La stratégie du choc

Contribution aux débats de la Fédération Sud éducation
mercredi 6 janvier 2016
mis à jour dimanche 10 janvier 2016

Dans La Stratégie du Choc, ouvrage volumineux et extrêmement documenté, Naomi Klein montre comment des gouvernements, partout dans le monde, mettent sciemment à contribution les crises et les catastrophes naturelles ou humaines pour saper les valeurs démocratiques. (Ils) « profite(nt) des traumatismes collectifs pour opérer de grandes réformes « économiques et sociales ». « C’est pendant les moments de grande malléabilité -ceux où nous sommes psychologiquement sans amarres et physiquement déplacés que (les gouvernements) retroussent leurs manches et entreprennent de refaire le monde. » « Toute stratégie visant à exploiter une brèche, ouverte par un choc traumatisant, mise lourdement sur l’élément de surprise. Par définition, l’état de choc est un moment marqué par un fort décalage entre des événements qui se précipitent et l’information dont on dispose pour les expliquer. »

Déjà « au Royaume-Uni, en 1982, le désordre et l’élan nationaliste nés de la guerre des Malouines permirent à Margaret Thatcher de recourir à une force extraordinaire pour étouffer la grève des mineurs du charbon et lancer la première vague de privatisation effrénée en Occident. »

« Nous sommes, comme au lendemain du 11 septembre, profondément vulnérables face à ceux qui sont prêts à exploiter le chaos à leur avantage. »

« A partir de la chute des tours jumelles […], l’administration Bush profita de la peur suscitée par les attentats pour lancer sans délai la guerre contre le terrorisme. » « Alors que les attentats avaient mis en lumière les effets néfastes du démantèlement du secteur public, […] pour stimuler le complexe du capitalisme du désastre, l’administration Bush externalisa, sans débat public, bon nombre des fonctions les plus délicates du gouvernement, de la prestation de soins de santé aux soldats aux interrogatoires de prisonniers, en passant par la collecte et l’analyse en profondeur de données sur chacun d’entre nous. »

Plus que jamais d’actualité en France, le livre de Naomi Klein et le film qui en a été tiré de Michael Winterbottom et Matt Whitecross nous permettent de mieux comprendre l’utilisation de l’effet d’aubaine et de ses mécanismes bien huilés afin de nous aider à résister. « Dès que nous disposons d’un récit capable d’expliquer ces événements choquants, nous retrouvons nos repères et le monde a, de nouveau, un sens ».

Contribution aux débats de la Fédération Sud éducation