Mauvais genre ?

Fédération Sud éducation
vendredi 6 décembre 2013
mis à jour vendredi 10 avril 2015

En 2011 déjà, l’introduction des problématiques de genre dans le programme de SVT de 1ère avait suscité une levée de boucliers de la part des conservateurs catholiques et autres réactionnaires. On aurait pu espérer que les éclaircissements apportés à l’époque sur les études de genre éviteraient de revenir sur la question. C’était sans compter sur l’opiniâtreté toxique des uns et la complaisance imbécile des autres…

Haro sur la « théorie du genre » !

Depuis le printemps, la Manif pour Tous, non content de dénier l’égalité de droits à tou-tes les citoyen-nes et d’attiser l’homophobie, veut désormais lutter contre « l’invasion de la théorie du genre » dans les établissements scolaires et appelle les parents à la création de comités de vigilance à la rentrée. Des syndicats tels le SNALC pour les enseignant-es et l’UNI pour les étudiant-es, ainsi que des député-es UMP, renchérissent dans cette voie. Cette campagne a trouvé par ailleurs une légitimation tacite à travers les propos de certains membres de l’exécutif, puisque V. Peillon avait déclaré en juin qu’il n’était « pas pour la théorie du genre » et trouvait « absurde » l’idée « qu’il n’y a pas de différences physiologiques entre les uns et les autres » (se reprenant à l’occasion de la rentrée après le tollé que ses propos avaient provoqué, en reconnaissant que « la théorie du genre n’existe pas, c’est un artefact intellectuel pour créer des polémiques »… mais en oubliant frileusement de souligner la pertinence du concept de genre).

Le genre, un outil pour lutter contre la domination patriarcale et hétérosexiste

Devant tant de méconnaissance intellectuelle et de partis pris réactionnaires, quelques précisions s’imposent…

- Les contempteurs des études de genre en parlent comme s’il s’agissait d’une irruption soudaine, agitant le spectre fantasmatique d’une « invasion » pour mieux déclencher des réflexes de défense réactionnaires. Or cela fait plus de 40 ans que la notion de genre est apparue en médecine et psychologie, puis dans les sciences humaines, pour comprendre la construction des identités masculine et féminine.

- La notion de genre n’est ni une « théorie », ni une « idéologie », comme certain-es peuvent le soutenir sans ciller. L’utilisation erronée de ces termes n’est pas anodine : elle vise à discréditer la validité scientifique et la rigueur intellectuelle des travaux autour du genre, en les présentant comme une doctrine orientée et contestable. Or il est impropre de parler de « théorie du genre ». D’abord parce que la notion de genre est simplement un outil d’analyse pour comprendre la construction des identités. Ensuite parce que ce champ d’étude est multiple, tant dans les disciplines concernées (histoire, sociologie, philosophie, sciences politiques…), que dans les approches des différents chercheurs et chercheuses sur la question.

- Les études de genre se fondent sur une approche socio-culturelle de la construction des identités masculine et féminine. Elles montrent comment la définition du masculin et du féminin ne se réduit pas au biologique mais est le résultat des pratiques culturelles et des normes sociales d’une société donnée. La Manif pour Tous et consorts, pour parler des hommes et des femmes, se raccroche à un ordre biologique et « naturel » (comme si le concept de Nature était une entité immuable, postulat déjà contestable en soi). Ce parti pris a pour conséquence une vision binaire qui nie la pluralité des identités, enferme les individus dans des stéréotypes sexués et légitime au final les inégalités hommes-femmes, l’homophobie et la transphobie. Ces positions doivent être combattues avec virulence.

Parce que les études de genre permettent de comprendre la construction des stéréotypes, elles sont un outil essentiel pour combattre les discriminations qui découlent de ces stéréotypes.

Parce qu’en pointant le fait que les identités sont des constructions toujours fluctuantes, où dialoguent l’individuel et le collectif, les études de genre s’inscrivent dans une démarche émancipatrice.

Défendre la légitimité et la pertinence des études de genre, et leur utilisation dans les établissements scolaires, c’est donc se donner les moyens de comprendre les mécanismes de domination patriarcale et hétérosexiste, et de lutter pour une société ouverte et émancipée.
Ne laissons aucun terrain, ni celui de la rue, ni celui des mots, aux forces réactionnaires !