Mayotte et son plus beau lagon du monde cachent une bien triste réalité.

jeudi 12 mai 2016

Mayotte partage avec les autres îles de l’archipel des Comores culture, langue, religion et passé colonial. Mais, devenue le dernier département français par référendum en 2011, elle se retrouve confrontée à un destin singulier. Face à de lourds défis économiques et à de nouvelles normes culturelles et fiscales, elle ne bénéficie pas pour autant des droits sociaux accordés au reste du territoire français.

Nichée dans le "plus beau lagon du monde", cette petite île de 374 km2 pour 212 000 habitants est en état de survie, ravagée par la pauvreté, socialement, médicalement et touristiquement désertée. À Mamoudzou, "la capitale", existe la plus grande maternité de France avec 25 naissances par jour. L’île explose d’un point de vue démographique et les infrastructures ne suivent pas. Dans l’Éducation nationale, on dénonce un manque criant de moyens. Les écoles sont pour la plupart insalubres et ne sont pas entretenues. Un grand nombre fonctionne "en rotation" c’est-à-dire que les salles sont partagées entre 2 enseignant-es, une classe le matin, l’autre l’après-midi. Les rythmes scolaires ont été mis en place bien que les cantines n’existent pas : les enfants sont livrés à eux-même et les communes ont du mal à mettre en place les projets éducatifs territoriaux. Les activités culturelles n’existent quasiment pas, malgré de somptueuses MJC désespérément vides.

La formation des enseignant-es qui tente de se mettre en place sur Mayotte est loin de produire tout le personnel dont l’école a besoin. Le protocole unique sur l’île forme des IERM (instituteurs-trices d’État recruté-es à Mayotte) qui pourront enseigner seulement sur l’île, à l’issue des 2 années de formation. À la rentrée 2017, le concours de professeur-e des écoles sera ouvert. En attendant, le Vice rectorat fait appel aux contractuel-les qui sont embauché-es avec des niveaux de qualification aléatoires, sans prise en compte de leurs difficultés a posteriori sur le terrain. Les effectifs dans les classes sont élevés, de 28 à 35 élèves, sans compter les élèves qui ne peuvent pas être reçu-es et dont on ne prend pas l’inscription. À cela s’ajoutent les enfants des migrant-es non pris en compte par la métropole qui ne pense qu’aux reconduites à la frontière. En effet, Mayotte représente un style de vie envié pour des Comorien-nes qui vivent dans un état de pauvreté criant, à seulement 70 km de là.

Dans le second degré, les problèmes sont autres mais pas moins catastrophiques… Certes, la forte augmentation de la population peut expliquer les difficultés que rencontre le secondaire. Presque tous les collèges accueillent plus de 1500 élèves alors qu’ils sont prévus pour un effectif de 800. La solution du Vice rectorat ? Entasser encore plus d’élèves. À la violence croissante générée par ce manque d’espace, le Vice rectorat répond par des barbelés au-dessus de l’enceinte des établissements. L’île n’est plus attractive, le second degré manque de profs, les contractuel-les seront plus de 1000 à la rentrée (50% de contractuel-les pour 50% de titulaires quitte à bloquer des postes au mouvement). Un personnel précaire qui ne bénéficie d’aucune formation pour préparer les concours, corvéable à merci, jugé arbitrairement par l’administration, subissant toutes les pressions administratives. Un constat : plus de trente ans d’enseignement n’ont pas permis une mise à niveau scolaire des élèves. La langue française n’est maîtrisée, ni à l’oral, ni à l’écrit.

L’académie de Mayotte compte depuis la rentrée 2015, 8 collèges et plus de 70 écoles labellisées REP+ mais sans baisse du nombre d’élèves et sans temps de concertation. Les collègues sont mis-es sous pression par leur hiérarchie et la situation est explosive. Nous subissons des guerres de villages, les conflits se règlent au sein de l’école. Bon nombre d’établissements REP + ont fait valoir leur droit de retrait en réclamant plus de sécurité pour les élèves et les personnels. Mais le Vice rectorat fait la sourde oreille en nous précisant que les problèmes dans les établissements sont dus à un manque d’implication des équipes pédagogiques. De qui se moque-t-on ? Mayotte devrait bénéficier de moyens réels pour tenter de mettre en place un réseau d’éducation prioritaire et tous les établissements de l’île pourraient être REP +. La population ne peut que constater qu’à Mayotte ça ne marche pas, que Mayotte n’avance pas, que l’État semble ne pas comprendre l’ampleur des problèmes. Pourquoi cela ? La croissance de la population, en partie liée aux flux migratoires, n’explique pas tous ces problèmes qui montrent surtout le désintérêt flagrant du gouvernement de la métropole.

Sud éducation Mayotte