Message du SYNATEB

mercredi 7 juin 2006
mis à jour vendredi 1er mars 2013

Voici le message délivré par Tahirou Traoré secrétaire général du SYNATEB lors de l’ouverture du congrès de Sud Education le 9 mai 2006 à Clermont Ferrand

SYNDICAT NATIONAL DES TRAVAILLEURS BURKINA FASO DE L’EDUCATION DE BASE (SYNATEB)
Unité - Progrès - Justice
02 BP 5758 Ouagadougou 02
Tel : (226) 70 26 79 16

MESSAGE DU SYNATEB AU CONGRES DE LA FEDERATION DES SYNDICATS SUD EDUCATION DU 08 AU 12 MAI 2006 A CLAIRMONT-FERRAND

Le Syndicat National des Travailleurs de l’Education de Base du Burkina Faso se réjouit de l’honneur que vous lui avez fait en l’invitant à prendre part aux travaux de votre congrès. Cela témoigne de l’intérêt que vous accordez à la coopération syndicale Nord - Sud et au partenariat qui lie nos deux organisations. Il vous félicite et vous remercie grandement pour tous les sacrifices que vous n’avez eu cesse de consentir pour notre syndicat à travers des soutiens multiformes et pour l’émergence d’un syndicalisme alternatif européen et mondial à même de barrer la route aux politiques néo-libérales du FMI et de la Banque Mondiale dont le souci permanent est de détruire les fondements de notre école et nos acquis socioprofessionnels et démocratiques.

Le Syndicat National des Travailleurs de l’Education de Base qui suit de près toutes vos luttes dont la plus récente est celle engagée contre le Contrat Première Embauche, la loi sur l’égalité des chances et le Contrat Nouvelle Embauche tient à saluer cette grande victoire du mouvement syndical français et vous apporte son soutien total et indéfectible. Il salue également vos prises de positions courageuses contre la marchandisation de l’école et le refus total du financement par les fonds publics de toute éducation privée. Ce combat est également le notre depuis l’imposition des Programmes d’Ajustement Structurel par la Banque Mondiale et le FMI à nos Etats Africains en 1980 et particulièrement à notre pays en 1991.

L’entrée du Burkina Faso dans les PAS, a conduit notre gouvernement à adopter au forceps en 1998, une Réforme Globale de l’administration Publique (RGAP) et un Plan Décennal de Développement de l’Education de Base (PDDEB) dont l’objectif principal est de transférer le recrutement, la gestion administrative, pédagogique et financière des enseignants et des écoles aux collectivités locales par le biais de la décentralisation. Et cela, à l’effet de réduire et bloquer les salaires des enseignants tout en précarisant leurs emplois.

En effet, sur la base d’un rapport d’une étude menée en 1987 sur l’éducation en Afrique Subsaharienne, la Banque Mondiale estime que pour la maîtrise des coûts unitaires de l’éducation, il faut d’une part que les bénéficiaires de l’éducation et de la formation prennent en charge une part importante des coûts réels qui leur sont offerts et d’autre part, qu’il faut réduire considérablement les salaires des enseignants. C’est la mise en œuvre de cette politique drastique qui explique les suppressions de bourses des enfants des familles démunies et les augmentations des frais de scolarité et d’inscriptions dans les établissements primaires secondaires et supérieurs de notre pays.

La maîtrise de ces coûts unitaires sera donc, l’élément déterminant de toute politique d’ajustement structurel et énergiquement appliqué à tous les niveaux du système éducatif tant pour les dépenses d’équipement que de fonctionnement.

En ce qui concerne les dépenses liées à la rémunération du personnel, les extraits ci-dessous du rapport sont assez expressifs.
« ...... Une réduction pure et simple des traitements nominaux, en raison de ses effets négatifs sur le moral et la motivation des enseignants ne paraît nulle part souhaitable . Néanmoins, le nombre croissant des jeunes qui ne trouvent pas d’emploi à l’issue du secondaire et de ceux qui ont fait des études supérieures, poursuivies ou non jusqu’à l’obtention d’un diplôme, dénote la présence d’individus suffisamment motivés, compétents pour enseigner .... ».(P98).

Les qualifications des enseignants n’échapperont pas à cette logique. La Banque Mondiale pense plutôt « qu’il serait possible surtout pour le primaire et le premier cycle du secondaire d’abaisser les niveaux de qualifications minimales exigées des futures enseignants ». Elle ajoute que « si l’on se montrait moins exigeant quant à leur formation initiale, on pourrait leur offrir des rémunérations inférieures aux barèmes actuels..... surtout pour le primaire ».

La mise en œuvre de cette politique se traduit, au Burkina Faso, par l’application de la Réforme Globale de L’Administration Publique (RGAP) et du Plan Décennal de Développement de l’Education de Base ( PDDEB ).

Dans sa stratégie de mise en œuvre, le Plan Décennal de Développement de l’Education de Base entend développer entre autres, les choix stratégiques suivants :
- La possibilité de faire appel à des enseignants de type nouveau à l’image des maîtres des écoles satellites payés à 30 000F CFA soit environ 45 Euros par mois ;
- L’amélioration et le renforcement de la participation des collectivités à la prise en charge administrative, financière et pédagogique de écoles. P52 (il est à noter que plus de 46% de la population vit avec moins de 250 FCFA soit environ 0,38 Euros par jour) ;
- La mise en place d’un ensemble de mesures incitatrices susceptibles d’encourager la création et le fonctionnement d’écoles privées, alléger les charges d’acquisitions de terrain, octroi de subventions, réduction ou exonération des impôts et taxes etc..., Construction et équipement d’écoles à mettre en gérance déléguée ou en location vente (P. 34) ;
Ce qui n’est ni plus ni moins qu’une privatisation de l’école burkinabè.

Notre syndicat qui a très vite compris les dessous cachés de ces réformes s’est mobilisé contre et a alerté l’opinion nationale et internationale. Ce qui nous a valu le courroux des dignitaires du régime en place et des autorités du Ministère de l’Enseignement de Base. C’est ainsi que plusieurs de nos responsables et militants actifs seront malmenés et brimés à travers des intimidations, des affectations sanctions, des rejets de dossiers de candidatures aux examens et concours professionnels ainsi que des suspensions de salaires.

Malgré tout, le SYNATEB et ses militants continuent et continueront de se battre contre le système ultralibéral qui ne profite qu’aux puissances internationales et leurs valets locaux au détriment de notre peuple laborieux qui croupit dans la misère.

Camarade Secrétaire Générale, chers congressistes, voici quelques éléments que nous avons voulu partager avec vous à l’occasion de la tenue de votre congrès. Nous sommes persuadés que nous tirerons de votre part des expériences positives à même de nous aider à raffermir nos convictions dans la lutte syndicale.

Je souhaite à toutes et à tous un bon congrès.
Je vous remercie.

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