Nos élèves à la rue… aujourd’hui en France

Sud éducation Puy de Dôme, Allier
jeudi 8 janvier 2015

En 2013, à peine 17 000 titres de séjour ont été accordés à des étranger-es souhaitant vivre en France. Il y a vingt ans, c’était 40 000 et la gauche politique associative et syndicale se mobilisait contre la politique de stigmatisation des étranger-es des Balladur, Pasqua, Debré…

Depuis l’élection de Hollande, pas un député socialiste n’a risqué une question au gouvernement sur ce thème lors des séances du parlement. Le 15 décembre, Hollande a pour la première fois prononcé un discours traitant de l’immigration à l’occasion de l’inauguration du musée du même nom. Là, bien sûr, a été souligné « ce qu’ont pu apporter les migrants hier, aujourd’hui et demain ». On a évoqué « la montée des extrêmes, la résurgence du racisme et de l’antisémitisme ». Côté annonce politique : rien. Chaque année, les expulsions de sans-papiers augmentent et les horreurs administratives se multiplient. [1]

Des familles à la rue

Dans la même période, on célébrait le 25ème anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France. Au cœur de ses principes, la non-discrimination, la recherche de l’intérêt supérieur de l’enfant et la participation de celui-ci aux décisions qui le concernent.
Pourtant dans de nombreuses villes, des enfants dont les parents sont demandeurs d’asile ou déboutés, les sans-papiers, dorment à la rue, dans des bidons villes ou des squats, voir le hall des hôpitaux. L’hiver dernier, le pire a été évité simplement parce que des militant-es ont accepté d’héberger des familles. Ces mêmes militant-es sont raillé-es par les préfets qui, lorsque des mobilisations s’organisent, n’hésitent pas à dire qu’elles/ ils font le jeu des passeurs.
Dans les grandes villes, l’accueil d’urgence est saturé, le 115 répond complet. Des dizaines de familles sont concernées et des centaines d’enfants pourtant scolarisé-es vivent ces situations. Sur l’agglomération lyonnaise, des écoles ont été occupées pour forcer les pouvoirs publics à agir. Dans d’autres villes, des rassemblements devant les préfectures ont été organisés par RESF ou d’autres collectifs qui ne veulent pas se résigner à ce que les derniers droits des sans droits disparaissent.

La situation particulière des mineur-es isolé-es étranger-es

Elles/ils arrivent seuls en France. Venant souvent d’Afrique, leur périple a pu être la pire des expériences. Elles/ils ont fui le sous développement, chargé-es par leur famille de tenter leur chance dans un autre monde. Souvent, elles/ils ont fui la violence et la guerre et n’ont plus de famille, ni ici, ni ailleurs, elles/ils doivent être scolarisé-es et parce que mineur-es, ont droit à la protection de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Cette compétence relève du conseil général. Cependant, dans de nombreux départements les quelques principes qui régissent cet accueil sont bafoués. Elles/ils coûtent trop cher.
Né en 1998, il est arrivé du Cameroun à Clermont en mars 2014. Sa minorité est contestée par l’ASE qui le conduit au bureau de la Fraude Documentaire. Il subit des tests osseux étalonnés sur une population blanche américaine qui n’avaient pas vocation à être utilisés en justice et que l’ordre des médecins dénonce car reconnus comme non fiables dans la détermination de l’âge. Il est exclu de l’ASE. En mai 2014, le Juge des Enfants ordonne son placement à l’ASE. Celle-ci fait appel. Il reste à la rue. Le 24 Novembre, il est convoqué en Cour d’appel. Le jugement sera rendu en décembre. Compte tenu des documents qu’il a reçus prouvant sa minorité, le jugement de réadmission sera sans doute confirmé. Il aura passé 9 mois à la rue parce que l’ASE l’a « présumé » majeur. Il est scolarisé en lycée professionnel et prépare un CAP de maçonnerie.
Actuellement, elles/ils sont dix comme lui à Clermont et d’autres dizaines ailleurs et encore ailleurs. Grâce au travail de RESF, elles/ils sont scolarisé-es. Internes, elles/ils retournent au squat pendant les week-ends et les vacances scolaires, d’autres dorment au squat chaque soir. L’hébergement d’urgence (115) ne les prend pas en charge puisque leurs papiers disent qu’elles/ils sont mineur-es…
À l’heure de la suspicion généralisée contre les étranger-es, des enfants totalement isolé-es, nos élèves sont à la rue. Dans de nombreuses villes, mais certainement pas assez, les mobilisations s’organisent pour ne pas laisser le silence s’installer. Renforçons-les !


[1À Clermont-Ferrand, un Rom Kosovar régularisable avec sa famille au regard de la circulaire Valls, pourtant très restrictive, a été arrêté à la sortie d’un supermarché où il faisait ses courses avec sa femme et ses enfants. Il a été relâché après 45 jours en centre de rétention.