Le malaise des enseignants

samedi 21 avril 2012

Il y a un vrai malaise chez les enseignants. Nombreux collègues le disent : Ils souffrent. [FIN P]

Combien d’entre nous, quand nous sommes arrivés dans le métier ont été accueillis par nos « anciens » par : « Bienvenue dans la grande maison… » Nos propres enseignants nous accueillaient ainsi fiers de leur travail accompli.

Et aujourd’hui accueillons-nous nos anciens élèves ainsi ? Ou par : « tu es fou/folle de vouloir faire ce métier » ? Ce petit aspect des choses en dit long sur une profession mise à mal depuis des années.

Essayons de voir comment cette comédie tragique s’est organisée.

Une tragédie en plusieurs actes !

Acte 1. Une vraie injustice !

D’abord nous ne sommes plus tous instituteurs/trices mais professeurs des écoles avec ou sans concours. Le nouvel enseignant est même masterisé. Premier grand malaise dans l’éducation nationale : pour un même métier, il y a plusieurs statuts et donc plusieurs grille salariales.

Acte 2. Formation : pas de travail en équipe

La formation a changé…

Si l’école normale était décriée comme créatrice de corporatisme, l’IUFM a créé une cohorte d’enseignants formée dans l’objectif du concours et pas du travail en équipe… pouvant générer une pratique professionnelle trop individualiste.

Acte 3. Un travail dénigré — Salaire non valorisant…

Les parents demandent de plus en plus des comptes aux enseignants.

La critique des parents apparaît souvent comme une remise en cause du travail effectué.

Claude Allègre ministre de l’Éducation Nationale a été de ceux qui ont largement permis ce débordement. Son discours ne laissait aucune place à la modération.

La concurrence école catholique – école publique accentue cet état de fait.

Les salaires sont insuffisants et sans réelle progression.

Acte 4. Sentiment d’impuissance face à la destruction du service public

L’école publique subit depuis des années des attaques incessantes : fermeture de classes, de postes RASED, des IUFM… Les enseignants subissent une concurrence déloyale et ont le sentiment justifié que les gouvernements qui se succèdent chouchoutent l’école privée.

Les dernières luttes menées ont été perdues et n’encouragent pas la combativité des troupes.

Acte 5. La solitude de l’enseignant

L’école doit palier de plus en plus les égarements de la société. La frontière entre rôle des parents et école est mal définie. On assiste à une montée des exigences.

Il y a une grande différence entre le métier choisi et le métier réel.

Les élèves sont plus difficiles et les classes de plus en plus chargées.

Les enseignants sont aussi face à des questions nouvelles, avec la loi sur le handicap et le travail avec un/e AVS/EVS, seuls sans formation adéquate.

Acte 6. Le métier change.

La semaine de 4 jours a modifié les rythmes. Plus le temps de manger, il faut faire l’aide personnalisée…

Et pour les femmes, on peut aussi parler de double journée.

Internet a permis des demandes administratives toujours plus importantes, à traiter toujours plus vite.

L’école voit apparaître le management nouveau à la mode entreprise… pour les enseignants comme pour les élèves. Les enseignants deviennent des exécutants.

Acte 7. Pas de reconnaissance

Engagement de soi — fatigue et épuisement — burn out.

La « société » relayée par de nombreux médias donne l’impression que les enseignants sont toujours en vacances, font des semaines de 27 heures comme si le travail s’arrêtait à la sortie des classes…

Taux important de dépression…

Acte 8. L’institution n’est pas solidaire.

Elle est de plus en plus exigeante, n’accepte pas les « échecs ».

On assiste à une hiérarchisation de plus en plus importante.

On assiste à un autoritarisme parfois à la limite du harcèlement de la part des supérieurs hiérarchiques.

Il faut faire avec des objectifs dignes d’une entreprise.

Culture du résultat.

Aucune médecine du travail.

Acte 9. Une question de conception

L’école se gère aujourd’hui comme une entreprise. L’idéologie libérale qui veut faire croire que les individus sont en concurrence entre eux, semble s’imposer. C’est cette conception même qui est en porte à faux avec l’essence même de l’Éducation. L’être humain est un être social avant tout.

Pour un acte 10 : Une autre école — une autre société

Le travail en équipe est essentiel, la solidarité est une valeur sûre ! Il est urgent de s’opposer à ce malaise grandissant. Le syndicalisme est une manière de changer les choses. Il permet aussi de parler, de combattre le stress tout en organisant une riposte à l’école libérale !