Livret scolaire numérique : simplification et/ou flicage ?

Fédération Sud éducation
samedi 28 novembre 2015

La mise en place d’un livret scolaire unique correspondrait à la nécessité de simplifier les outils de suivi des élèves en les uniformisant sur l’ensemble du territoire.

Selon l’administration, il s’agirait de rendre ces outils d’évaluation plus lisibles et accessibles aux familles. Elles pourraient enfin comprendre ce que font leurs enfants à l’école et ce sur quoi ils sont évalués. Pour faire passer ces réformes et en masquer les enjeux réels, le ministère, toujours prompt à alimenter la défiance envers les enseignant-es, n’hésite pas à caricaturer leur travail. Sud éducation rappelle que la question de l’évaluation des élèves ne peut pas relever d’injonctions institutionnelles normatives. Les évaluations et leurs rendus doivent être des outils construits par les enseignant-es dans le cadre de leurs pratiques pédagogiques pour faire progresser les élèves à leurs rythmes en s’appuyant sur les acquis et les recherches des pédagogies alternatives.

Livret scolaire numérique : un casier scolaire

Ce livret s’inscrit dans la même logique que le Lpc (Livret personnel de compétences) mais en bien pire, puisqu’il intègre dans une même application : le livret de compétences du socle commun et les bulletins périodiques des élèves avec également des éléments de suivi des élèves en difficulté ou à besoins particuliers. Il n’a rien d’un « outil pédagogique au service du suivi personnalisé des élèves », mais participe de la constitution d’un véritable casier scolaire, au service de la normalisation et du profilage des élèves, chère à cette société néolibérale, pour qui seul ce qui est quantifiable et mesurable compte.

Fichage et flicage

Ce livret scolaire n’est, ni plus ni moins, qu’un nouvel instrument de fichage et de flicage ET pour les élèves ET pour les enseignant-es, avec de surcroît une absence totale de garanties quant à la maîtrise de l’utilisation de ces données par les usager-es. Dans certains départements pilotes, les équipes des écoles qui veulent faire une demande d’aide pour les élèves en difficulté sont priées de remplir des fiches numériques non anonymes, adressées ensuite à l’inspection... alors que ce type de demandes nominatives est illégal.
Autre illustration : le projet de loi sur les « Droits des étrangers en France » prévoit d’instaurer un dispositif de contrôle permettant aux préfectures, dans le cadre de l’examen des demandes de titre de séjour, d’accéder aux informations détenues par les établissements scolaires. Il y a largement de quoi être inquiet-e des utilisations possibles de cette application puisque les données inscrites dans ce fichier pourront être extraites, croisées, alimentées, lues et exploitées par différents utilisateurs.
Non seulement, ce livret scolaire numérique va accroître la surcharge de travail des enseignant-es, mais aussi permettre un contrôle supplémentaire de leurs activités, à chaque utilisation de cette application, comme c’est déjà le cas pour l’utilisation des Ent (Espace numérique de travail) dans le secondaire.
Ce livret scolaire numérique n’est finalement qu’un instrument de tri et de contrôle social, pour orienter et filtrer les élèves, afin de leur attribuer une place dans la hiérarchie sociale, tout en justifiant les inégalités. Son but ultime n’est pas de prévoir une quelconque émancipation individuelle et collective, mais plutôt l’isolement et la stigmatisation d’un individu au titre de ses résultats scolaires.

Un Dnb qui colle à la contre réforme du collège

La nouvelle nomenclature du brevet (Dnb) est un condensé de ce que nous rejetons : socle commun dont nous avons dit précédemment tout le mal dont nous pensons ; et réforme du collège avec, entre autre, l’introduction d’épreuves orales qui porteront sur les enseignements personnalisés (Epi) ou les parcours culturels, citoyens ou avenir. La ministre a choisi de souligner l’importance de cette épreuve, en la comparant à une préparation à un futur entretien d’embauche. C’est, pour nous, totalement inacceptable et parfaitement révélateur d’une volonté d’instrumentaliser l’école afin de formater les élèves selon des critères d’employabilité définis par le patronat.

À l’opposé des orientations proposées par la refondation de l’école qui servent toujours les mêmes intérêts, Sud éducation et l’Union syndicale Solidaires revendiquent une école égalitaire et émancipatrice qui s’inscrit dans un projet de société solidaire, démocratique, débarrassée de ses inégalités.