Licenciement de stagiaire l’inspection s’acharne

 janvier 2003
mis à jour samedi 15 janvier 2005

MA 12 ans + capes + stage ... licenciement
Réintégration par décision de justice + re-stage (3 mois) ... re-licenciement

Profitant de la trêve des confiseurs, l’inspection dite "pédagogique" a soldé ses comptes sans états d’âme avec celui qui, refusant son licenciement après 2 années de stage (et 12 ans d’ancienneté comme M.A.) était allé chercher en justice la confirmation qu’il ne pouvait être viré du corps enseignant (arrêt T.A. Besançon, mars 2002).

L’administration n’étant jamais pressée d’exécuter les décisions de justice qui la désavouent, le rectorat avait déjà attendu septembre pour le réintégrer en qualité de stagiaire.

3 mois plus tard, les mêmes qui, dans leur empressement à faire tomber les têtes des anciens MA lauréats des concours, avaient commis des fautes sanctionnées par le tribunal, viennent de récidiver : l’inspection ne saurait se déjuger, l’administration ne saurait lui donner tort, donc l’intéressé sera licencié ! Et tout de suite !

La bataille reprend donc, en intersyndicale, pour faire réintégrer et titulariser notre camarade et collègue.

Pour sa part, SUD Education Franche-Comté fait signer et a adressé la lettre ouverte reproduite ci-dessous.

Lettre ouverte

à Mesdames, Messieurs les Inspecteurs de l’Education nationale,
mesdames, messieurs les membres des jurys académiques,

L’an dernier, vos inspections et délibérations vous ont conduits à refuser définitivement l’admission de deux stagiaires reçus au CAPES et candidats à "l’Examen de Qualification Professionnel". L’affaire fit un certain bruit, jusque dans les media nationaux.

Car ces deux candidats avaient une particularité : ils enseignaient déjà depuis de longues années, 14 ans pour l’un, 13 ans pour l’autre, l’un la philosophie, l’autre l’anglais, exactement comme des titulaires, sauf pour le salaire et les garanties statutaires. Comme des dizaines de milliers d’autres, ils avaient servi d’hommes de peine de l’Education nationale : affectations épuisantes, emploi du temps aberrants, classes les plus difficiles, salaire suffisant tout juste à couvrir les frais de déplacement, énorme difficulté à préparer les concours...

Les luttes des MA ayant fini par produire quelques effets, les ministres leur ont concédé des concours "réservés", puis un "examen professionnel", censés "résorber la précarité"... Ces mesures ont fait miroiter un espoir d’accès à une certaine dignité professionnelle chez des milliers de précaires.

Mais c’était sans compter avec vous et avec l’incroyable hypocrisie d’un système dont vous êtes les garants les plus zélés.

Car ces réalités, il vous faut manifestement les ignorer. Allons jusqu’à dire que l’absurdité et le ridicule ne vous effraient pas. Drapés dans votre "souveraineté", vous jugez possible d’expliquer au terme d’une ou deux heures de visite d’inspection au "candidat" reçu aux épreuves théoriques du CAPES que bien qu’il ait été capable d’enseigner une discipline comme Maître Auxiliaire pendant 14 ans, avec votre aval de principe [1], il ne le serait jamais comme titulaire. Cela entraîne automatiquement une lettre de licenciement de l’intéressé. Mais ce n’est pas votre problème. S’il était resté MA, il aurait été automatiquement réemployé, sauf problème particulier. Mais vous vous en moquez. L’Education nationale, en proie à une gestion de plus en plus néo-libérale des personnels, a remplacé entre temps la condition de MA par deux autres bien pires encore, pour les intéressés comme pour les élèves : celles de vacataires et de contractuels, recrutés par milliers directement à l’ANPE et placés sans délais devant les classes sans la moindre formation. Mais vous ne voulez pas le savoir. Quant à l’examen professionnel, vous l’avez purement et simplement transformé en machine à écœurer les précaires, tout particulièrement dans notre académie où l’importance du taux d’échec laisse pantois. Lorsque le ministère, quelque peu gêné, vous a enjoint de "réexaminer" les candidatures, vous avez refusé de repêcher qui que ce soit. Des MA atteignent aujourd’hui vingt années d’ancienneté. Mais vous vous en lavez les mains.

Votre "souveraineté", mesdames et messieurs, frise décidément l’irresponsabilité !

Certes, l’un des deux collègues exécutés par vos soins l’an dernier a fait condamner et annuler votre décision par le Tribunal Administratif de Besançon. Les motifs d’annulation sont riches d’enseignement sur les pratiques qui prévalent dans des "jurys académiques". Votre décision, dit le tribunal, procédait de l’avis d’un "aide-IPR", c’est à dire d’un simple collègue de l’enseignant, ce qui est grossièrement illégal. De plus, vous avez manifestement choisi d’ignorer l’avis favorable à la titularisation donné par un inspecteur général. Le tribunal a ordonné au ministère de replacer le candidat dans la position de stagiaire. Mais malheur à l’outrecuidant !

Le ministère, au lieu d’admettre le faux-pas, vous a fait à nouveau juge et a feint d’ignorer que vous étiez devenus aussi partie, s’agissant d’un candidat qui avait fait condamner sévèrement vos agissements. Vous ne devez, en effet, jamais perdre la face. Et c’est ainsi qu’une IPR qui avait, quelque mois auparavant, en présence du recteur et de plusieurs représentants syndicaux, défendu bec et ongles la décision condamnée, s’est vue autorisée à inspecter elle-même le stagiaire trublion, puis à faire confirmer la sentence de mort professionnelle par un IG. Ce dernier s’est fendu d’un rapport hâtif et détaché, plein de ces phrases creuses dont vous avez le secret, égrenant quelques critiques presque anecdotiques d’une seule heure de cours et se terminant par la mise à mort professionnelle de notre collègue.

Ce qu’il adviendra de celui que vous avez utilisé 14 années durant vous indiffère [2]. L’essentiel était que chacun sache qu’on ne saurait contester votre toute-puissance. Ubu reste roi.

Souffrez donc au moins, mesdames et messieurs les inspecteurs et les membres des jurys académiques, de savoir que nous sommes un certain nombre à ne pas l’accepter.

Syndicat SUD Education Franche-Comté


[1Il vous arrive tout de même de vous rappeler que les précaires enseignants existent. Certains reçoivent parfois votre visite. S’ils "dysfonctionnent", il vous arrive de signaler leur cas à l’administration. Ce n’a jamais été le cas pour les deux collègues dont il est question.

[2De même que l’Education nationale ne se sent nullement concernée par le suicide du maître auxiliaire Georges Mucha, licencié l’an dernier à Clermont Ferrand.

Navigation