Menace sur les petits collèges : petit POISON deviendra grand !

mercredi 6 septembre 2017

Insidieusement mais implacablement, la fermeture des petites écoles et des petits collèges se poursuit dans chaque département : la Charente n’échappe pas à la règle. Quatre collèges du Nord Charente sont menacés : leur grande faute ? Moins de 200 élèves !

Si cette année encore, le danger a été repoussé, c’est grâce à la mobilisation des parents d’élèves, des élu-es locaux-ales et de la population des communes concernées. Notre syndicat (ainsi que la FSU et FO) a soutenu leurs actions sur le terrain mais aussi en dénonçant les « arguments » de la DSDEN [1]. Main dans la main, l’Éducation nationale et le Conseil départemental ont décidé de repenser l’offre scolaire sur les territoires les plus fragiles, dans les villes comme dans les campagnes, lorsqu’un établissement s’est progressivement vidé de sa population d’élèves attendu-es [2]

Comment préparer l’intox ?

Signé en 2016 par les collectivités territoriales et l’Éducation nationale pour le réaménagement du territoire, le protocole « Ruralité » repense l’offre scolaire en milieu rural. Or à cette volonté affichée de regrouper plus d’élèves dans des collèges plus importants, s’opposent les besoins de proximité du service public d’une population qui est laissée pour compte.
L’argument-clé se prétend pédagogique : Mme Pechevis, conseillère départementale, dans un numéro de Charente Mag du printemps 2017, annonce « la redéfinition d’un maillage territorial des collèges afin d’apporter tous les moyens de réussite pédagogique et de développement culturel aux collégiens ». Les reproches entendus en CTSD [3] ou en CDEN [4] sont sans appel : manque d’émulation et de dynamisme dans les structures à trop faible effectif, manque de mixité sociale et déficit d’attractivité pour les enseignant-es...

Dommage… !!!

En avril 2017, le magazine [I] L’Étudiant[FIN I] publie une étude sur trois ans des résultats au DNB des collèges de Charente : les quatre collèges du Nord Charente se classent 3e, 7e, 14e et 22e parmi les 39 collèges publics surpassant ainsi plusieurs établissements de centre-ville et laminant au passage l’argument du manque de mixité sociale !
Dans un autre petit établissement du secteur, le pourcentage très élevé des élèves s’adonnant au sport scolaire via l’UNSS est exemplaire et ce collège se voit attribuer une récompense par le Conseil départemental pour ses bons résultats sportifs, son taux élevé de participation, notamment des filles !
Alors non, les petits collèges ne sont pas à la traîne et si on souhaite réellement la réussite des élèves, il faut maintenir l’existence des petites structures, rurales ou urbaines !

Notre lutte, nos valeurs !

Un service public d’enseignement partout, de qualité et pour toutes et tous !
Qu’importe la logique comptable de l’Éducation nationale ! Nous le répétons, l’éducation n’est pas une marchandise et nous refusons que l’élève des champs ait à se lever plus tôt que l’élève des villes pour faire chaque matin un long trajet en bus parce qu’une école ou un collège près de chez lui-elle coûterait (trop) cher.
Battons-nous aussi pour que les enseignant-es des établissements ruraux bénéficient de conditions acceptables avec des services partagés, allégés et limités à deux collèges.
Des écoles, un collège, c’est aussi garantir la survie d’un village : parce que l’établissement génère des emplois d’agent-es, d’assistant-es d’éducation, de personnel administratif, parce que l’existence du service public d’éducation est déterminant dans le choix des familles à s’installer dans telle commune plutôt que dans telle autre, parce qu’une population qui s’implante accroît le dynamisme économique !
Défendre l’école publique, où qu’elle soit, est le devoir de toutes et tous : chaque année, sous couvert de « projections d’effectifs », la DSDEN fragilise l’avenir d’une école ou d’un collège en faisant planer une menace de fermeture, contribuant ainsi à banaliser voire à normaliser cette attaque inacceptable contre le droit à l’éducation. Non seulement, c’est laisser le champ libre aux établissements privés sous contrat ou hors contrat (les locaux d’une école publique de Charente qui a été fermée ont été loués à une école Montessori) mais c’est aussi amplifier le vote d’extrême droite selon l’équation « absence de service public + sentiment d’abandon = vote FN ».
Aujourd’hui, en détricotant un maillage qui historiquement avait fait ses preuves, la République recule sur les territoires les plus fragiles, lesquels restent en marge du développement national.

Sud éducation Charente


[1Direction départementale des services de l’éducation nationale

[2À noter que fermer quelques écoles rurales aide bien à vider le collège de secteur… NDLR.

[3Comité technique spécial départemental

[4Conseil départemental de l’Éducation nationale