Nous n’oublierons pas !

lundi 2 novembre 2015

A l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, au Congrès National Indigène

A la Sexta au Mexique et dans le monde

Aux familles, aux proches et à toutes celles et ceux qui luttent contre les crimes de l’État, en France, au Mexique et dans le monde

Il y a un an, dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014, en France, des forces de gendarmerie tuaient un jeune manifestant d’une déflagration de grenade explosive. Ce jeune, Rémi Fraisse, protestait, comme des milliers d’autres personnes réunies ce week-end là dans l’ancienne forêt de Sivens (sud-ouest de la France), contre la construction d’un barrage qui inonderait 12 hectares de forêt et ferait disparaître une zone humide de grande importance écologique, au profit des représentants locaux de l’agriculture capitaliste.

Tout comme les compas de Notre-Dame des Landes (ouest de la France), en lutte contre un projet d’aéroport, la lutte écologiste de Sivens avait elle aussi commencé à occuper les terres menacées et à y édifier des cabanes et des barricades afin d’empêcher le début des travaux. Mais là, les forces de gendarmerie ont agi avec une violence extrême, en ayant pour objectif d’empêcher le développement sur place d’une nouvelle “Zone à défendre”, aboutissant à la tragique répression de la nuit du 25 octobre. Depuis lors, l’investigation menée par l’État en a conclu que la gendarmerie avait agi dans la légalité la plus parfaite, lui concédant par là même un véritable “permis de tuer”.

L’assassinat par la police française de Rémi Fraisse n’est pas un événement exceptionnel. Chaque année, des jeunes et de moins jeunes sont eux aussi assassinés par la police dans les quartiers populaires de France. Parfois, le “ya basta” et la rage donnent lieu à des émeutes contre la police, comme cela s’est produit il y a 10 ans dans de nombreux quartiers de France, durant le mois de novembre 2005, suite à la mort des jeunes Zied Benna et Bouna Traoré, injustement poursuivis par la police. D’autres fois, règnent le fatalisme et l’indifférence. Mais, dans tous les cas, les assassins en uniformes des forces policières françaises jouissent de l’impunité totale.

« Le message implicite que délivre le crime policier est simple. "Non seulement vous n’êtes pas des êtres humains comme les autres, mais avec vous nous pouvons aller jusqu’à la mise à mort et les meurtriers seront assurés de l’impunité. À ce jour, rarissimes sont les procès ayant abouti favorablement. Le crime policier n’est jamais un homicide involontaire, il n’est jamais gratuit, il est là pour répandre la consternation, la désolation dans les cœurs et les esprits des familles endeuillées, pour nous faire renoncer à être traités comme des êtres humains. Il n’épargnera personne, il est là pour nous terroriser », écrivait Amal Bentounsi, dont le frère a été assassiné par la police, dans un appel à la réalisation d’une marche de la dignité à Paris, ce 31 octobre 2015.

Nous savons bien que cette analyse est encore bien plus valide au Mexique où des dizaines de milliers de personnes ont été assassinées par les forces de police et les forces militaires, durant les dix dernières années, et où les stratégies de terreur déployées par l’État contre la population atteignent des niveaux inimaginables. Mais il ne s’agit pas de comparer. Il s’agit de résister.

C’est la raison pour laquelle nous ne cesserons jamais de dénoncer et de cheminer aux côtés de nos compas en lutte au Mexique, et de toujours apprendre de leur résistance. La raison également pour laquelle nous souhaitons partager avec vous tous de la Sexta cette douleur et cette rage que nous ressentons et que nous écoutons dans nos entourages, dans la France et dans le Paris d’en bas à gauche.

Parce qu’en suivant les chemins tracés par la Sexta, nous faisons nôtres toutes les morts d’en bas à gauche, et nôtres tous les enseignements apportés par leurs dignes chemin de vie.

Pour Rémi Fraisse, pour Zied Benna, pour Bouna Traoré, et pour tant d’autres...

Que meure la mort, et que vive la vie !

Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte (CSPCL, Paris), Collectif Paris-Ayotzinapa, Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA – Nitassinan), Confédération Nationale du Travail (CNT), Fédération SUD Éducation, Terre et Liberté pour Arauco, Union syndicale Solidaires, Alternative libertaire, Espoir Chiapas, Mut Vitz 13 (Marseille), Collectif « À toutes les victimes », Collectif "Urgence notre police assassine".

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