Pas d’asile pour les doigts brûlés

dimanche 22 janvier 2012

Une note interne à l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), sous tutelle de l’Intérieur, demande à ses services de « statuer sans tarder par la prise d’une décision de rejet » sans examiner au fond les demandes d’asile déposées par des étrangers demandeurs d’asile dont les empreintes digitales seraient altérées, donc illisibles, afin d’échapper au piège du système Eurodac qui permet aux pays de l’Union européenne (UE) de participer à l’identification des demandeurs d’asile et de personnes ayant été appréhendées dans le contexte d’un franchissement irrégulier d’une frontière extérieure de l’UE.

En se mutilant les doigts, par le feu ou l’acide, avec un rasoir ou des morceaux de verre, ces demandeurs d’asile tentent d’éviter une mesure de renvoi dans le premier pays d’entrée, (Grèce, Bulgarie…) antichambre vers le pays d’origine où ils s’estiment exposés à des risques de persécutions.

En imposant à ses services de ne pas examiner ces demandes d’asile, l’OFPRA met ces étrangers en danger et devient ainsi l’auxiliaire de la justice. Des centaines de rejets de ce type par l’OFPRA ont été constatés partout en France, notamment à Calais, à Nantes, à Dijon, à Montpellier ou à Paris. Ils concernent surtout des personnes originaires de la Corne de l’Afrique (Érythrée, Somalie, Soudan) qui, jusqu’à présent, avaient de fortes chances d’obtenir une protection.

Le tribunal administratif de Melun a considéré le 6 décembre 2011 que l’OFPRA portait une atteinte « manifestement illégale et grave au droit d’asile » en rejetant sans examen et sans audition, les demandes d’asile de demandeurs en procédure prioritaire en raison d’empreintes inexploitables. La CFDA - Coordination française pour le droit d’asile - a saisi le juge des référés du Conseil d’État qui devrait rendre sa décision en janvier 2012.

À propos du chiffre (espéré) de 30 000 expulsions en 2011, Guéant  : « Si nous l’atteignons, ce sera le meilleur résultat que nous aurons historiquement enregistré ».

Commission Immigration et Sans-Papiers