Manifestation contre le FN à Lyon, retour sur une mobilisation en demi-teinte

Fédération Sud éducation
jeudi 8 janvier 2015

Le 29 novembre dernier, 5 000 personnes manifestent à Lyon contre la tenue du congrès du FN. Sud éducation et Solidaires se sont pleinement investis dans la bataille et nous devons tirer un premier bilan de notre engagement antifasciste.

Mobiliser contre les congrès du FN : priorité de la lutte antifasciste

La CONEX (Coordination nationale contre l’extrême-droite), réunie en juin dernier à Paris, décidait de faire de la mobilisation contre le congrès du FN à Lyon sa priorité. En 2011, le congrès de Tours intronisait Marine Le Pen et réveillait les appétits de pouvoir des cadres du vieux parti d’extrême droite. Depuis, les digues ont sauté, libérant la parole raciste, l’idéologie xénophobe se diffuse dans de nombreuses formations politiques, lancées dans une course en avant populiste pour masquer leur incapacité à gérer la crise économique et sociale. Le FN se présente maintenant comme le premier parti de France. Déjà bien conscient-es du danger, nous étions présent-es à Tours en 2011. Dans la suite logique de cet investissement, le conseil fédéral de Sud éducation a lui aussi fait de l’action du 29 novembre dernier une priorité. En ce sens, nous avons été suivi-es par Solidaires qui a largement porté la mobilisation.
On doit pourtant noter l’absence des autres formations syndicales, à l’exception de la CNT et de la CFDT du Rhône. Position difficilement compréhensible car nous avions proposé à la FSU, à la CGT et aux organisations de jeunesse (Unef, UNL et Fidl) d’inscrire cette manifestation lyonnaise dans la suite de la campagne « unis contre l’extrême-droite, pour le progrès social et l’égalité des droits », initiée en début d’année. Les organisations politiques, semblent montrer la même réticence à prendre part à ce que nous voulions être le début du renouveau d’un antifascisme social de masse. Seuls, Ensemble, le NPA et Alternative libertaire s’étaient pleinement investis dans la mobilisation.

Malgré la répression, la manifestation pacifique occupe la rue

Au départ de la manifestation, environ 5 000 manifestant-es, beaucoup venaient de loin, grâce aux collectifs locaux dans lesquels nous étions investi-es. Une mobilisation digne, mais insuffisante au regard des enjeux. Une vingtaine de minutes ont suffit aux forces répressives pour saisir l’occasion de bris de vitrines afin de charger la queue de la manifestation, encercler notre cortège et tenter de nous disperser. La police a pu constater notre détermination et les cortèges de Solidaires, de la CNT, du NPA et d’AL ont pu poursuivre leur route à travers Lyon. Une partie des organisations n’ayant pas voulu prendre part à la mobilisation mettait en avant le risque de violences en provenance de groupes autonomes. Un mois après la mort de Remi Fraisse, nous savions que l’indignation à l’égard des violences et des crimes policiers continuerait d’habiter bien des manifestant-es.
Le déroulement des faits semble aujourd’hui donner raison aux absent-es. Même si nous pouvions envisager ces événements, il nous semblait inconcevable de ne pas occuper la rue et c’est pourquoi nous avions porté l’idée d’une diversité des tactiques. Nous proposions, en effet, que des dispositions soient prises pour qu’action directe et manifestation pacifique ne se fassent pas obstacle. Cette diversité des tactiques nous semble toujours d’actualité, pas seulement comme la tolérance d’autres formes d’expression, mais comme la nécessité d’assurer la nôtre, quel que soit le contexte. Cela pose la question de la prise en charge autonome de la défense de nos cortèges et de nos décisions prises.

La mobilisation, en demi-teinte, du 29 novembre doit nous interroger

Le cadre de la CONEX qui regroupe une quinzaine d’associations et de collectifs locaux, a montré ses limites. Devons-nous alors repenser la dynamique de constitution des collectifs locaux, née au lendemain de la mort de notre camarade Clément Méric ? Interroger leurs réalités et la place des organisations syndicales ? Nous savons qu’il relève de notre rôle historique de nous dresser contre l’extrême droite dans la rue, aussi bien que dans sur nos lieux de travail. Dans l’Éducation nationale, le Front national a fondé le collectif Racine pour diffuser son venin parmi les personnels et n’hésite pas à intervenir dans le champ syndical en soutenant le SNALC et FO lors des élections professionnelles.
Seules, des luttes victorieuses feront renaître l’espoir dans le progrès social et écraseront les idées réactionnaires. A nous de les construire, d’en faire les fondations d’un autre futur, solidaire et égalitaire, débarrassé des inégalités engendrées par le système capitaliste. Mais l’urgence de la situation politique nous impose aussi d’embrasser sans retenue le combat antifasciste.