Mayotte

ou l’île de tous les superlatifs
vendredi 1er juin 2012

Avec 250 000 habitants, dont 70% ont moins de 30 ans et 50% moins de 18 ans, Mayotte est le département français de tous les superlatifs. Le taux de chômage global est de plus de 26% et dépasse 41% pour les jeunes. 60% des élèves n’ont pas l’âge normal à l’issue de l’école primaire, 70% ont des résultats insuffisants en français et mathématiques aux évaluations de CE2, et 60% à celles de 6e. 15% d’une classe d’âge, seulement, obtient le bac.

L’État dépense deux fois moins par élève qu’en métropole alors que le PIB y est cinq fois inférieur. La dépense de l’état par habitant est deux fois moindre qu’en Guyane et quatre fois moins qu’à St-Pierre-et-Miquelon.

L’île compte 195 écoles, 19 collèges et 9 lycées, pour 52 700 élèves, 21 500 collégiens et 10 500 lycéens. Dans le 1er degré 400 instituteurs contractuels pour moins de 2 000 titulaires. La plupart des élèves n’ont pas de manuel de français ni de mathématiques. De toute façon les fournitures scolaires sont insuffisantes ou livrées en retard. Des écoles sont toujours obligées de pratiquer la « rotation » (travaillant en alternance 5h d’affilée le matin puis l’après-midi), dans toutes les communes de l’île.

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Des écoles hors normes

La quasi-totalité des écoles ne sont pas aux normes de sécurité et d’hygiène : toilettes insuffisantes, peu ou mal nettoyées, entretien insuffisant, manque de ventilation, de points d’eau ou de téléphone…

Les élèves ne bénéficient pas des visites médicales ou de la présence d’infirmier-e.

Faute de moyens il n’y a plus de cours de natation dans les 1er et second degrés, et ce malgré les textes officiels et le fait qu’on soit sur une île.

5 000 enfants de plus de 6 ans ne sont pas scolarisés, l’île compte envi-ron 6 000 mineurs orphelins ou isolés (beaucoup suite à l’expulsion des parents).

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Un secondaire dépourvu

Dans le second degré le constat est très proche, avec des établissements surchargés (dont le plus grand collège de France avec plus de 1 700 élèves), le manque de locaux, de climatisation, des labos de sciences pas aux normes de sécurité, un accès insuffisant aux outils informatiques, un internet à la traîne, etc.

Aucun internat et pas de demi-pension dans la quasi totalité des établissements de l’île, un « sandwich » en guise de collation mais pas pour tous les élèves, des transports publics inexistants et des bus scolaires inadaptés, imposant à certains élèves des journées de 5h du matin à 19h pour retrouver leur foyer.

Dans les lycées les manuels scolaires sont à la charge des familles, victimes d’une gestion catastrophique voire frauduleuse, avec la complicité du vice-rectorat et du conseil général.

Cela alors que l’ensemble de l’île devrait être classée en zone d’éducation prioritaire au simple vu des caractéristiques socio-économiques des familles. Mais là encore, aucune réponse, si ce n’est le classement en ECLAIR de deux collèges, sans aucun moyen supplémentaire.

Un personnel sous pression

Les personnels sont traités de façon inégalitaire en raison de leurs statuts mais aussi des techniques managériales inspirées du temps des colonies, ravivées par le néolibéralisme gouvernemental :
- traitement discriminatoire des agents et précaires, recrutés locaux corvéables à merci ;
- pressions hiérarchiques récurrentes incluant le harcèlement moral  ;
- inspection et évaluations-sanction, ou non-renouvellement de contrat pour les contestataires ;
- dans le 1er degré, des instituteurs d’état recrutés à Mayotte, à BAC+2, moins payés qu’en métropole et à qui on refuse les possibilités de mobilité hors Mayotte ;
- absence de TZR et un énorme pourcentage d’enseignants contractuels dans les 1er et second degrés, mais aussi chez les personnels de vie scolaire, administratifs et personnels d’entretien (CES, et CEC entre autres) ;
- agents administratifs, techniques et de surveillance de la collectivité intégrés dans le corps état en catégorie D et non titularisés, donc moins payés qu’en métropole  ;
- personnels en nombre déjà insuffisant, et un vice-rectorat qui refuse de créer des postes malgré l’accroissement constant du nombre d’élèves et de locaux ;
- cela dans un contexte de violence en augmentation au sein et autour des établissements scolaires (un jeune poignardé mortellement dans l’enceinte du lycée de Mamoudzou).

Le tableau reste incomplet mais montre que Mayotte, où ni la langue ni la culture ne sont prises en compte, alors que 90% des élèves n’ont pas le français comme langue maternelle, n’est pas encore débarrassée des habitudes néo-coloniales.


Sud éducation exige :
- la création des postes statutaires nécessaires en enseignement, vie scolaire et IATOSS ;
- la titularisation immédiate et sans condition de tous les personnels au statut précaire ;
- l’égalité de traitement, de statut, de salaire et de droits sociaux (sécu, CAF, Assedic) ;
- des allocations perte d’emploi et un fonds d’action social pour les personnels de l’éducation nationale  ;
- l’indexation des salaires et la fin du « décret 1996 » ;
- un plan de constructions scolaires et de cantines ;
- la gratuité des manuels scolaires pour tous les élèves ;
- la diminution du nombre d’élèves par classe à l’instar des ex-ZEP ;
- des moyens pour les élèves en difficulté ou en handicap ;
- le respect des droits syndicaux et la fin des discriminations.

Sud éducation Mayotte