Edito

jeudi 12 mai 2016

Le projet de loi travail est, de loin, l’atteinte la plus grave portée ces dernières années à l’encontre du monde du travail. Elle n’épargne personne et menace le public comme le privé. Les principes du droit public social sont remis en cause : reconnaissance du lien de subordination permanent employeur-salarié-e, hiérarchie des normes juridiques, principe de faveur, médecine du travail... Avec ce projet, on assiste à une régression sans précédent du droit social aux conséquences prévisibles : autorisation des licenciements individuels ou collectifs, dumping social.

Depuis mars, en dépit des tentatives de division orchestrées par le gouvernement et d’une violente répression policière, l’unité des syndicats (CGT-FO-Solidaires-FSU) et des mouvements de jeunesse a réussi à amplifier le mouvement et à inscrire dans la durée la mobilisation pour le retrait du projet de loi.

Des militants de base de la CFDT ou de l’UNSA sont toujours dans la lutte contre le projet de loi malgré le recul de leur direction nationale, d’autres syndicats aussi (CNT-SO, CNT, LAB,...) ont rejoint le mouvement. Depuis plusieurs mois, partout en France, s’organisent des milliers de rassemblements et défilent plusieurs centaines de milliers de manifestant-es. Dans les entreprises, ce sont aussi des arrêts de travail, avec des chiffres de grévistes significatifs dans plusieurs secteurs ou des actions de blocage. À ces grèves et manifestations, s’ajoutent également des AG interprofessionnelles dans plusieurs villes, ainsi que des débats à l’occasion des « Nuits debout », lancées à la sortie du film « Merci Patron ». Les jeunes, de l’école à l’Université, se mobilisent au côté des retraité-es, les privé-es d’emploi défilent aux côtés des salarié-es et des précaires.

On retrouve en 2016, comme en 1995, un calendrier chargé de manifestations (le juppéthon) et une nouvelle façon de militer qui a conduit le mouvement syndical, mené surtout par la CGT et Solidaires, en nov-déc 1995, à la victoire contre la réforme de la sécurité sociale d’Alain Juppé. Depuis 1995, les luttes contre les régressions sociales n’ont jamais cessé : 1996 (sans-papiers), 1997-1998 (chômeur-ses), 2000-2003 (alter-mondialisme), 2003 (retraites), 2005 (banlieues), 2006 (étudiant-es précaires), 2010 (retraites), 2012 (rejet des grands projets inutiles comme Notre Dame des Landes, le barrage de Sivens, etc...). La lutte de 2016, contre la loi-travail, concentre toutes ces luttes. En outre, pour ceux et celles qui n’ont connu que la précarité, elle est leur ultime résistance contre une vision ultra libérale imposée par l’alliance du Medef et du gouvernement.

La force du mouvement de 2016 réside dans la forme variée qu’il revêt. Sur Internet, la pétition contre la loi travail a emporté un incroyable succès avec plus de 1,3 millions de signatures et la chaîne « onvautmieuxqueça » est vue par des centaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux. Des jeunes et d’autres moins jeunes y témoignent de leur précarité au quotidien. Au cœur des assemblées générales, des sites internet alternatifs, des « zones à défendre », des mouvements d’occupation de places et jusque dans nos organisations syndicales, on voit s’écrire une nouvelle page d’histoire du mouvement social. Comme l’a annoncé Solidaires, lors de son intervention au Meeting du 3 Mai, un nouveau jour se lève. « Autour de nous la confiance revient dans notre capacité collective à modifier l’ordre des choses. Inexorablement, les yeux s’entrouvrent après ces années d’obscurité, l’espoir renaît ».

Avec l’Union syndicale Solidaires, dans la rue aujourd’hui, demain et après, debout et en lutte, le jour comme la nuit... jusqu’au retrait ! Convergence des luttes !