Menaces sur l’école rurale et de montagne :

la rencontre avec le sénateur chargé de mission ne rassure pas
jeudi 10 mars 2016

Dans le dernier journal fédéral, Sud éducation 63/03 décrivait la réalité de la convention de ruralité en gestation dans l’Allier. La Fédération Sud éducation a demandé à être reçue par le Sénateur Duran, sénateur de l’Ariège, chargé par Manuel Valls d’une mission sur les conventions de ruralité.

Un discours qui masque mal la volonté de réduire les services publics dans les espaces ruraux

Derrière un discours très « pédagogique » d’une part  :

• Plus de classes isolées multi-niveaux ;
• Incidence sur la façon de travailler des enseignant-es avec la possibilité de mettre en œuvre des pédagogies de projet ;
• Possibilité d’affecter des maîtres supplémentaires.

et de lutte contre la désertification, d’autre part  :

avec la sécurisation des enseignant-es (et des maires) par la garantie triennale de la stabilité des postes

se profile la réalité du projet au niveau national  :

supprimer les petites écoles qui coûtent cher en « moyens humains » dans les départements ruraux.

Le protocole signé dans le Gers est à ce point de vue remarquable de clarté  :

Dans les constats qui amènent à la signature de ce protocole, il est notamment écrit :

Les spécificités des territoires ruraux entraînent d’autres conséquences en termes de moyens humains.
• un plus grand nombre d’enseignant-es (proportionnellement) sont nécessaires (1 classe = 1 enseignant-e)
• un plus grand nombre de remplaçant-es sont nécessaires (dans les écoles à une classe : une enseignant-e absent-e = un-e remplaçant-e)

Pour appliquer cette politique, le ministère s’appuie sur l’Association des Maires de France, bien que celle-ci ne puisse engager la parole des conseils municipaux souverains. Il s’agit de donner l’impression de prendre en compte les demandes des acteurs locaux, alors même qu’il s’agit de réduire les moyens.

Pourquoi l’école échapperait elle à ce que la poste, le trésor public, la gendarmerie ont su faire depuis longtemps : FERMER ?

Certes, il restera des enfants éparpillé-es sur le territoire qu’il faudra bien prendre en charge et le ministère a inventé un concept de novlangue extraordinaire : le RPI concentré.

Le « RPI concentré » : un outil pour fermer des classes et compliquer la vie des élèves

Toutes celles et ceux qui habitent le milieu rural connaissent les RPI, Regroupements Pédagogiques Intercommunaux, inventés dans les années 80 pour éviter les fermetures de classe et le trajet vers le bourg-centre. Chaque commune conserve son école à une ou deux classes et les élèves suivent par exemple la maternelle dans un village, le CP/CE1 dans un autre et le CE2/CM1/CM2 dans un troisième.

Le fonctionnement est souvent identique : chaque commune gère ses investissements et les communes se fédèrent dans un SIRP (Syndicat Intercommunal de Regroupement Pédagogique) pour prendre en charge le fonctionnement (financement de l’école, gestion du personnel). Dans les SIRP, chaque commune dispose de deux sièges. Mais ces syndicats intercommunaux, autonomes, ont le défaut de créer des écoles trop petites. Ils seront alors remplacés par les communautés de communes et d’agglo.

Le RPI « concentré » est né. Sous ce concept fumeux se cache la disparition des écoles dans les petits villages et leur regroupement sur un seul site. Là où le ministère écrit RPI « concentré » , nous lisons « école dans le bourg-centre chargée d’accueillir les élèves des communes environnantes » . Celles et ceux qui sont désormais obligé-es de faire de nombreux kilomètres pour aller chercher leur recommandé à la poste du gros village parce que leur petit bureau de poste a fermé comprendront ce que cache la notion de RPI « concentré ».

Sud éducation a donc affirmé au Sénateur, chargé de mission, son opposition à ces conventions de ruralité qui risquent fort d’entraîner des transports supplémentaires pour les élèves, la fermeture de nombreuses écoles et la perte d’une relation de proximité ainsi qu’une baisse de la convivialité engendrée par les écoles dans les petits villages et la complexification des relations entre enseignant-es et élu-es, ainsi qu’entre les élu-es.

Les équipes Sud éducation seront très vigilantes sur cette question où les territoires risquent fort d’être « aménagés » dans le sens d’une concentration et d’un accroissement de la désertification du monde rural et d’une économie de postes d’enseignant-es sur le dos des villages ruraux.

Fédération Sud éducation