OFPTLV : Cette vie-là, nous n’en voulons pas

samedi 8 septembre 2012

Pour celles et ceux en galères et déceptions professionnelles tout au long de la vie, la loi OFPTLV relève de la double peine : si vous en êtes là, c’est que vous n’avez pas su mettre à profit les possibilités qui vous ont été offertes de (ré)orientation et de formation professionnelle. Bref, une belle manière pour la société de se dégager de toute responsabilité dans l’exclusion sociale par le chômage et la précarité. Et c’est bien dès l’école que débute ce travail d’endoctrinement. Farouchement opposé à ce modèle social, Sud éducation, par son engagement syndical, dénonce au quotidien la loi OFPTLV et ses incidences sur l’école. L’abrogation de cette loi représente aujourd’hui une de nos revendications emblématiques, dans le sens où elle s’inscrit dans la lutte contre la dérive actuelle d’une école soumise à la machine économique libérale et où elle fait écho à la réflexion menée par notre syndicat sur l’École que nous voulons. La loi OFPTLV s’inscrit dans une logique à l’opposé de nos revendications pour une autre école dans une autre société.


Une autre école dans une autre société, vers le lycée polytechnique

Le « pour toutes et tous » contre le « chacun pour soi »

Qui peut croire que « l’orientation et la formation professionnelle tout au long de la vie » peut concerner toute la population ? Encore une fois le tri va s’opérer : celles et ceux qui ont les moyens de leurs ambitions et les autres. La loi OFPTLV ne lutte pas contre les inégalités sociales croissantes. Elle ne va permettre que du replâtrage genre « école de la 2e chance ». Il faut plutôt donner sa chance à une véritable école pour toutes et tous : « une école qui refuse la sélection et la hiérarchisation des savoirs, une école solidaire et équitable, une école qui offre une formation polyvalente ».

Émancipation contre aliénation

« L’orientation et la formation professionnelle tout au long de la vie » relève d’une réelle aliénation à un monde du travail de plus en plus exigeant soit en terme de « compétences » pour les uns (se former toujours plus, être à la pointe des dernières trouvailles technologiques…) soit en terme d’adaptabilité pour les autres (vous n’êtes pas qualifiés, alors assumez-en les conséquences : conditions de travail dégradantes, flexibilité, précarité…). Aujourd’hui, cette course à l’employabilité prend forme dès l’école. Et si on lui donnait plutôt les moyens d’être réellement émancipatrice ? Une école qui permet de « développer l’autonomie des élèves, leur aptitude à surmonter les contraintes, leur esprit critique, leur appropriation du savoir, et finalement de les aider à faire les meilleurs choix possibles pour eux en fonction de leurs intérêts… ».

Coopération contre compétition

Dans un système social aussi défaillant dans la répartition de l’emploi et des revenus, mener une vie décente passe bien souvent par des stratégies individuelles concurrentielles. La loi OFPTLV ne fait qu’accroitre cette tendance et lui donne une perspective sans fin qui va à l’encontre de toute solidarité. Inverser cette logique se construit dès l’école. Mais à condition que cette école soit effectivement coopérative avec des « méthodes d’apprentissage qui doivent permettre l’entraide et le travail de groupe ». Une école dont la « première restructuration serait la démocratisation des rapports sociaux qui y sont instaurés ».

Enseignement professionnel contre course aux compétences

L’enseignement professionnel dans l’éducation nationale, dans l’école donc, est aujourd’hui déjà fortement affaibli. La loi OFPTLV ne risque pas d’améliorer la situation. Elle induit en effet un déplacement des objectifs de la formation professionnelle en contradiction avec le travail pédagogique mené dans les lycées professionnels. Il s’agit bien de passer d’un enseignement qui tente de rester polyvalent, construit autour d’un métier ou d’un secteur professionnel, à l’empilement discontinu de compétences techniques liées à l’employabilité. Défendre un enseignement professionnel de qualité dans l’éducation nationale est un enjeu réel pour Sud éducation. C’est en effet défendre « le lycée professionnel qui est le seul lieu qui permet d’associer enseignement professionnel et enseignement général pour apporter aux élèves autonomie et esprit critique dans la construction de leur carrière professionnelle ». Mais c’est aussi contribuer à la « revalorisation sociale des emplois d’ouvrier, d’employé et de technicien » et à la « lutte pour une meilleure répartition des richesses, pour la garantie des droits sociaux et pour la démocratisation de l’entreprise ».


Lutter contre la loi OFPTLV, c’est s’engager pour une autre école, une autre société

Nous sommes engagés depuis plus de deux ans dans des actions unitaires (essentiellement avec la CGT éduc’action et le SNES-FSU) pour le maintien d’un service public de l’orientation de et dans l’éducation nationale. La fédération Sud éducation travaille à inscrire cette revendication dans la dénonciation d’une politique générale de démantèlement des services publics de l’orientation, de la formation et de l’emploi incarnée par la loi OFPTLV.

Un enjeu syndical intercatégoriel et interprofessionnel

L’implication de Sud éducation dans cette mobilisation relève tout d’abord d’un enjeu intercatégoriel. Les incidences de la loi OFPTLV sur l’école ne sont ni anecdotiques, ni circonscrites à telle ou telle voie de formation. Si ce sont bien entendu les services d’orientation et l’enseignement professionnel qui sont touchés de plein fouet, l’école dans son ensemble et tous les personnels qui y travaillent sont concernés. Car il s’agit bien de la finalité même de l’école qui est en question. Mais au-delà, et dans la mesure où la loi OFPTLV concerne les jeunes, les salariés, les chômeurs, la population en général, il est nécessaire de mener une réflexion et une action syndicale au niveau interprofessionnel. La fédération Sud éducation est intervenue dans ce sens pour engager notre union interprofessionnelle Solidaires dans la lutte contre la loi OFPTLV et lui permettre de participer à des mobilisations intersyndicales pour la défense des services publics d’orientation, de la formation et de l’emploi. La stratégie intersyndicale est ici délicate dans la mesure où certains syndicats de branche peuvent se retrouver en opposition à leurs confédérations (FO, CGT) signataires des accords préalables à la loi OFPTLV ou pire encore assumer cette position confédérale (CFDT). Il apparaît donc crucial pour l’union Solidaires de mener sa propre réflexion sur cette question et de développer des axes de lutte identifiés contre cette loi autour des trois revendications qui nous semblent incontournables à ce jour  :
- abrogation de la loi OFPTLV ;
- défense d’un enseignement professionnel de qualité en LP dans l’éducation nationale ;
- maintien d’un service public d’orientation digne de ce nom dans l’éducation nationale.