Le FN est-il un parti fasciste ?

Sud éducation Haute-Loire
jeudi 19 mars 2015

À l’heure de la « dédiabolisation » devrions-nous abandonner les slogans du genre « FN fasciste », « FNazional » ?

Pourtant l’histoire de ce parti est bien enracinée dans celle du fascisme et en se réclamant des idées les plus nauséabondes, du nationalisme au racisme, en passant par l’autoritarisme, il contribue à une transformation des mentalités favorable aux dérives autoritaires. Si le FN new look peut pour certains faire tomber le masque du fascisme, il n’en reste pas moins que la bête immonde est toujours là. Mais réduire le FN aux idées racistes et xénophobes (ce qu’il est), c’est tomber dans le crétinisme de la social démocratie des années 20/30 qui, par manque de lucidité et de combativité, par attentisme électoral, a fini par laisser le monstre dévorer ses proies.

Le fascisme dérive du capitalisme

Le fascisme est un réflexe de défense de la classe des possédants devant affronter la crise du capitalisme ou ses mutations sous l’effet, aujourd’hui, de la mondialisation. Craignant pour la propriété privée, pour ses profits, elle pousse à une dérive autoritaire des institutions pour se protéger. Si c’est insuffisant elle n’hésitera pas à faire recours à un parti fasciste. Lutter contre le FN est donc un combat contre l’austérité, les crises mais aussi contre le capitalisme. Ainsi, inscrire la lutte antifasciste dans un front républicain est une impasse qui ne peut que maintenir la même classe au pouvoir.
Au-delà du capitalisme il est aussi essentiel de condamner toutes les dérives autoritaires. En effet, une sorte de « propagande de la peur » qui vise à préparer l’opinion à une sorte de terreur d’État constitue un terreau fertile au FN. C’est le rôle des politiques anti-Roms, de l’exploitation du terrorisme avec un renforcement des lois sécuritaires et liberticides, de la répression des mouvements sociaux... jusqu’au renforcement des hiérarchies. C’est aussi rendre plus « disponibles les cerveaux » à cette peur par une chloroformisation des masses par les médias, les compétitions sportives, la consommation....On y rajoute un contrôle social des populations avec des technologies de plus en plus performantes et l’on voit à quel point le terrain est prêt à la conquête autoritaire du FN.

Une perversion du langage

Il faut donc replacer le FN à sa place, celle de l’histoire du fascisme. S’attaquer à cette dédiabolisation en montrant qu’elle n’est qu’une substitution d’un langage par un autre. Le FN, comme les partis fascistes, a besoin d’un soutien populaire. Mais agréger des classes sociales à une politique favorable au capitalisme nécessite une stratégie de conquête du langage. Il n’hésite pas à piocher dans les mouvements sociaux ou dans les partis anticapitalistes une partie de son vocabulaire. Ses leaders quand ils s’adressent aux travailleurs-ses s’opposent au « capitalisme », aux « grands patrons », aux « élites de la finance », à « la grande distribution »... en s’identifiant au peuple victime. Se présentant comme le parti « anti-système », « rebelle », il use de la même démagogie que les fascismes traditionnels pour masquer qu’il n’est qu’une force d’intégration et de soumission des classes populaires au capitalisme. C’est un anticapitalisme de petits boutiquiers réactionnaires où on appelle au secours un État fort, protectionniste, pour défendre ses petits intérêts. C’est celui du poujadisme (Le Pen père en était déjà député) niant par son corporatisme toute lutte de classe et toute défense des travailleurs-ses. Par une perversion du langage il entend ainsi coloniser les esprits et amener les travailleurs-ses à son idéologie réactionnaire. Le FN n’est donc plus un parti raciste.... mais un parti qui défend la préférence nationale ! Malheureusement cette novlangue et cette démagogie parviennent à semer le trouble dans les organisations syndicales. Ce trouble favorise les divisions qui facilitent le renforcement de l’autoritarisme. C’est le BA-BA de la stratégie du patronat ! A nous aussi de reconquérir notre vocabulaire !

L’antifascisme est donc un combat syndical

En favorisant les luttes qui permettent de renforcer une solidarité de classe : Français-ses,immigré-es ; Roms, travailleurs et travailleuses ; retraité-es, étudiant-es… nous avons les mêmes intérêts à défendre. C’est aussi un combat frontal et radical qui doit passer par la reconquête d’un vocabulaire de classe.
De notre dynamisme dans la lutte antifasciste dépendra notre capacité à freiner les hordes nationalistes, corporatistes et autres cochonneries, si on ne veut pas attendre des gueules de bois de lendemain qui ne chanteront pas.