Non, je n’enseignerai pas le roman national !

vendredi 17 mars 2017

Alors que l’EMC (Enseignement moral et civique) n’a plus rien à prouver en matière de normalisation idéologique de générations jugées en mal d’identité, voici revenue l’heure de l’enseignement politique et officiel de l’Histoire. De Mélenchon à Le Pen en passant bien sûr par Fillon, pas un-e qui ne semble se passionner pour cette discipline. Mais rien de bien surprenant… Sans se lancer dans des amalgames rapides ou des comparaisons malheureuses, cette volonté de mettre au firmament la France éternelle parée de ses héros immortels, n’est pas sans rappeler certains aspects du programme vichyste de réforme de l’école en 1940. « T u dois aimer la France parce que la nature l’a faite belle et son histoire l’a faite grande [1] ! C’est ce que sous-entend Fillon en voulant « réécrire les programmes d’histoire avec l’idée de les concevoir comme un récit national [2] ». Alors non, je ne ferai pas passer Vercingétorix pour notre ancêtre commun, Napoléon pour le fondateur d’un État moderne ni Jeanne d’Arc pour un modèle d’engagement moral. Je vous l’annonce, je deviendrai un désobéisseur. Comme Howard Zinn, j’en profiterai pour enfin enseigner l’histoire dans la peau d’une ouvrière, d’un mutin, d’une prolétaire, d’un vagabond, d’une Kurde, d’un Palestinien, d’une Communarde…
Prévenez vos gendarmes que je n’aurai pas d’armes, mais qu’on sera des milliers.

Sud éducation Lorraine


[1Histoire de France, cours moyen d’Ernest Lavisse, éd. Armand Colin, 1912.

[2Discours de Fillon le 28 août 2016 à Sablé-sur-Sarthe.