Palestine

dimanche 1er juillet 2012
mis à jour vendredi 5 octobre 2012

Texte adopté au Vème Congrès Fédéral des syndicats SUD éducation
du 4 au 8 mai 2009 à Cherbourg

Palestine

Le sommeil de la raison engendre des monstres - Goya

La récente agression contre Gaza a mis en évidence l’urgence d’une solution au conflit. Même les observateurs les plus indulgents à l’égard de la politique expansionniste israélienne ont dû admettre que cette fois-ci, les bornes étaient dépassées en matière de massacres de civils et de crimes de guerre en tous genres, voire de crimes contre l’humanité.

Il est apparu clairement que l’objectif affiché, en finir avec le Hamas, cachait en réalité la volonté d’en finir… avec le peuple palestinien lui-même. Dans le style des "guerres indiennes" des États-Unis du XIXe siècle, ce qui se profile à l’horizon, si la communauté internationale ne s’y oppose pas, est d’abord d’éliminer le plus possible de Palestinien-ne-s sous prétexte de lutte anti-terroriste, puis d’enfermer les survivants dans des sortes de "réserves" - les cantons - où ils pourraient crever à petit feu, et en silence.

Il faut arrêter au plus vite cette folle et meurtrière fuite en avant de l’État d’Israël. Aucun peuple ne peut fonder son légitime droit à l’existence sur l’extermination d’un autre peuple.

Israël, État colonial

La contradiction insurmontable qui a mené à l’offensive contre Gaza de fin 2008-début 2009 se trouve dans le projet sioniste lui-même : celui d’établir un "État juif", et non binational, sur un territoire qui n’était pas un désert, et dont le peuple autochtone refuse de renoncer à ses droits nationaux. Dès sa création, l’État d’Israël a procédé au nettoyage ethnique connu comme la Naqba, expulsant 800 000 Palestiniens, soit 80% des habitants du territoire qu’il s’attribuait à l’époque.

Cette expulsion massive de 1947-49 qui a été au départ de la création de l’État d’Israël a fait d’une grande partie du peuple palestinien un peuple de réfugiés. C’est notamment le cas d’une part importante de la population gazaouie d’aujourd’hui. Aucune solution définitive au conflit ne peut faire l’impasse sur le droit au retour sur leurs terres que réclament les réfugiés et leurs descendants.

La même politique s’est poursuivie jusqu’aujourd’hui. Le semblant de partage du territoire instauré par les accords d’Oslo avait pour l’État d’Israël la seule fin de ne pas intégrer la population palestinienne trop nombreuse de Cisjordanie et Gaza. Le double but était atteint : préserver un État sioniste pratiquement homogène, et empêcher la création d’un État palestinien viable au profit d’un protectorat sourcilleux sur les zones discontinues prétendues autonomes.

Cela rappelle l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid, où les bantoustans étaient eux aussi présentés comme des zones "autonomes". Le plan israélien consiste de fait à créer un pseudo-État palestinien tronqué, composé de quatre cantons sans aucun lien entre eux, trois en Cisjordanie et un à Gaza. En annexant les blocs importants de colonies délimités par le mur, Israël s’étend sur 85% du pays, laissant aux Palestiniens confinés dans des enclaves manquant de tout les 15% de leur terre qui leur restent. Avec une telle "solution à deux États", Israël contrôle les frontières, les déplacements internes et externes des Palestiniens, le "grand" Jérusalem, toutes les ressources en eau, l’espace aérien, les communications et même la politique étrangère de l’État palestinien. Un tel bantoustan n’aurait ni souveraineté véritable ni économie viable, mais devrait recevoir tous les réfugiés palestiniens, traumatisés et appauvris.

L’État d’Israël s’est formé comme un État colonial et il en garde toutes les caractéristiques.

En Israël comme ailleurs, il y a, cela va de soi, des exploiteurs et des exploités. Toutefois, on ne peut se contenter de s’en remettre aux exploités israéliens pour faire triompher la solution la plus juste au conflit. Le caractère colonial de l’État d’Israël fausse leur conscience au point de les jeter massivement dans les bras de leurs exploiteurs. On avait pu observer le même phénomène en Algérie à la fin de la colonisation : la grande majorité des exploités pieds-noirs avait versé du côté de l’OAS fasciste et défendait les intérêts des grands colons, leurs exploiteurs.

Il faut saluer l’immense courage des militants israéliens pacifistes, anticolonialistes et refuzniks, mais on est aussi obligé de constater leur isolement dans leur propre pays. Leurs seules forces ne suffiront pas à arrêter le massacre et à résoudre le conflit.

Israël, auxiliaire de l’impérialisme en particulier étasunien

La déclaration Balfour (1917) en faveur de l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif était déjà liée à la défense des intérêts de l’empire britannique : rechercher le soutien des banquiers britanniques et américains de confession juive, contrer la présence française au Liban et maîtriser les zones riches en pétrole en protégeant l’accès aux Indes (canal de Suez).

Même si la mémoire du génocide juif et des six millions de morts a installé progressivement l’idée que la constitution de l’État d’Israël et l’ensemble de ses décisions politiques ne sont que la conséquence logique et la seule réponse possible aux horreurs perpétrées par les Nazis, ce sont les Palestiniens, pourtant totalement étrangers aux événements tragiques de la deuxième Guerre Mondiale, qui en ont fait les frais.

Suite au plan de partage de la Palestine (1947) et à la déclaration du 14 mai 1948 qui marque l’annonce officielle de sa naissance, le nouvel État israélien a choisi son camp, celui de la coopération avec les États-Unis. En 1956, lorsque le dirigeant égyptien Nasser a nationalisé le Canal de Suez, Israël a été partie prenante de l’opération franco-britannique visant à reprendre le contrôle du Canal. Puis, Israël s’est adapté progressivement aux changements qui se sont opérés dans les rapports de force entre puissances impériales et a fait preuve de son allégeance à l’impérialisme devenu dominant : l’impérialisme étasunien. En juin 1967, l’armée israélienne a écrasé, lors de la Guerre des Six jours, les armées arabes et notamment celles de deux adversaires déclarés des États-Unis, l’Égypte et la Syrie.

Israël a ainsi porté un coup fatal au nationalisme arabe, qui ne s’est jamais relevé de cette défaite. Il a montré son rôle de précieux auxiliaire régional, s’assurant ainsi du soutien quasi-indéfectible des États-Unis, tout en conquérant, entre autres, la Cisjordanie et la Bande de Gaza, achevant de la sorte la conquête de l’ensemble de la Palestine. Aujourd’hui sa tâche est de neutraliser les deux facteurs qui inquiètent le plus les États-Unis dans la région : le peuple palestinien et la résistance libanaise, notamment le Hezbollah. Il est clair que l’Iran est désormais dans la ligne de mire.

L’échec d’Oslo et ses conséquences

On peut toujours regretter, et c’est notre cas, qu’une orga- nisation confessionnelle comme le Hamas représente aujourd’hui la quasi-majorité du peuple palestinien. Mais on est bien obligé de constater que c’est le résultat d’un vote (en 2006) dont tous les observateurs ont souligné la régularité et la loyauté. À moins de considérer, comme le font le gouvernement des États-Unis et l’Union européenne, que la démocratie, ça compte seulement quand on "vote bien", on ne peut que prendre acte de cette réalité.

Remarquons que la victoire électorale du Hamas a un sens politique, plus que religieux. La corruption généralisée dans l’Autorité palestinienne, dont bien des membres exhibent un luxe insolent face à la misère générale, n’y est pas pour rien. D’autre part, le programme politique défendu durant la campagne électorale n’a rien à voir avec le contenu de la Charte de 1988. Mais c’est sans doute l’échec de la politique de négociation qui a joué le rôle principal. À l’impasse des discussions sur les réfugiés et sur Al Qods-Jérusalem se sont ajoutées les pratiques autoritaires de l’Autorité palestinienne qui, après s’être opposée à la seconde Intifada, a tout fait pour saper, voire liquider, les structures auto-organisées. La gauche palestinienne laïque (FPLP, FDPLP…), qui n’a pas su se situer face à ce processus, s’est elle aussi trouvée broyée par cet échec.

Le Hamas, qui alliait le soutien matériel à la population (hôpitaux, écoles, aides financières directes) à une critique virulente du processus d’Oslo et à l’appel à une poursuite de la résistance est alors apparu comme "l’autre voie".

L’intervention militaire israélienne dans la Bande de Gaza a encore renforcé la place du Hamas comme acteur principal de la résistance et a définitivement discrédité l’Autorité palestinienne et le Fatah.

La situation de la population

L’isolement de la Bande de Gaza et la fragmentation de la Cisjordanie en plusieurs dizaines d’entités territoriales séparées les unes des autres par des points de contrôle israéliens réduisent considérablement toute activité économique sociale et politique. Les difficultés de réunion et de déplacement rendaient déjà particulièrement difficile l’organisation d’actions coordonnées. Le blocus de la Bande de Gaza auquel il faut désormais ajouter la destruction des infrastructures, accroissent encore les disparités territoriales et pèsent lourdement sur les possibilités d’organiser une résistance unifiée sur l’ensemble des territoires palestiniens.

L’asphyxie économique conduit, bien évidemment, la quasi-totalité des habitants des territoires palestiniens à se préoccuper davantage de leur survie que de la lutte d’émancipation et encourage l’individualisme. Le maintien de structures collectives de solidarité et de secours est donc un enjeu majeur.

Les tâches pour aujourd’hui

Il y a urgence, on le disait au début, à reconnaître au peuple palestinien un pays où il puisse vivre dans la paix et la liberté de s’auto-gouverner.

Cela dit, l’État d’Israël fait tout pour rendre cette solution impossible.
Ses exactions à l’égard des Palestiniens ne sont pas des "débordements", mais une politique sciemment calculée qui, en accumulant la haine, vise à empêcher la coexistence pacifique des deux peuples. De nouveaux motifs de crainte apparaissent, par exemple, concernant le sort des Palestiniens vivant en Israël.

Quoi qu’il en soit, cela ne change guère les tâches urgentes qui sont les nôtres : peser pour que la communauté inter- nationale impose à Israël de laisser le peuple palestinien vivre en paix et s’auto-administrer sur les lambeaux de pays que lui ont laissé les accords d’Oslo, ce qui suppose bien entendu l’évacuation de toutes les colonies et le démantèlement du mur. Ce serait déjà un début. Il semble indispensable de calmer les esprits pour pouvoir envisager la solution à long terme. Il est évident qu’il n’y aura pas de sécurité pour le peuple israélien sans sécurité et reconnaissance des droits du peuple palestinien.

Nous devons lutter prioritairement pour le retrait total des troupes israéliennes du territoire de Gaza, la levée définitive de ce blocus, la réouverture de tous les points de passage entre la bande de Gaza et l’extérieur et le rétablissement de la continuité territoriale avec la Cisjordanie, dont Jérusalem-Est.

Nous devons défendre l’idée de sanctions contre l’État israélien notamment la suspension des accords passés dans les domaines commerciaux, scientifiques, technologiques, militaires et sécuritaires.

Nous devons dans cette optique participer à la campagne BDS (boycott-désinvestissement-sanctions), lancée en 2005 par la société civile palestinienne (ONG et autres), et relayée par de nombreux syndicats anglo-saxons et nordiques.

Nous devons soutenir les initiatives réclamant des poursuites pour crimes de guerre ou crimes contre l’humanité.

Nous devons soutenir et faire connaître le combat du mouvement israélien pacifiste, anticolonialiste et refuznik.

Nous devons également soutenir, en Palestine même, toutes les initiatives de défense collectives : associations de femmes, coopératives agricoles, syndicats indépendants de l’Autorité Palestinienne, comités de familles de prisonniers, comités de village, centres culturels dans les camps de réfugiés, etc.

Nous devons continuer obstinément à organiser l’envoi de missions syndicales en Palestine et en Israël, malgré l’obstruction des autorités israéliennes qui ont expulsé l’an dernier une de nos camarades.

Documents joints

Palestine - congrès Cherbourg - 2009
Palestine - congrès Cherbourg - 2009