Pas de deuxième chance pour cause de rationalisation des moyens

Sud éducation Hauts-de-Seine
jeudi 6 novembre 2014

Rentrée 2014. Lycée Maupassant de Colombes (92). L’équipe enseignante apprend que plusieurs élèves recalé-es au bac ne pourront redoubler au lycée, faute de places, et qu’il n’y a pas de garantie que la DSDEN (ex-Inspection Académique) en trouve dans d’autres lycées.

Dans le 92, le redoublement dans l’établissement n’est plus un droit

Finalement, la DSDEN leur proposera un dispositif (DIREA) d’enseignement à la carte pour travailler uniquement les disciplines dans lesquelles, elles ou ils n’auraient pas eu la moyenne : 10h d’enseignement hebdomadaire en moyenne dans un lycée assez éloigné. Ce dispositif, déjà proposé en catimini l’an dernier dans le département à des élèves ayant échoué au bac STMG, ne répond ni à la demande des élèves ni à celle des familles, qui souhaitaient redoubler dans leur établissement, notamment dans l’objectif d’obtenir de nouveaux bulletins utiles à leur orientation.
Un communiqué de presse de l’intersyndicale du lycée conduit à un article publié dans le Parisien, puis à une succession de reportages dans les médias. Il semble que l’affaire choque davantage que les autres signes de dégradation du service public d’éducation.

Rationalisation administrative... des recalé-es

Le scandale, que constitue cette atteinte au droit à redoubler des élèves, n’est pas un phénomène local ou ponctuel et touche beaucoup plus de jeunes que nous ne le pensons. Depuis quelques années, l’administration a choisi de ne plus compter ces élèves dans la prévision de structure des terminales et a opté pour la rationalisation. Les recalé-es peuvent redoubler dans leur lycée s’il reste des places ou la DSDEN crée une classe dans un lycée du bassin “en fonction des besoins”. Finalement, au prétexte de répondre plus “individuellement” et de ne pas “constituer de classe de redoublant-es”, l’Éducation nationale est passée à l’étape suivante : le service minimum. Une petite enquête nous a permis de constater que des élèves avaient été inscrit-es dans d’autres lycées (le plus souvent contre leur gré), que certain-es avaient dû démarcher, elles ou eux-mêmes, les établissements, que les familles typées “quartier populaire” étaient souvent mal reçues à la DSDEN, qu’on ne tenait aucun compte des élèves esseulé-es et trop démoralisé-es pour revenir s’inscrire au lycée. Mais surtout nous sommes convaincu-es que, partout dans le département et probablement partout en France, beaucoup de jeunes sont dans cette situation. Comme pour les élèves sans- papiers, l’absence de recensement et de référent-e parmi les équipes éducatives fait que celles-ci ignorent le nombre d’élèves concerné-es dans leur établissement. Le ministère aurait reconnu, toutefois, que 11 385 élèves du 2nd degré seraient sans établissement, d’après un reportage de M6 du 16 septembre.

Contre l’école capitaliste et l’exclusion des moins « performants »

Tout cela s’inscrit dans une évolution tendant à exclure précocement de plus en plus d’élèves du système éducatif, comme le retour de l’apprentissage, l’instauration du bac pro 3 ans, la disparition du redouble- ment sans alternatives, etc. C’est la vision purement capitaliste de l’École : un jeu d’offre et de demande qui écarte celles et ceux qui font baisser la performance. L’éducation se doit d’être rentable : avoir de bons
résultats aux évaluations de l’OCDE (PISA) en dépensant le moins possible.
Nous nous opposons évidemment à cette transformation du service public, celui-ci devant avoir pour but de garantir que chacun-e bénéficie des mêmes droits sur tout le territoire.
Nous revendiquons le droit au redoublement dans leur établissement d’origine pour les élèves ayant échoué au bac (ou à tout autre examen), le devoir pour chaque lycée de contacter les recalé-es n’ayant pas fait de demande de réinscription, ainsi que l’ouverture de sections de bac pro pour les élèves ayant obtenu leur CAP.
La situation risque de s’aggraver encore à la rentrée prochaine avec l’augmentation prévue des effectifs dans un contexte de réduction drastique des dépenses publiques. C’est pourquoi nous invitons toutes et tous les camarades, collègues, élèves et parents d’élèves à préparer dès la fin de l’année scolaire un grande campagne contre l’exclusion scolaire en :
• fédérant localement toutes les organisations et individus prêts à y participer ;
• établissant la liste des élèves sans lycée après un échec au bac, à leur entrée en seconde ou après un CAP (de l’annonce des résultats d’examens à la rentrée) ; •interpellant l’administration pour qu’elle trouve des solutions au plus vite ;
• proposant des communiqués ou conférences de presse pour dénoncer le scandale ;
• se mobilisant par la grève, les manifs et rassemblements afin d’alerter la population et construire le rapport de force.