Luttes enseignantes et autonomie des syndicats en Argentine

lundi 7 janvier 2008
mis à jour vendredi 7 mars 2008

En Argentine, Etat fédéral, l’éducation a été dénationalisée pour être
confiée aux provinces. Les syndicats d’enseignants sont donc provinciaux.
Sur le plan national, ils appartiennent à la CTERA [1], elle-même membre de la CTA [2]. Celle-ci est née, autrefois, d’une scission de gauche de la vieille CGT, péroniste au départ, puis compromise avec tous les régimes y compris militaires.

Mais la CTA d’aujourd’hui est cul et chemise avec le président sortant,
Nestor Kirchner, et avec son épouse, Cristina Fernandez, récemment
élue pour lui succéder. À Rosario - province de Santa Fe, deuxième ville du pays - c’est la « liste violette », c’est-à-dire l’opposition de gauche à la direction « bleu ciel », qui tient la section locale de l’Amsafé [3].

Le texte ci-dessous émane de l’une des composantes de cette majorité,
le Collectif enseignant « Marge de gauche » [4].

Commission fédérale International


“Cette année n’est pas une année comme les autres pour les enseignants. L’assassinat du compañero Carlos Fuentealba à Neuquén [en avril 2007], alors qu’il réclamait des salaires dignes et de meilleures conditions de travail, reste une plaie ouverte. La colère et l’indignation
se sont encore exprimées, récemment, lors de la grève et de la journée nationale de protestation exigeant le jugement et le châtiment de ce crime brutal.

Mais il n’y a pas qu’à Neuquén qu’on a cherché à faire taire par la répression les revendications des enseignants. À Santa Cruz, la gendarmerie s’est installée dans les écoles, et des attentats contre le syndicat et les enseignants se sont produits. À Salta aussi, des collègues qui manifestaient devant l’assemblée provinciale ont été sauvagement
réprimés. Les gouvernements provinciaux et le gouvernement national sont responsables de ces méfaits.

La direction de la CTERA n’est pas sans responsabilités puisque,malgré la demande d’un plan national de lutte qui s’élevait des différents points du pays, elle a abandonné délibérément à leur sort toutes les luttes provinciales qui ont éclaté au début de l’année scolaire pour essayer de briser l’accord salarial (1040 pesos) signé en février entre le gouvernement national Filmus-Kirchner et la direction « bleu ciel » de la CTERA (Yasky-Tessa).

Par la suite, le soutien de ceux qui dirigent la CTERA aux lois de Financement éducatif et d’Éducation technique, ainsi que leur participation
à l’élaboration de la Loi d’éducation
nationale, ont révélé un projet syndical intégré
et subordonné à la politique du gouvernement
qui, de plus, tourne le dos aux enseignants.
Le résultat, c’est une CTERA qui, loin
d’unifier les luttes provinciales pour garantir
la force des revendications, ne réagit que
lorsque l’assassinat d’un compañero ne lui
permet plus de regarder ailleurs. Quand une
organisation syndicale renonce à son autonomie
au profit de compromis avec le pouvoir
politique, le résultat est celui qu’on
voit : pratiques bureaucratiques, manipulations
et manoeuvres frauduleuses, qui font
obstacle à la participation des militants,
ignorent les mandats donnés par la base,
négocient secrètement et empêchent de
mener une lutte à la hauteur de nos intérêts
en tant que travailleurs.

Hélas, notre histoire récente donne plus
d’exemples qu’il n’en faut de ces pratiques,
qui ont même conduit à ce que beaucoup
de dirigeants trahissent et livrent leurs
propres camarades.

Si le panorama national n’est guère encourageant
en ce qui concerne l’indépendance
politique de notre centrale syndicale, le
panorama provincial a aussi de quoi inquiéter
à l’heure où la direction « bleu ciel »
actuelle de l’Amsafé va faire partie intégrante
du prochain gouvernement provincial.
« Tessa pronostique une rentrée des classes
sans conflits enseignants », annonce le titre
du journal La Capital du samedi 8 septembre
2007. José María Tessa, qui vient de terminer
son mandat comme secrétaire syndical
et a été élu récemment député provincial
du Front progressiste civique et social, anticipe
son « optimisme » pour la rentrée scolaire
2008, dans la ligne d’un syndicalisme
« obéissant » avec un pied (ou les deux) dans
les sphères gouvernementales.

Il serait naïf de penser que l’activité syndicale
peut rester en marge de l’activité politique,
puisque nous oeuvrons tous (par action ou
par omission) en fonction d’une conception
politique, et que nous avons le droit d’adhérer
ou non à un projet politique déterminé. Ce
que l’on ne peut pas permettre, c’est qu’un
syndicat, par décision de ses dirigeants, se
transforme en succursale d’un parti politique.
Et nous pouvons encore moins accepter qu’ils
utilisent les postes auxquels ils accèdent grâce
au vote des adhérents pour s’intégrer aux projets
des classes dominantes, en se prononçant
en faveur de ceux qui gouvernent et en abandonnant
les luttes de ceux qui leur ont permis
d’être là où ils sont.

À travers le soi disant « pacte social », ce que
cherchent les sphères gouvernementales, c’est
éviter que le conflit ne déborde et mette en
danger les intérêts du pouvoir économique
et politique de la classe patronale. Pour y parvenir,
elles ont besoin de directions syndicales
adaptées, qui ne remettent pas en cause les
axes centraux de la politique gouvernementale,
et qui soient capables de contrôler la protestation
en l’amenant sur le terrain de la conciliation,
et en établissant un plancher et un
plafond à nos revendications. Le but recherché
est que les travailleurs renoncent à leurs revendications
dans l’attente d’un avenir plus prometteur
qui n’arrive jamais.

Le syndicat est l’outil que nous avons, nous
les travailleurs, pour nous organiser contre
le pouvoir patronal (le gouvernement, dans
notre cas), afin de défendre nos propres
intérêts. La question de l’autonomie syndicale
par rapport à l’Etat, aux gouvernements, au
patronat et aux partis politiques est une question
clé pour l’exercice d’un syndicalisme
authentiquement démocratique, participatif
et de lutte. Ce n’est pas la politique syndicale
des directions bureaucratiques.”

Paula Bonfiglio, école 1204


[1Centrale des travailleurs de l’éducation de la République argentine

[2Centrale des travailleurs argentins

[3Agrupación del Magisterio de Santa Fe

[4Margen izquierda

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