Mensonge par manipulation

Décentralisation et transfert des TOS
vendredi 5 janvier 2007
mis à jour mardi 6 mars 2007

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A la rentrée scolaire, le ministère s’est livré à une opération de communication particulièrement malhonnête. Deux documents procèdent de la même démarche, se hâtant de nous assommer de chiffres grossièrement manipulés.

1 Le journal de propagande mini-stérielle Question d’éducation, le journal d’information de la communauté éducative (n°1, page 11, septembre-octobre 2006).

Sous un superbe graphique qui n’a strictement aucun intérêt, ni même aucun sens, donnant seulement une répartition par corps de ceux qui ont opté (détachement et intégration confondus), affublé d’une légende incohérente, confondant les répartitions entre détachés et intégrés, entre Conseils régionaux et Conseils généraux, le texte nous dit que « 78% » des TOS « ont opté pour une intégration » dans la fonction publique territoriale.

2 Le communiqué de presse du 5 septembre de Brice Hortefeux, ministre délégué aux collectivités territoriales.

Il « souligne le succès rencontré par la décentralisation auprès des personnels TOS. » La typographie (en gras) fait ressortir que « 79,5% d’entre eux [...] ont choisi d’intégrer la fonction publique territoriale. »

Mais ces documents sont bien obligés de donner des précisions (!?). Et si nous reprenons fidèlement les chiffres mêmes qu’ils donnent par ailleurs, nous pouvons tirer des conclusions toutes différentes :

- Document 1 : « 21 475 agents TOS » sur « 90 000 » « ont choisi de rejoindre la fonction publique territoriale à partir du 1er janvier 2007 »... soit seulement 23,86% ! « 16 693 d’entre eux ont opté pour une intégration », c’est-à-dire 18,55% de l’ensemble des personnels transférables.

81,45% des personnels donc n’ont pas voulu pour l’instant abandonner la Fonction Publique d’Etat : se méfieraient-ils ?

- Document 2 : Il reprend les mêmes chiffres, à quelque chose près... en finassant sur les différences entre départements et régions et en ajoutant que « si les taux d’exercice du droit d’option et d’intégration [...] varient d’une collectivité à l’autre, c’est essentiellement en fonction du travail d’accompagnement et d’information réalisé par les collectivités territoriales ». Hé, hé ? Les chiffres ne doivent pas être si satisfaisants que cela, puisqu’on prépare déjà ses arrières en culpabilisant les collectivités politiquement incorrectes !

« 24% des 90 000 fonctionnaires concernés ont déjà fait connaître leur choix ». Parmi ceux-ci, « 21 744 ont choisi de rejoindre la fonction publique territoriale. » Nous n’en démordons pas :

plus de 80% des TOS sont donc restés fonctionnaires d’Etat.

Le ministre conclut son communiqué en disant : « Ces premiers chiffres illustrent, de toute évidence, que la décentralisation est vécue par les personnels concernés sans crainte ni appréhension, contrairement au sentiment que certains ont parfois propagé. Ils ont donc confiance en leurs nouveaux employeurs, au point de changer de statut. » Nous pourrions faire nôtre sa conclusion... en ne changeant que quelques mots :

« Ces premiers chiffres illustrent, de toute évidence, que la décentralisation est vécue par les personnels concernés avec crainte et appréhension, conformément au sentiment que certains ont parfois propagé. Ils n’ont donc pas confiance en leurs nouveaux employeurs, et refusent de changer de statut. »


« Voilà ce qu’à peu près,
mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres
et d’esprit. »
Edmond Rostand,
Cyrano de Bergerac

Sud éducation Limousin

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