Le Bac Pro 3 ans : nous avons laissé faire !

dimanche 31 mai 2009

Après un an d’expérimentation, le baccalauréat professionnel en 3 ans se généralise à la rentrée scolaire 2009. L’expérimentation est achevée et d’après les chiffres fournis par l’administration, ce serait un succès !

Sauf que, le seul critère pris en compte pour évaluer cette expérimentation, a été le taux de remplissage des classes annoncé dès septembre 2008. Faute de place dans les sections de BEP, partiellement ou totalement fermées, les élèves se sont inscrits en Bac. Pro 3 ans.

Nous avons craint une fermeture massive des postes de Professeur de Lycée Professionnel dès la rentrée 2009. La poursuite d’étude des élèves déjà inscrits en formations BEP et Bac. Pro. en 2 ans retardera la réduction des postes. L’objectif inavouable de supprimer des PLP (au moins ¼) devrait être atteint à la rentrée 2012 quand seul restera le baccalauréat professionnel en 3 ans.

Temps d’étude réduit

Par contre la diminution des horaires d’enseignement est bien réelle : moins 500h en enseignement professionnel et moins 500h en enseignement général. En supprimant une année d’étude, en réduisant le nombre d’heures de cours par semaine, le temps de formation proposé en bac Pro en 3 ans équivaudra de fait à celui des BEP disparus.

Les grilles horaires globalisées proposées pour toutes les formations ne sont plus qu’au nombre de 2 (avec ou sans sciences physiques). L’avantage est énorme puisqu’on pourra regrouper des classes de métiers différents sur les enseignements communs. Les groupes seront hétérogènes, voire antagonistes et en nombre trop élevé pour des élèves en difficulté.

L’autre avantage pour l’éducation nationale sera d’avoir globalisé les horaires. Les IEN ne savent parfois plus indiquer le nombre d’heures d’enseignement d’une matière.

L’annualisation refusée par les personnels en 2000 tente son retour. Cette liberté permet aux chefs d’établissements d’exercer leur plein pouvoir : modifier les heures d’une matière pour éliminer ou conserver un enseignant, chasser les indésirables et mettre les professeurs en concurrence.

Concurrence renforcée entre les établissements

Nous allons assister à une concurrence entre établissements sur les résultats. L’injustice sera flagrante lors du passage du diplôme d’un établissement à l’autre en raison des horaires d’enseignement et des CCF différents. C’est la fin du diplôme national : la formation sera cadrée sur les besoins locaux des entreprises.

Formation au rabais

Nous serions favorables à une épreuve de rattrapage calquée sur celle qui est en vigueur dans les autres Bac. Ce n’est pas le cas. Une seule épreuve orale sur les stages est proposée.

Si cette réforme prétend permettre à un grand nombre d’élèves de LP de poursuivre en BTS, elle ne leur en donne pas les moyens. Il faudra là aussi modifier le BTS en diminuant ses exigences. Ce bac, permettant l’accès au BTS tout en offrant une vraie formation professionnelle, attirera des élèves qui se seraient dirigés vers le baccalauréat technologique.

Certains recteurs sont allés au delà de la demande ministérielle en ouvrant des formations en 3 ans dans les secteurs où la généralisation n’était pas prévue donc sans grille de référence, les anciens référentiels s’appliquant… C’est une belle pagaille. Les IEN sont censés former les enseignants à propos de ce qu’ils ne connaissent pas eux-mêmes.

Et maintenant ?

Les deux systèmes de formation vont se chevaucher pendant encore 3 ans. Le manque de visibilité rend impossible une bonne gestion des investissements régionaux liés à la réforme. Par exemple en Basse-Normandie alors qu’une rentrée scolaire nécessite un investissement de 4 millions €, la réforme du bac pro en nécessite à elle seule 5 millions € ! Va-t-on ça et là, diminuer les investissements dans les lycées généraux et technologiques ou laisser des sections de LP sans moyens ? L’État a modifié les règles de la formation, en économisant par la diminution du nombre de PLP, mais les Régions devront appliquer la réforme et équiper les LP.

Nous voulons simplement un respect de la formation des élèves de LP, celui des PLP par le maintien des formations BEP donc Bac Pro en 4 ans, le rétablissement de grilles horaires hebdomadaires, la restitution des postes supprimés et le refus des suppressions programmées de milliers de postes.

Commission Enseignement Professionnel et Sud éducation Calvados