Le régime des intermittent-es

Sud éducation Limousin
jeudi 19 mars 2015

L’intermittence n’est pas un statut, mais un régime d’assurance chômage, qui permet de prendre en compte la nature discontinue des métiers du spectacle. Le travail est irrégulier, appuyé sur des CDD à répétition, et les jours non travaillés sont pris en charge par les ASSEDIC. Ce régime a évidemment des conditions (restrictives) d’entrée (507 heures minimum sur les 10 derniers mois sont nécessaires pour l’ouverture des droits). Ce système était assez simple, mais les conditions ont peu à peu été modifiées et complexifiées de manière perverse, notamment à partir de 2003. Le mouvement social engendré n’a pas réussi à endiguer cette évolution, et 40 % des intermittent-es (en Limousin) ne bénéficient plus de ce régime. D’ailleurs, seule la Commission des Intermittent-es et Précaires (CIP) parisienne a, depuis, gardé pendant un temps le cap de la lutte et réveillé la problématique globale de la précarité dans notre pays. Récemment, des collectifs provinciaux renaissent de leurs cendres, mouvements a priori apolitiques, asyndicaux, et non structurés en associations.
Idée de base : l’intermittence est, de nos jours, un point de référence concernant la précarité (aujourd’hui 83 % des contrats de travail sont des CDD) et les intermittent-es sont devenu-es les porte-paroles des précaires, puisque la discontinuité du travail est devenue la règle et la réalité du monde du travail. La réflexion sur l’intermittence, portée de façon autonome par ce mouvement, n’est plus une anomalie si on la met en rapport avec la réflexion qu’il faut avoir sur le travail. Pourtant, ses propositions n’ont absolument pas été reprises lors du nouvel accord UNEDIC, dont la plupart des mesures ne concerne d’ailleurs pas les intermittent-es mais l’ensemble de la société.
Dans le détail, augmentation du nombre de journées de carence, droits rechargeables (par un nouveau temps travaillé, quel que soit le type de travail !!!) et perte des maigres acquis évoqués plus haut au profit donc d’une hyper-flexibilité. Pire : le régime d’assurance proposé aux « maternittentes ». [1]
Sans oublier les modifications concernant le régime des intérimaires, avec pertes de salaire de l’ordre de 300 à 400€ par mois.
Il s’agit donc, ni plus ni moins, que d’une attaque, ciblée sur ces deux statuts.
Il est important de se dire aujourd’hui que cette lutte est à venir et que les collectifs d’intermittent-es, mouvements citoyens accompagnés notamment par des sociologues, sont force de proposition pour la refonte complète du statut du régime général de l’UNEDIC.
La fonction publique a son lot de précarité et on compte actuellement 17 % de précaires dans l’Éducation nationale.
Cette attaque est à mettre en lien avec le « pacte de responsabilité » qui oblige à de lourdes économies. Aujourd’hui, 6 chômeur-ses sur 10 sont non indemnisé-es et le taux de chômage, dans les conditions actuelles, ne baissera plus…
On ne pourra surmonter ce problème que par une mutualisation de la valeur, à l’échelle nationale. La caisse de chômage devrait être la caisse de tou-tes les salarié-es. Les intermittent-es sont les seul-es salarié-es du privé qui ne se battent pas pour leur emploi. C’est enfin un progrès qui appelle que la totalité des salaires soit socialisée. L’UNEDIC, ce ne sont pas les privé-es d’emploi mais les gens qui sont en train de se libérer de l’emploi. Il faut reconnaître la valeur créée par les intermittent-es entre deux cachets (ce qui s’oppose précisément au revenu d’existence, fausse piste par excellence).
Le cœur de la lutte syndicale est précisément de lutter contre l’idée que l’on doit être payé à la mesure (évaluée…) de ce que l’on fait (ce qui revient à se soumettre à l’employeur). Deux pistes de résistance : à mi-chemin, la qualification du poste (voir plus haut) ; au final l’émancipation du/de la travailleur-se : il faut revendiquer d’être payé pour ce que l’on est (l’aliénation consistant alors à compter ses heures).


[1femmes à emploi discontinu du fait de congés maternité et arrêts maladies