puissent les accueillir le mieux possible, il est nécessaire de créer des postes spécifiques itinérants, de former les enseignants, de construire des outils d’accompagnement et d’évaluation pertinents et adaptés au public visé, de coordonner leur scolarité.

Or, actuellement, la formation initiale est un champ de ruines, la formation continue réduite à presque rien faute de remplaçants et les postes spécifiques ferment les uns après les autres.

Seule une véritable volonté politique permettra à tous les enfants de notre pays d’avoir une éducation à la hauteur de nos exigences.

Sud éducation Orne


[1Consultable dans son intégralité sur le site Internet de l’Inspection Académique de Toulouse.