Malheureux qui comme ULIS...

De l’intégration à l’inclusion scolaire
samedi 19 mars 2011

Depuis 1995, il a été créé dans les collèges (puis dans les lycées et lycées professionnels à compter de la circulaire du 21 février 2001) des UPI, Unités Pédagogiques d’Intégration, destinées à accueillir des élèves handicapés, pour la plupart déjà scolarisés en Classe d’Intégration Scolaires dans les écoles primaires. Il existait plusieurs types d’UPI, selon la déficience, en particulier les UPI 1 qui accueillaient des élèves présentant des troubles importants des fonctions cognitives.

Dans ces UPI, les élèves étaient scolarisés dans une classe spécialisée et bénéficiaient, quand c’était possible, de temps d’intégration dans les classes de SEGPA ou dans les classes ordinaires.

Depuis la publication de la circulaire nº 2010-088 du 18 juin 2010 « Dispositif collectif au sein d’un établissement du second degré », les UPI n’existent plus.

Le dispositif a été transformé en ULIS, Unités Localisées pour l’Inclusion Scolaire.

Cette transformation n’est pas qu’un changement de sigle. Elle suppose aussi une modification dans l’esprit et le fonctionnement du nouveau dispositif.

Selon la circulaire du 18 juin 2010 :
- les ULIS constituent un dispositif au sein duquel certains élèves handicapés se voient proposer une organisation adaptée à leurs besoins spécifiques. Ce sont « des élèves à part entière de l’établissement, ils sont inscrits dans la division correspondant à leur PPS ( Projet Personnalisé de Scolarisation) » ;
- « [l]Les élèves ont vocation à suivre les cours dispensés dans une classe ordinaire de l’établissement » correspondant au niveau de scolarité mentionné dans leur PPS (la grande majorité des élèves aujourd’hui en ULIS a un niveau allant du CP au CE2) ;
- lorsque les objectifs d’apprentissages envisagés pour eux requièrent des modalités adaptées nécessitant un regroupement et une mise en œuvre par le coordinateur (enseignant spécialisé), celles-ci le seront dans un lieu spécifique répondant aux exigences de ces apprentissages ;
- « [l]es élèves des ULIS participent aux activités organisées pour tous les élèves » dans le cadre du projet d’établissement.

Interrogations

L’enseignant spécialisé de ce dispositif devient coordonnateur. Combien de temps restera-t-il spécialisé ? À terme, un administratif ne fera-t-il pas aussi bien l’affaire ?

Comment les professeurs, dont certains seront, comme on le sait, sans formation pourront-ils gérer ces jeunes handicapés en même temps que leurs autres élèves, avec l’obligation de leur proposer des aménagements massifs et d’assister à toutes les équipes de suivi ?

Comment un jeune handicapé vivra-t-il le fait d’être immergé dans une classe ordinaire, alors qu’il ne pourra pas suivre les enseignements dispensés pour les élèves de la classe ? Quel en sera l’impact sur des jeunes déjà psychiquement fragilisés du fait de leurs difficultés ?

Dans le premier degré, les CLIS (Classes pour l’Inclusion Scolaire) ont aussi subi la même transformation. Devons-nous en attendre le même fonctionnement dans quelques années ?

Autre conséquence importante

Dans les établissements spécialisés dans la déficience cognitive, où déjà le nombre de places est devenu limité par le maintien de jeunes au-delà de 20 ans (amendement Creton), les organismes gestionnaires ont déjà anticipé la baisse des orientations due à la loi.

Prévoyant une scolarisation ordinaire du plus grand nombre, ils ferment aujourd’hui des places (- 40 par ci, - 20 par là). Cette diminution drastique oblige les établissements scolaires à garder les jeunes qui auraient dû être orientés dans les dispositifs ULIS. Par réaction en chaîne, ceux-ci restent inaccessibles aux élèves de CLIS.

Et comme si ce n’était pas suffisant, il y a la volonté des gestionnaires d’augmenter le nombre d’élèves dans des structures spécialisées, CLIS et ULIS, en dépassant les seuils fixés par les circulaires, au prétexte que les élèves ne sont pas tous dans la classe en même temps.

Et dans le même temps, surtout lorsque des structures ont un faible effectif, certains IEN - ASH (Inspecteurs de l’Éducation Nationale en charge de l’Adaptation Scolaire et de la scolarisation des élèves Handicapés) sont dépêchés sur place pour « vérifier » si les élèves orientés en CLIS et ULIS par la CDA (Commission des Droits et de l’Autonomie) de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) sont bien handicapés, afin de les faire sortir du dispositif et les renvoyer en classe ordinaire. Un IEN ayant évidemment beaucoup plus de compétences pour juger en quelques minutes de la réalité d’un handicap qu’une commission composée de spécialistes chargée d’évaluer le handicap, sur la base de tests, rapports, etc.

Et cela permettra de fermer la classe lors des mesures de carte scolaire.

C’est donc aux établissements « ordinaires », dans des classes « ordinaires » qu’il reviendra dans un avenir proche de garder les élèves handicapés, au prix d’adaptations importantes et d’une énergie considérable de la part des enseignants.

Et les jeunes, dans tout ça ?

Sud éducation Indre-et-Loire