Les AED contre la précarité organisée !

mardi 6 septembre 2016

La mobilisation contre la loi travail a-t-elle servi de déclencheur ?

Mi-mai, des assistant-es d’éducation (AED) et pédagogiques (AP) ont décidé, malgré les pressions et les risques, de dire stop à la précarité et à l’injustice salariale dont ils-elles sont victimes. À Marseille, en Seine-Saint-Denis, dans le Gard et l’Ille-et-Vilaine, jours de grève et rassemblements devant les directions des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN) ont rythmé la fin de ce printemps. Au plus fort de la mobilisation, les AED et leurs soutiens étaient ainsi 200 à Marseille (le 24 mai), une quarantaine à Bobigny et une cinquantaine à Nîmes (le 7 juin), une vingtaine à Rennes (le 16 juin). Avec, au cœur des revendications : la fin de la limite des six ans de contrat et l’obtention de l’indemnité d’éducation prioritaire.
En effet, alors qu’ils-elles sont quotidiennement en contact avec les élèves, les assistant-es d’éducation sont les seul-es à ne pas toucher d’indemnité lorsqu’ils-elles travaillent en éducation prioritaire. Comment justifier une telle inégalité de traitement ? Sur le fond, la revendication est évidente et a porté la mobilisation. Mais le mouvement de ce printemps ne s’est pas limité à la demande -plus que légitime- d’une indemnité. Plus largement, c’est la précarité qui est dénoncée. Les contrats sont beaucoup trop courts, généralement d’un an, parfois moins ; ce qui est extrêmement contraignant d’un point de vue matériel, sans parler des obstacles que cela pose à tout engagement syndical. Par ailleurs et surtout, il est impossible d’être AED au-delà de six ans. Or, de plus en plus de travailleur-ses précaires font du métier d’AED leur activité principale et non un moyen de poursuivre leurs études. Pour ceux et celles-là, que se passe-t-il au bout de six années au service de l’Éducation nationale ? Dans le meilleur des cas, ils-elles peuvent être embauché-es comme agent-es administratif-ves ; le plus souvent, c’est le chômage et la galère. Un tel constat rend plus que jamais nécessaire la titularisation, sans condition de concours ni de nationalité, de l’ensemble des AED, et la mise en place d’un vrai métier d’éducateur-trice scolaire. De nombreuses personnes sortiraient ainsi très concrètement de la précarité. En outre, on voit mal en quoi cela nuirait aux étudiant-es qui pourraient toujours démissionner lorsqu’ils-elles le souhaitent.

La précarité... un dispositif voulu par l’EN

Face à ces revendications, les DSDEN se contentent de dire qu’elles n’ont pas la main. À peine les AED de Marseille ont-ils-elles trouvé chez le secrétaire général de l’inspection un soutien « personnel » pour des contrats de trois ans, dont on attend toujours une quelconque traduction concrète. Sur la titularisation, les responsables administratif-ves estiment que toute CDIsation ou titularisation bloquerait les postes et empêcherait d’accueillir les nouveaux et nouvelles étudiant-es. De telles réponses ne témoignent pas seulement de l’indifférence cynique de l’administration. Elles montrent que la précarité des AED n’est pas un dommage collatéral de politiques d’austérité, mais un dispositif voulu par l’Éducation nationale.
Ce genre de réponses témoigne par ailleurs de l’incapacité de l’administration à comprendre les évolutions à l’œuvre chez les personnels de l’Éducation nationale. Bien sûr, on ne voit que ce que l’on veut voir, surtout lorsque la question des moyens se pose. À nous donc, d’ouvrir les yeux de ceux et celles qui voudraient bien les garder fermer !
Il ne peut y avoir de victoire sur ces questions qu’à l’échelle nationale. Pour cette raison, les AED de Seine-Saint-Denis constitué-es en collectif devraient appeler toutes les vies scolaires à se réunir en AG le jeudi 22 septembre pour discuter d’une journée de grève nationale début novembre. Entre la fin des périodes d’essai en septembre et le blackout médiatique qui accompagnera la présidentielle fin 2016, la fenêtre est grande ouverte pour la mobilisation !

Sud éducation Seine-Saint-Denis