Le scandale silencieux des dossiers demandés aux élèves sur Parcoursup

jeudi 10 mai 2018

En mars, lycéennes et lycéens de terminale ont dû élaborer leurs dossiers de candidature dans l’enseignement supérieur avant de confirmer leurs vœux sur Parcoursup. Ces dossiers, très lourds à préparer, comportent des pièces qui renseignent moins sur le parcours scolaire et la motivation des élèves que sur... leur origine sociale.
Les dossiers impliquaient la réalisation d’un curriculum vitae (CV) ; d’un projet de formation motivé pour chacun des vœux [1] ; de réponses à des questionnaires [2] et de tout autre document selon l’imagination des filières [3].

Des dossiers socialement discriminants

Que mesure-t-on ainsi ? Rien d’autre que l’origine sociale des élèves : leur carnet d’adresses, le nombre d’adultes à même de les aider ou de les relire, les possibilités d’activités extra-scolaires qui leur ont été offertes... En effet, le CV d’un-e élève est constitué, outre son parcours scolaire, des activités extra-scolaires (séjours à l’étranger, loisirs et sports, stages en entreprise…). Le projet de formation motivé servira surtout à mesurer la façon dont l’élève sait, ou non, se mettre en valeur, et évaluer son expression écrite (ou celles des adultes qui l’aident).
La majorité des élèves issu-es de classes populaires, même avec de bons résultats scolaires, savent peu mettre en avant leurs qualités et sont prompt-es au contraire à souligner leurs points faibles, même dans une lettre de motivation. L’autocensure et le découragement sont omniprésents. On a tellement répété aux élèves que l’université n’était pas pour tout-es que même les meilleur-es doutent de leurs capacités (et cela d’autant plus qu’il s’agit de femmes et/ou de jeunes issu-es des classes populaires et/ou d’origine étrangère).

Une charge de travail énorme

En demandant, à quelques mois du baccalauréat, une telle charge de travail, le gouvernement compte sûrement augmenter ainsi le niveau de qualification des élèves, puisqu’il est entendu pour lui qu’un-e jeune n’a rien d’autre à apprendre qu’à bien savoir se vendre, sur le marché de l’éducation ou de l’emploi.
L’élève devait d’abord trouver les attendus de la formation sur Parcoursup, chercher comment prouver qu’il ou elle possède les compétences demandées, faire des recherches sur d’autres sites internet pour répondre aux questionnaires. Les élèves en situation de handicap devaient de surcroît se renseigner eux-mêmes sur l’accessibilité des établissements dans lesquels ils candidataient !
Toute cette charge de travail s’est bien souvent reportée sur les enseignant-es qui acceptaient de conseiller, d’aider les élèves à constituer leur dossier.
Et tout cela pour rien ! Disposant de nombreux autres éléments quantifiables (notes, items de la Fiche avenir, redoublement en première ou en terminale...), de nombreuses formations automatisent la sélection ignorant les autres éléments.
Cette situation ubuesque profite d’ores et déjà aux officines privées : sites payants d’aide à la constitution des dossiers, et bientôt formations privées et payantes qui réceptionneront tout-es les recalé-es de Parcoursup.

La mobilisation peut gagner

Une solution simple existe pour sortir de cet enfer : demander plutôt aux lycéen-nes de classer leurs vœux, et attribuer à chacun-e celui qui a sa préférence en créant les places nécessaires dans l’enseignement supérieur. Grâce à la mobilisation grandissante des étudiant-es et des personnels contre la sélection, cette solution est à présent à portée de main. Celles et ceux qui, en nombre croissant, luttent contre la loi relative « à l’orientation et à la réussite des étudiants » (ORE) ont raison. Sud éducation appelle tous les personnels de la maternelle à l’université à les rejoindre, à imposer par la grève et dans la rue son abrogation et celle des autres réformes du tri social (lycée, bac, licence…), et à gagner des moyens pour l’éducation.

Fédération Sud éducation


[11 500 signes (minimum, certains établissements en demandant plus) expliquant le projet professionnel du ou de la candidate, la façon dont la formation lui permettrait de le réaliser, les moyens par lesquels il ou elle s’est renseigné-e sur la formation, et surtout l’adéquation des compétences du ou de la candidate avec les « attendus » définis par la formation (c’est-à-dire ses critères de sélection).

[2Des questionnaires de connaissance, de motivation, voire de personnalité (à la façon des entretiens d’embauche), exigeant parfois des réponses longues (dix à quinze lignes par question).

[3Lettres de recommandation, attestations diverses, élaboration d’un travail ou d’un projet correspondant à ceux qu’on apprend à réaliser dans la formation...