Les manuels scolaires ?

Des outils sexistes !
vendredi 16 mars 2012

Lors de la formation de quel genre es-tu ? organisée à Lille les 9 et 10 février par la Commission fédérale Droits des femmes, la sociologue Sylvie Cromer est intervenue sur la thématique : Les manuels scolaires sont-ils sexistes ?

Elle a étudié de nombreux ouvrages en France et dans quelques pays africains pour une étude financée par l’UNESCO. Les conclusions sont les mêmes : les manuels scolaires sont tous sexistes.

Valeurs et bonne conscience

Les manuels sont des vecteurs de l’idéologie étatique. Ils sont rédigés à la demande d’un ministère pour transmettre des valeurs que l’État considère essentielles telles que la position subalterne des femmes et autres stéréotypes comme la femme objet. Cette position est suprême dans les pays pauvres où les manuels sont les uniques outils. Mais en France également les manuels sont très utilisés car ils sont sacralisés et validés par les IEN ou IPR. Certains, comme les manuels de maths en primaire, servent beaucoup car peu de PE sont spécialisé-es dans cette matière.

Les manuels ne prennent même pas en compte les évolutions de la société en temps réel, ils sont en retard. Dès les années 70, le problème de leur sexisme était posé. Quels que soient le système éducatif, les régions du monde, le matériel utilisé, les résultats sont convergents.

Les manuels influencent les pratiques pédagogiques des enseignant-es car ils sont utilisés comme références. Selon Sylvie Cromer, on a, d’un côté, le discours mythique de l’égalité des femmes et des hommes, et de l’autre le sexisme « à bas bruit ». Il persiste très peu d’images ouvertement sexistes, c’est bien plus pernicieux (les femmes sont là mais le plus souvent passives, ou assistant les hommes). Certains manuels ont même une couverture « cosmétique », produit d’appel (une fille noire par exemple) alors que le contenu pose problème. On constate une absence de textes, d’images évoquant les actions, les idées de femmes. Ce ne sont pas les dossiers spéciaux tels «  Les femmes dans la Révolution » ou «  L’avortement » et l’évocation de Jeanne d’Arc et de Marie Curie (toujours associée à son conjoint comme si sa recherche n’aurait pu aboutir sans lui !) qui modifient les stéréotypes. Ils servent juste à donner bonne conscience et à évacuer le problème. La parité des personnages qui illustrent les manuels de maths ou de français en primaire ne gomment pas les représentations sexistes. Ce qui manque c’est une approche transversale prenant en compte l’absence ou la présence des femmes dans tous les domaines (histoire, sciences…).

Hégémonie masculine

Dans les manuels, les garçons n’ont pas d’attributs spécifiques alors que les filles portent des accessoires, sont souvent représentées en jupe, etc. La femme est une déclinaison du masculin, elle n’a pas vocation à montrer l’universel.

De nos jours, les femmes investissent de plus en plus la sphère publique. Dans les manuels, c’est le territoire masculin qui s’est étendu à la sphère privée. Ainsi, on voit des hommes accomplir des tâches ménagères. Les illustrations augmentent les zones d’influence du masculin au lieu de représenter davantage les femmes. 80 % des relations entre personnages dans les manuels concernent des garçons. Ils sont montrés en groupe, avec une autre génération, avec leurs pairs. Le message est simple : on dit au garçon qu’il est au centre. Inversement, il y a peu d’images de filles entre elles, l’entre soi féminin est proscrit. Les filles soutiennent ou accompagnent les garçons. Ou sont seules comme si les filles n’avaient pas besoin de se construire avec autrui. Regardez également les histoires récurrentes des magazines de jeunesse, c’est édifiant  !

Les manuels scolaires renforcent auprès des élèves ce qu’ils et elles voient chez eux et à l’école. Ce n’est pas neutre mais pas forcément idéologique de la part des concepteurs/trices de manuels. On est dans la reproduction d’un système de domination masculine. On contribue à construire du genre, des catégories inégalitaires. Alors que les représentations racistes constituent un critère de rejet de certains ouvrages, les représentations sexistes ne le sont pas, bien trop peu d’enseignant-es semblant sensibilisé-es au sujet.

Que faire ?

Sylvie Cromer préconise de pointer aux élèves les images ou situations sexistes car ne rien dire, c’est cautionner, de réfléchir à nos pratiques pédagogiques, de diversifier les outils et les supports, de ne pas hésiter à interpeler les maisons d’édition et surtout de lutter contre le sexisme « à bas bruit » et le « curriculum caché » des ouvrages.

Commission Droit des femmes