Les stagiaires se mobilisent contre l’application de la mastérisation

Sud éducation Grenoble
jeudi 8 janvier 2015

La mastérisation a entraîné une modification des modalités de recrutement et une multiplication des profils de formation. Alors que le ministère garantit soi disant un parcours adapté à toutes et tous...en réalité, cette réforme ne sera parvenue qu’à précariser un peu plus les jeunes enseignant-es, leur imposant de nouvelles certifications, des parcours de formation inadaptés, des lieux de stage très éloignés de leur domicile et de leur lieu de formation, tout en exerçant de lourdes pressions.

Application sans cohérence de la réforme

À Grenoble, le recteur Filatre, également président du comité national de suivi de la réforme de la formation des enseignants, s’applique avec zèle à la mise en œuvre de celle-ci.

La vie professionnelle d’un-e stagiaire est répartie entre 4 pôles distincts : l’ESPE, l’université, le rectorat et son établissement. En cas de problème lié à la formation, les trois premières entités se renvoient la balle. Dans de telles circonstances, les stagiaires reçoivent des injonctions contradictoires, il leur est donc difficile de suivre une ligne directrice claire et cohérente. L’ESPE agit d’ailleurs en toute illégalité dans la mesure où les maquettes de formation ne sont toujours pas établies ni votées. En outre, les collègues sont parfois amené-es à choisir entre certains cours qui se chevauchent, l’ESPE et les universités ne parvenant pas à coordonner leurs formations.

Autre aberration, les stagiaires M2A ont tou-tes obtenu le CAPES et effectuent 15 heures en établissement mais suivent deux types de cursus :
• ceux qui ont validé le M1 MEEF l’an dernier,
• ceux qui ont validé un M2 non-MEEF.

Pour les premier-es, il convient d’obtenir le M2. Pour les second-es, la mise en place d’un parcours de formation adapté est nécessaire. Or, ces M2 se voient dans l’obligation de valider toutes les UE du M2 MEEF (sans pour autant être contraint-es de valider ledit M2) y compris celle du mémoire afin que le directeur de l’ESPE puisse émettre un avis sur la titularisation.

Concernant les M2B, qui ont validé un M1 MEEF l’an passé mais qui n’ont pas obtenu le CAPES, on leur conseille de valider le M2 et de ne passer le concours que l’année prochaine. De plus, ces étudiant-es en M2 sont mis-es en difficulté par le CROUS qui menace de supprimer leurs bourses pour non assiduité lors des chevauchements de cours ESPE/université.

Finalement, il n’est nullement question de parcours adaptés et le cas de Grenoble, malgré ses spécificités, est le reflet de pratiques largement constatées dans l’ensemble des académies. De plus, si l’une des maigres contreparties de la réforme de la masterisation résidait dans le reclassement automatique des stagiaires à l’échelon 3, aujourd’hui les gouvernements successifs de François Hollande ont jugé cette étape inutile, maintenant tou-tes les stagiaires à l’échelon 1.

Des stagiaires mobilisé-es

Tous ces non-sens, doublés de la véhémence avec laquelle les chefaillons et formateurs invitent les stagiaires et les étudiant-es mécontent-es à changer d’académie, donnent lieu à un épuisement physique et moral de nos collègues. Néanmoins, même si les administrations optent pour une politique de division, entre les disciplines et entre les statuts, pour exercer une forte pression tout en brandissant la menace de la titularisation, la cohésion entre les stagiaires n’en demeure pas moins forte, car exaltée par la volonté d’une reconnaissance des acquis et certifications antérieurs et la résolution de faire avancer les choses.

De nombreuses mobilisations sont en cours et certaines comme à Aix-Marseille, Créteil, Lille, Montpellier, Toulouse, ont permis de faire évoluer quelques situations : écrit réflexif de 3-6 pages à la place du mémoire, remboursement des frais de déplacement... Mais ce n’est pas suffisant et cela montre bien les inégalités de traitement sur le territoire.

Sud éducation réclame toujours l’abrogation de la mastérisation

La volonté de ne pas sacrifier l’entrée dans le métier d’enseignant-e sous tend nos revendications :
• Harmonisation nationale des procédures de titularisation ;
• reconnaissance des diplômes et certifications obtenus pour ne pas revalider d’UE MEEF (le dispositif LMD n’était-il pas censé le permettre ?) ;
• abandon du mémoire pour les étudiant-es en M2 en possession d’un M1 et en passe de valider le M2 au profit d’un écrit professionnel réflexif de 3 à 6 pages ;
• mise en œuvre d’une formation utile et concrète réellement adaptée au parcours de chacun-e ;
• prise en compte dans le temps de formation des temps d’échange tuteur/stagiaire ;
• respect du temps des vacances scolaires en n’imposant pas de formations aux stagiaires ;
• remboursement des frais de déplacements entre le domicile des stagiaires et leur lieu de formation ;
• fin des conséquences négatives pour les boursier-es des chevauchements de cours dus à la mauvaise coordination entre l’ESPE et les universités.